Un an après, quelle sécurité pour Israël ?
Un an après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, la note revient sur la place de la sécurité dans l’histoire d’Israël, analyse les menaces auxquelles le pays fait face sur plusieurs fronts et ses failles, puis examine les voies pour assurer durablement sa sécurité, de la coalition internationale à un protectorat de transition pour Gaza et la Cisjordanie.
Le constat
Israël consacre environ 24 milliards de dollars à sa défense en 2023, soit 5,5 % de son PIB.
La cause
Des menaces sur plusieurs fronts, derrière lesquelles la note voit principalement la stratégie iranienne.
La conséquence
Une réponse militaire qui doit s’accompagner d’une vision politique pour l’après-conflit.
Avant-propos
La sécurité d’Israël, une préoccupation omniprésente depuis sa création, a été renforcée par des décennies d’attaques et de conflits.
L’origine de cette quête de sécurité comme première des libertés, remonte à des siècles de persécutions subies par le peuple juif, qui ont conduit à la nécessité d’un refuge sûr, culminant dans la création de l’État d’Israël en 1948. Les événements tragiques de la Shoah, où environ six millions de Juifs ont péri, ont précipité cette réalisation, entraînant une augmentation des migrations juives vers la Palestine.
Il y a un an, les événements du 7 octobre au cours desquels le Hamas a mené une attaque surprise ayant coûté la vie à plus de 1 400 civils israéliens constituant le pire crime contre l’humanité contre le peuple juif depuis 1945, sont venus rappeler au monde entier cette réalité.
L’instabilité et les conflits ont perduré depuis la création d’Israël, marqués par une succession de guerres et d’affrontements avec des groupes hostiles, notamment le Hezbollah et le Hamas. La guerre du Kippour en 1973 a constitué un tournant majeur, soulignant les failles des systèmes de sécurité israéliens et amorçant un changement de stratégie vers des guerres asymétriques.
Depuis lors, la sécurité est devenue un argument électoral puissant, notamment sous le leadership de Benjamin Netanyahu, dont les politiques ont souvent été marquées par une approche sécuritaire stricte en réponse aux menaces perçues. Entre 1993 et 2023, les dépenses militaires israéliennes ont considérablement augmenté, atteignant environ 24 milliards de dollars, représentant 5,5 % du PIB, ce qui témoigne de l’engagement d’Israël à renforcer ses capacités de défense face à des menaces toujours plus complexes.
Alors qu’Israël se trouve désormais confronté à des menaces sur plusieurs fronts, notamment le Hezbollah au Liban et les groupes militants en Cisjordanie, la question de la sécurité nationale demeure plus pressante que jamais, exacerbée par un contexte international de plus en plus hostile. Alors que cela avait miné le capital politique de Netanyahu, ses dernières victoires face au Hamas et au Hezbollah lui ont accordé un répit interne. Mais est-ce que cela permettra d’aller vers la fin du conflit ?
Comment assurer la sécurité d’Israël ? Comment vaincre le Hamas et le Hezbollah sans commettre les mêmes erreurs que celles commises par les Occidentaux, notamment les Américains, lors des guerre au Moyen-Orient en Afghanistan et en Irak ?
Israël : la sécurité, première des libertés
Un enjeu existentiel. Pour la note, la sécurité est au cœur du projet sioniste pensé par Theodor Herzl, en réponse à des siècles de persécutions culminant avec la Shoah, qui a coûté la vie à près de six millions de Juifs, soit environ 67 % de la population juive d’Europe selon Yad Vashem.
Une naissance dans la guerre. Le plan de partage de l’ONU du 29 novembre 1947, accepté par les dirigeants juifs et rejeté par les dirigeants arabes, débouche sur une guerre civile puis sur la première guerre israélo-arabe. Israël entre à l’ONU le 11 mai 1949.
Un état de guerre permanent. La guerre du Kippour de 1973 marque, selon les auteurs, le passage d’un conflit entre États à un conflit asymétrique, entraîne la démission de Golda Meir et ouvre la voie à la paix avec l’Égypte.
