Quels sont les enjeux de la Convention démocrate qui va investir Kamala Harris ?
Écrit à la veille de la Convention démocrate d’août 2024, ce rapport revient sur l’histoire des conventions, le remplacement express de Joe Biden par Kamala Harris, le choix de Tim Walz et les chances démocrates dans les États clés.
Le constat
Joe Biden renonce le 21 juillet 2024, Kamala Harris prend le relais avec Tim Walz.
La cause
Un élan réel, 200 millions de dollars levés en une semaine, mais un programme encore flou et une dynamique peut-être éphémère.
La conséquence
La Convention doit afficher l’unité du parti et lancer la campagne avant le débat face à Donald Trump.
Avant-propos
La Convention démocrate a débuté le 19 aout à Chicago et marque la dernière étape des primaires qui ont permis de sélectionner les candidats de deux grands partis américains pour l’élection présidentielle de novembre 2024. Après cette Convention, Kamala Harris sera officiellement investie candidate du parti démocrate, après des semaines exceptionnelles, qui ont vu le Président sortant, Joe Biden, que l’on voyait comme candidat naturel à sa réélection, renoncer. Ce retrait historique, a donné à cette campagne un nouvel intérêt, alors qu’elle n’avait pour le moment pas déchaîné les foules aux États-Unis. On promettait aux Américains un duel entre les deux plus vieux candidats lors d’une élection présidentielle, qui étaient au demeurant peu appréciés par les citoyens.
Il faut rappeler que jusqu’à l’investiture lors de la convention, Kamala Harris n’est pas la candidate officielle du parti. Cependant, elle a déjà sécurisé le vote interne pour affronter Donald Trump. Le nom de son colistier, en la personne de Tim Walz, est également connu et ainsi la Convention ne présentera pas d’intérêt au niveau politique, car le casting final est déjà connu d’avance. Tout comme la Convention républicaine, qui s’est tenue le mois dernier, nous assisterons uniquement à un show fait pour les médias, sorte de grande messe démocrate, qui servira à montrer l’union du parti, porté sur un objectif simple : battre Donald Trump en novembre.
Malgré cette sensation que la suite des évènements est écrite d’avance, et que cette primaire n’a aucun intérêt, on ne peut qu’être en désaccord. En effet, d’autres enjeux sont là et même si le choix de Harris, qui semble faire l’unanimité au sein du parti, a épargné une lutte fratricide lors de la Convention de Chicago, il y aura de nombreuses choses qui devront être scrutées lors de ces quelques jours. En d’autres termes, cette Convention servira de rampe de lancement pour la campagne de Harris, alors que pour l’instant elle comptait uniquement sur la nouveauté et le vent de fraîcheur qu’elle apportait dans cette campagne morose. Avec cette représentation à l’américaine, elle aura l’occasion d’afficher un parti faisant bloc derrière elle, et surtout présenter son programme. Ainsi, cette Convention devrait marquer un tournant dans cette campagne, et devrait préparer politiquement la campagne démocrate en vue du premier affrontement télévisuel entre les deux candidats le 10 septembre prochain.
La Convention démocrate, une institution à éclipses
Des conventions longtemps disputées. La première Convention nationale démocrate s’est tenue en mai 1832 à Baltimore. Jusqu’en 1936, la règle des deux tiers imposait de nombreux tours de scrutin : 103 en 1924 à New York pour désigner John W. Davis.
Le tournant de 1968. La Convention de Chicago de 1968 s’est tenue après le renoncement du président sortant Lyndon B. Johnson, annoncé le 31 mars 1968. Marquée par de violents affrontements entre manifestants et police, elle a conduit à la commission McGovern-Fraser et au rôle central des primaires.
Un précédent qui hante 2024. C’était la dernière fois qu’un président sortant renonçait à se représenter, et la Convention de 2024 se tient à nouveau à Chicago. Pour éviter une guerre fratricide, le parti s’est rapidement accordé sur des règles permettant un choix rapide.
tours de scrutin à la Convention de New York en 1924, le record de l’histoire démocrate.
Kamala Harris, nouvelle candidate des démocrates
Un remplacement express. Joe Biden a annoncé son retrait le 21 juillet 2024, après des semaines de pressions au sein du parti, et a apporté son soutien à Kamala Harris. Tim Walz a été désigné colistier.
Un programme économique centré sur le coût de la vie. Kamala Harris propose d’agir contre les hausses de prix abusives, de construire 3 millions de logements avec un fonds de 40 milliards de dollars, de rétablir un crédit d’impôt pour enfant jusqu’à 3 600 dollars et de créer un crédit de 6 000 dollars la première année de l’enfant. Elle promet de ne pas augmenter les impôts de ceux qui gagnent moins de 400 000 dollars par an.
Des atouts réels. Le rapport souligne une candidature historique, 200 millions de dollars levés en une semaine, une base démocrate revitalisée et une campagne numérique efficace.
Des faiblesses identifiées. Des cotes de popularité fluctuantes, une campagne de 2020 jugée décevante, l’héritage de l’administration Biden, notamment sur l’immigration, et la nécessité de préciser son programme.
La campagne en chiffres
Tours de scrutin pour désigner le candidat
Depuis 1956, chaque candidat a été désigné au premier tour.
Électeurs démocrates enthousiastes (%)
L’enthousiasme a plus que doublé avec le changement de candidat.
Crédits d’impôt proposés (dollars)
Le programme cible d’abord les familles.
Tim Walz, le complément parfait ?
Un profil du Midwest. Gouverneur du Minnesota depuis 2019, ancien militaire et enseignant pendant 20 ans, Tim Walz a représenté pendant 12 ans un district rural et conservateur à la Chambre des représentants.
Un équilibre pour le ticket. Il apporte un équilibre géographique face à une candidate perçue comme californienne, une image de modération et une capacité à parler aux électeurs ruraux. Le rapport y voit une réplique au choix de J.D. Vance par les républicains.
Des limites. Sa notoriété nationale est faible et ses positions progressistes offrent un angle d’attaque aux républicains.
Les chances pour novembre
Une dynamique favorable mais fragile. Les sondages nationaux montrent un resserrement puis un renversement de l’écart en faveur de Kamala Harris, mais le système des grands électeurs peut invalider les tendances nationales.
Les États clés. En Arizona et en Géorgie, la course s’annonce serrée. Dans le Michigan, la tendance s’est renversée depuis le retrait de Joe Biden. En Pennsylvanie, l’écart reste faible avec un léger avantage pour Kamala Harris.
Faire durer l’état de grâce. 170 000 bénévoles se sont inscrits et deux tiers des dons proviennent de nouveaux donateurs. Le rapport recommande de mobiliser la base, de clarifier le message économique et de maîtriser la communication numérique.
Il faut se demander quand la lune de miel prendra fin.
Conclusion
Une Convention tremplin. Comme la Convention républicaine de Milwaukee, la Convention démocrate sera d’abord un spectacle médiatique : les noms de la candidate et de son colistier sont déjà connus. Elle doit afficher l’unité du parti, définir le programme et prolonger l’état de grâce. Le débat face à Donald Trump pourrait rebattre les cartes.
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Pierre Clairé et William Thay
Directeur adjoint des études du Millénaire ; Président du Millénaire.
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