Comment le 7 octobre a reconfiguré le Moyen-Orient ?

Note du Millénaire Affaires étrangères et Défense

Vers une « grande alliance » contre l’islamisme sous toutes ses formes ?

Deux ans après le 7 octobre, la note analyse un basculement des rapports de force au Moyen-Orient : en désignant un ennemi commun, le terrorisme islamiste alimenté par les proxys iraniens, le Hamas a créé un alignement d’intérêts entre les États sunnites arabes. Elle détaille les conditions d’une paix durable et d’une alliance contre l’islamisme.

EC
Edouard Chaplault-Maestracci, Pierre ClairéAnalyste International ; Directeur adjoint des Etudes du Millénaire
7 octobre 2025
103 pages · lecture 11 min
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En bref

Le constat

Le 7 octobre a bouleversé les rapports de force au Moyen-Orient et créé un alignement d’intérêts entre les États sunnites arabes et Israël.

La cause

Un ennemi commun, le terrorisme islamiste nourri par les proxys iraniens, et l’affaiblissement de l’axe de la résistance.

La conséquence

La note voit l’occasion d’une paix durable avec les Palestiniens, de la normalisation et d’une grande alliance contre l’islamisme.

Principaux constats
011 200Israéliens tués et 240 enlevés le 7 octobre 2023 par 5 000 terroristes du Hamas.
0280 à 85 %de la capacité de frappe du Hezbollah détruite, selon l’armée israélienne.
0399 %le taux d’interception avancé par Tsahal pour l’attaque iranienne d’avril 2024.
04528 500morts dans la guerre civile syrienne, dont plus de 181 939 civils.
05800 M$par mois, le manque à gagner de l’Égypte lié aux attaques des Houthis en mer Rouge.
0643,3 %l’inflation attendue en Iran, pour une croissance de 0,3 % en 2025.

Avant-propos

Il y a 2 ans jours pour jours, Israël a vécu le plus grand traumatisme de son histoire depuis 1948 avec les crimes contre l’humanité perpétués par le groupe terroriste du Hamas. Cette attaque a engendré non seulement une guerre dans la bande de Gaza, mais également un basculement des rapports de force au Moyen-Orient. En effet, si le Hamas a souhaité diviser le rapprochement des États sunnites arabes avec Israël, en réalité il a créé un alignement des intérêts entre ces États en désignant un ennemi : le terrorisme islamiste notamment alimenté par les proxys iraniens.  

Le Moyen-Orient occupe une place de première importance dans l’histoire de l’humanité et des civilisations. Le fait qu’on le désigne fréquemment comme le « berceau de la civilisation » rappelle que c’est dans cette région qu’apparurent deux de ses composantes essentielles, à savoir l’agriculture et les premières traces significatives de sédentarisation. Les recherches établissent ainsi les premiers pas de l’agriculture au Xème siècle avant notre ère et les situent géographiquement dans le « croissant fertile »1, une région particulièrement propice à la culture et à la sédentarisation en raison de la fertilité de ses sols. C’est également dans cette zone, et plus précisément en Mésopotamie2, que les hommes commencèrent à s’implanter durablement et à former ce qui prendra ensuite la forme de cités-États.

La Mésopotamie verra se former l’écriture cunéiforme, appelée ainsi en raison de la forme de coins de ses signes et utilisée de l’Anatolie à l’Iran et de l’Égypte aux Monts Elbrouz3, et sera le théâtre de l’établissement des premières relations commerciales. L’islam, religion apparue à la suite de l’hindouisme, du judaïsme et du christianisme, naîtra au début du VIIème siècle4 dans la péninsule Arabique5 et sera déterminant dans l’émergence de l’Empire arabe et dans le rayonnement de sa civilisation.