Le tournant sécuritaire
L’échec d’Oslo. Les accords de 1993 et 1995 créent l’Autorité palestinienne sans régler les questions du statut final ; la seconde Intifada puis la victoire électorale du Hamas en 2006 enlisent le processus de paix.
La sécurité, argument électoral. Benyamin Netanyahu a fait de la sécurité l’axe central de son discours face au terrorisme. Les dépenses militaires israéliennes passent d’environ 12,4 milliards de dollars en 1993, soit 6,2 % du PIB, à environ 24 milliards en 2023, soit 5,5 % du PIB selon le SIPRI.
Des moyens de défense. Israël s’appuie sur le Dôme de fer, qui intercepterait environ 90 % des menaces à courte portée, sur les systèmes David’s Sling et Arrow, sur la cyberdéfense, sur la doctrine de la guerre préventive et sur l’alliance américaine : un accord de 2016 prévoit 38 milliards de dollars d’aide militaire sur dix ans.
de dépenses militaires israéliennes en 2023, soit environ 5,5 % du PIB, contre 12,4 milliards en 1993.
Quelles menaces face à Israël ?
Le 7 octobre 2023. L’attaque du Hamas, lancée cinquante ans après la guerre du Kippour, a mobilisé selon la note environ 1 500 combattants, fait plus de 1 400 morts selon le bilan qu’elle retient et conduit à la prise de plus de 200 otages.
Quatre menaces. La note hiérarchise l’arc chiite formé par l’Iran et la Syrie, le Hezbollah au Liban, dont l’arsenal est estimé à environ 150 000 roquettes et missiles, le Hamas à Gaza et le terrorisme en Cisjordanie. Derrière ces menaces, elle voit principalement la stratégie iranienne et celle de ses alliés.
Des failles. Le 7 octobre a révélé des failles de protection des frontières inédites depuis 1973. Engagé sur trois fronts, Israël voit son effort militaire dispersé et reste confronté aux difficultés de la guerre asymétrique.
La sécurité d’Israël en chiffres
Dépenses militaires d’Israël (en milliards de dollars)
Les dépenses militaires israéliennes ont presque doublé en trente ans.
Dépenses militaires d’Israël (en % du PIB)
La part du PIB consacrée à la défense reste supérieure à 5 %.
Projection en sièges à la Knesset, octobre 2024
Malgré un regain de popularité, la coalition resterait minoritaire selon le sondage cité.
Comment assurer la sécurité d’Israël ?
Une paix nécessaire mais impossible à court terme. Pour les auteurs, chaque camp est dominé par les acteurs aux positions les plus dures, et le statu quo nourrit la radicalisation des positions.
Une coalition contre les alliés de l’Iran. La note envisage une coalition internationale réunissant Occidentaux et pays arabes, sur le modèle de celle formée en 2014 contre l’État islamique, tout en relevant ses limites.
Penser l’après. Les auteurs jugent qu’une victoire militaire ne suffira pas : il faudra prendre en charge les services publics des territoires concernés, avec les pays arabes. Ils évoquent un protectorat de transition dirigé par l’Arabie saoudite pour Gaza et la Cisjordanie.
Vaincre le Hamas ou le Hezbollah par des F-16 ou F-35 ne ramènera jamais la sécurité à Israël.
Conclusion
Pour les auteurs, Benyamin Netanyahu, renforcé par les succès militaires contre le Hamas et le Hezbollah, souhaite poursuivre la guerre mais ne peut vaincre seul. La perspective d’une coalition occidentale contre les alliés de l’Iran pourrait dépendre de l’élection présidentielle américaine, et devra s’accompagner d’une solution de paix durable avec la contribution des pays arabes.
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Matthieu Hocque et Pierre Claire
Directeur adjoint des Études du Millénaire ; Directeur adjoint des Études du Millénaire.
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