Faut-il réduire le périmètre de l’État ? Les plus libéraux le jugent hypertrophié et voudraient imposer aux administrations publiques un régime drastique. Les plus interventionnistes, comme récemment le socialiste Boris Vallaud et son concept de « démarchandisation », estiment que l’État n’en fait jamais assez et plaident pour étendre son champ d’action.
Dans une note que Le Point s’est procurée en exclusivité, le think tank Le Millénaire, spécialisé en politiques publiques, apporte des éléments de réponse à ce vieux débat, qui pourrait resurgir à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.
Vice-championne d’Europe
D’abord un constat. Les dépenses des administrations publiques françaises – l’indicateur par excellence du tour de taille de l’État – n’ont cessé d’augmenter. Elles représentaient 57,2 % du produit intérieur brut (PIB) en 2025, contre seulement 49 % en 1990, soit une hausse de plus de 7 points. La France se classe ainsi comme le deuxième pays de l’Union européenne, derrière la Finlande (57,6 %). À l’échelle de la zone euro, « l’écart est considérable » : en 2024, la moyenne se situait à 49,6 %, soit au niveau de la France il y a trois décennies.
Si le poids de l’État, et par extension son périmètre d’action, inquiète autant, c’est bien parce que la dette publique française atteint des sommets. Elle est aujourd’hui de 115,6 % du PIB, ce qui signifie que la France doit 3 465 milliards à ses créanciers. Plus préoccupant encore, cette dette pourrait dépasser 125 % à l’horizon 2029, selon les Sages de la Cour des comptes.
Tout privatiser ?
Mettons maintenant les pieds dans le plat. Comment réduire le périmètre d’intervention de l’État afin de tailler dans les dépenses des administrations publiques et ainsi inverser la courbe de la dette ? Dans cette note assez instructive, Le Millénaire, qui se présente comme « gaulliste et réformateur », explore la piste des privatisations. Cette option, pour mémoire, permet de limiter la sphère du monopole public et d’alléger les dépenses budgétaires.
Tirant les leçons des vagues de privatisations depuis 1986, les auteurs de la note constatent que ces opérations échouent dans les infrastructures publiques ou en situation de monopole « naturel », comme les autoroutes.
En 2014, les actionnaires avaient déjà récupéré les quelque 15 milliards versés lors de la cession, et, d’ici 2036, Vinci et Eiffage devraient engranger à eux seuls près de 32 milliards d’euros de profits sur leurs concessions. Cet exemple illustre la transformation d’« une rente publique en rente privée, sans gain substantiel pour l’usager ni pour le contribuable ».
À l’inverse, le laboratoire d’idées démontre que les privatisations ont réussi lorsqu’elles concernaient des entreprises exposées à la concurrence internationale. Il cite Rhône-Poulenc devenu Sanofi, aujourd’hui un géant européen de l’industrie pharmaceutique ; Saint- Gobain, qui a multiplié par trois son chiffre d’affaires quatorze ans après sa privatisation ; ou encore BNP Paribas, devenue la première banque de la zone euro.
Voilà pourquoi Le Millénaire appelle à un programme massif de cessions, mais seulement là où l’État possède des participations dans des entreprises du secteur concurrentiel : Renault, Orange ou encore la FDJ. « Les dizaines de milliards d’euros immobilisés ne doivent pas financer le fonctionnement courant, mais être affectés exclusivement au désendettement souverain de la Nation », insistent les auteurs.
Réformer l’État
Puisque les privatisations ne sont pas le remède miracle au surpoids de l’État, Le Millénaire préconise surtout de réformer les administrations publiques en profondeur. Car ce qui creuse les déficits, ce ne sont pas tant les entreprises publiques que les « grands blocs structurels » que l’on connaît déjà tous : la protection sociale, l’assurance-maladie, les retraites, la masse salariale publique, les aides aux entreprises et les dépenses fiscales.
C’est ainsi que les auteurs multiplient les propositions pour faire maigrir l’État, en le réformant de l’intérieur. Par exemple en poursuivant le recul de l’âge légal de départ à la retraite, pour l’aligner sur les standards de l’OCDE : entre 65 et 67 ans. En réduisant le coût de la masse salariale
publique, notamment en réduisant les fonctions « administrantes » et en mettant fin à l’emploi à vie pour les fonctions non régaliennes ; en rationalisant les niches fiscales.
Vers un État « recentré »
Le Millénaire plaide aussi pour un transfert de compétences de l’État vers les territoires. La région deviendrait le stratège du développement économique, le département le garant des solidarités, le maire et l’intercommunalité les seuls maîtres de l’aménagement. « Le choix n’est pas entre État faible et État fort. Il est entre un État dispersé, coûteux et peu responsable de ses résultats, et un État recentré, stratège, capable d’investir là où il est irremplaçable et de se retirer là où son intervention entretient surtout l’inefficience », écrivent-ils.
On comprend la logique : un État qui fait moins pour gagner en efficacité sur l’essentiel : la sécurité intérieure, la justice, la défense, l’éducation et la souveraineté énergétique.
Article de Kevin Badeau, du service Idées-Débats du Point avec William Thay Président du think-tank Le Millénaire et Hugo Ragain, Expert des questions économiques au Millénaire
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Crédit photo : ministère de l’Économie et des Finances, via Flickr sous licence CC BY 2.0

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