Au gré des époques, le rôle du Moyen-Orient dans l’équation mondiale n’a jamais perdu de son importance et demeure plus que jamais d’actualité. Au même titre que ce qui se passe en Amérique du Nord, et notamment aux États-Unis, influence l’existence de la grande majorité des habitants de cette planète, les évènements ayant lieu au Moyen-Orient ont une résonance considérable d’un point de vue global. Ces événements, qu’ils soient de nature religieuse, conflictuelle, démographique ou culturelle, bénéficient d’une couverture médiatique mondiale et entraînent des conséquences qui le sont tout autant. Aussi, l’évolution technologique fulgurante des moyens de communication fait que nous vivons tous le Moyen-Orient en temps réel.

Cette étude a pour but de présenter les évènements qui figurent parmi les enjeux majeurs du Moyen-Orient aujourd’hui. Il conviendra bien sûr de traiter du conflit israélo-palestinien et de son regain d’intensité à la suite des attaques terroristes du 7 octobre tout en le situant dans le contexte plus large de la « guerre de l’ombre » que mène l’Iran, au moyen de relais régionaux, à l’État d’Israël. Ces sujets devront être à la fois liés et distingués. Le menace que constitue l’islamisme, du point de vue sécuritaire mais aussi politique, sera évoquée tenant compte de l’actualité en Syrie, du réseau transnational des Frères musulmans mais aussi du bilan de la « guerre contre le terrorisme » ou encore de la coalition internationale anti-Daech.

Nous tenterons d’imaginer l’avenir du Moyen-Orient. Comment trouver une solution durable et équitable au conflit israélo-palestinien ? Quelle est la meilleure manière d’exclure l’Iran du club nucléaire ? Comment faire chuter l’« axe de la résistance » ? Quels sont les meilleurs moyens d’encourager la normalisation des relations entre les États arabes et Israël ?

Pierre Clairé, Directeur adjoint des Etudes du Millénaire, spécialiste des questions internationales et européennes

Contribution : Matthieu Hocque, directeur adjoint des Etudes du Millénaire.

Une région divisée et complexe

Une définition née des intérêts occidentaux. La note rappelle que la notion de Moyen-Orient, théorisée en 1902 par le stratège américain Alfred Mahan, a supplanté celle de Proche-Orient à mesure que les intérêts des puissances occidentales s’étendaient vers l’est. Elle recouvre aujourd’hui l’Égypte, Israël, les territoires palestiniens, l’Iran, l’Irak, la Turquie et les pays du Golfe, et pèse par le canal de Suez, la mer Rouge et les hydrocarbures.

Un héritage historique. Les accords Sykes-Picot de 1916 partagent des zones d’influence entre Français et Britanniques, sans tracer de frontières. Le plan de partition de l’ONU du 29 novembre 1947, adopté par 33 voix contre 13, n’a jamais été appliqué faute d’accord des États arabes, et Israël a contrôlé 77 % du territoire du mandat au terme de la guerre de 1948-1949.

Le facteur religieux. La note tient la division entre sunnites et chiites pour l’une des deux clés de lecture de la région, avec le conflit israélo-palestinien. La région compte entre 350 et 400 millions de musulmans, dont 85 à 90 % de sunnites. Le bloc chiite, mené par l’Iran, s’oppose à la normalisation avec Israël. La Ligue arabe, qui compte 22 membres, reste incapable d’agir de concert sur Israël.

Le retrait mesuré des États-Unis. Le néoconservatisme, né dans les années 1980 et étendu par la guerre contre le terrorisme après le 11 septembre, a été discrédité par l’échec en Irak et le retrait d’Afghanistan en 2021. La doctrine America First de Donald Trump limite les interventions américaines et privilégie une approche transactionnelle, comme l’illustre la tournée dans le Golfe de mai 2025, qui aurait rapporté environ 2 000 milliards de dollars d’investissements annoncés.

1 200

Israéliens tués et 240 enlevés le 7 octobre 2023 par 5 000 terroristes du Hamas, avant le retour de Tsahal dans la bande de Gaza.

Note, p. 13

Israël face à l’« axe de la résistance »

Le Hamas. Issu des Frères musulmans en 1987, le mouvement pratique selon la note un terrorisme islamo-nationaliste. Sous pression militaire et contesté par la population de l’enclave, il est selon la note pris en étau entre Tsahal, la pression des pays arabes et le plan de paix proposé par Donald Trump. L’Iran l’aurait financé à hauteur de plus de 230 millions d’euros depuis 2014.

Le Hezbollah. Il comptait environ 50 000 combattants au début des hostilités et en aurait perdu entre 2 500 et 4 000. Israël estime avoir détruit 80 à 85 % de sa capacité de frappe. Le président libanais Joseph Aoun réclame sa démilitarisation, mais la majeure partie de ses missiles balistiques n’a pas été détruite.

Les Houthis. Ils contrôleraient 60 % de la population yéménite et disposeraient d’au moins 100 000 combattants. Leurs attaques en mer Rouge, par où transite 12 % du commerce maritime, coûtent à l’Égypte environ 800 millions de dollars par mois selon son président.

L’Iran. Après l’attaque directe du 13 au 14 avril 2024 (185 drones, 110 missiles sol-sol et 36 missiles de croisière), interceptée à 99 % selon Tsahal, la « guerre de 12 jours » de juin 2025 a vu Israël lancer l’opération Rising Lion puis les États-Unis frapper Fordo, Natanz et Ispahan avec l’opération Midnight Hammer. Le Pentagone estime que la menace nucléaire iranienne n’est repoussée que de deux ans au plus.

Les troubles liés à la menace islamiste

La Syrie. La guerre civile a fait 528 500 morts, dont plus de 181 939 civils, avant la chute de Bachar al-Assad le 8 décembre 2024. Le nouveau pouvoir peine à unifier les groupes armés et à protéger les minorités : 1 383 morts côté alaouite en mars 2025 et 1 311 morts à Soueïda à partir du 13 juillet. La note n’exclut pas une organisation de type fédéral.

Les Frères musulmans. Fondée en 1928, la confrérie prône une islamisation progressive de la société. La Russie l’a classée terroriste dès 2003, l’Arabie Saoudite, les Émirats et Bahreïn en 2014, la Jordanie en 2025. La note recommande que la France et d’autres pays européens prononcent son interdiction, accompagnée d’une désignation comme groupe terroriste.

Daech. Chassé de son califat physique en 2019, l’État islamique s’adapte, se dissimule parmi les civils et inspire des attaques de loups solitaires.

Le chemin vers un Moyen-Orient pacifié n’est pas sans difficultés, mais il existe.

L’indispensable solution palestinienne

Les plans existants. La note juge insuffisants le plan du Caire de 53 milliards de dollars, le scénario d’Ehoud Olmert et de Nasser al-Qidwa et la lettre de l’Autorité palestinienne du 9 juin, car ils ne règlent pas la question du Hamas ou confient la gestion des territoires à une autorité peu crédible.

Les conditions posées par la note, hors restitution immédiate de tous les otages.

(i) Sécurité. Le Hamas et les groupes ayant participé au 7 octobre sont écartés de la gouvernance et de la vie politique, leurs dirigeants et militants exilés. L’État palestinien est démilitarisé. Une campagne de « déhamassisation » est menée.

(ii) Organisation. Les habitants de Gaza sont temporairement déplacés pendant la reconstruction et peuvent revenir ensuite. Les États-Unis sont impliqués. Une opération de maintien de la paix sur le modèle de la FINUL surveille les frontières, une coalition incluant les pays arabes ayant normalisé leurs relations avec Israël assure la sécurité intérieure et la gestion politique jusqu’à des élections.

(iii) Économie. Le futur État est financé par les revenus d’une bande de Gaza démilitarisée et reconstruite, qui remboursent aussi les pays engagés.

(iv) Moral. La note propose un tribunal sur le modèle de Nuremberg pour juger les membres du Hamas et le démantèlement de l’UNRWA, l’aide humanitaire étant confiée à une nouvelle organisation.

La note estime que reconnaître un État palestinien alors que le Hamas est au pouvoir serait une erreur stratégique et morale. Le plan Trump répond à bon nombre de ces conditions, mais son amnistie lui paraît inacceptable pour Israël.

Explorer les données

Le Moyen-Orient en chiffres

Combattants du Hezbollah (nombre)

Au début des hostilités50 000Pertes, haut de fourchette2 500 à 4 000
Lecture

Le Hezbollah comptait environ 50 000 combattants et en aurait perdu entre 2 500 et 4 000.

Note, p. 34, 42, 49, 75, 95 : Tsahal, Observatoire syrien des droits de l’homme, FMI, L’Orient-Le Jour

Vers un Moyen-Orient débarrassé de l’islamisme

La normalisation. Après l’Égypte en 1979 et la Jordanie en 1994, les accords d’Abraham de 2020 ont réuni les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc autour d’Israël. La note y voit la clé de voûte d’un Moyen-Orient en paix. Elle ajoute que tout pays participant à la reconstruction de Gaza devrait au préalable avoir normalisé ses relations avec Israël, et que l’élargissement à la Syrie et au Liban est en discussion.

Point n°1 : démilitariser le Hezbollah. Le désarmement est une priorité avant les législatives libanaises de 2026. La note demande de pérenniser le soutien occidental à l’armée libanaise et de garantir la représentativité des forces politiques du pays.

Point n°2 : neutraliser les Houthis. Elle propose de reformer avec l’Arabie Saoudite et les Émirats la coalition de 2014, d’ajouter des sanctions financières contre l’Iran et des mesures diplomatiques envers Oman, et, à court terme, d’escorter des navires israéliens.

Point n°3 : régler l’avenir de l’Irak. Les milices chiites, notamment l’Organisation Badr forte de 20 000 hommes, échappent au gouvernement et répondent à Téhéran. La note y voit un proxy iranien traité par les médias de manière inversement proportionnelle à son potentiel de nuisance.

Point n°4 : empêcher Téhéran de réarmer ses milices. Elle cite la saisie de 750 tonnes de missiles iraniens destinés aux Houthis le 16 juillet et la difficulté de surveiller 400 km de frontière libanaise comptant plus de 130 itinéraires de contrebande.

Exclure l’Iran du club nucléaire. La note propose d’activer le mécanisme de snapback, puis d’imposer un traité plus restrictif que le JCPOA : abandon de tout enrichissement, destruction des stocks d’uranium et de missiles balistiques, contrôles de l’AIEA sans préavis sur toute installation militaire et sans limite de durée, avec intervention d’une coalition au moindre manquement.

Contrer Daech. Elle recommande de lier la levée des sanctions sur la Syrie à l’expulsion des terroristes étrangers, de former des unités syriennes à la lutte antiterroriste, de surveiller la 84e division composée d’anciens jihadistes, de reformer une coalition sur le modèle de celle qui a détruit le califat et d’établir des canaux de renseignement directs avec Damas.

Conclusion

La note fixe comme objectif principal de mettre un terme au conflit entre Israël et le Hamas et de parvenir à une paix durable, en poursuivant la normalisation pour aboutir à une grande alliance contre l’islamisme.

Elle appelle aussi à mettre l’« axe de la résistance » hors d’état de nuire et à écarter l’Iran du club des puissances nucléaires, par un accord très restrictif et, si nécessaire, une intervention militaire d’une coalition.

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Comment le 7 octobre a reconfiguré le Moyen-Orient ?

103 pages.

Citer cette note

Chaplault-Maestracci E., Clairé P., « Comment le 7 octobre a reconfiguré le Moyen-Orient ? », Note du Millénaire, 7 octobre 2025, lemillenaire.org.

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L’auteur

Edouard Chaplault-Maestracci et Pierre Clairé

Analyste International ; Directeur adjoint des Etudes du Millénaire.

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