20ÈME CONGRÈS DU PARTI COMMUNISTE CHINOIS : VERS LA RENAISSANCE CHINOISE ?

Note du Millénaire Affaires étrangères et Défense

Xi Jinping parviendra-t-il à se hisser au niveau du Grand Timonier Mao Zedong ?

Le 20e Congrès du Parti communiste chinois devrait reconduire Xi Jinping pour un troisième mandat, une première depuis Mao. La note de Marion Pariset et Pierre Clairé analyse son bilan, les fragilités révélées par le zéro Covid et la guerre en Ukraine, et son projet de renaissance chinoise.

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Marion Pariset, Pierre ClairéSecrétaire générale du Millénaire ; Directeur adjoint des études du Millénaire
13 octobre 2022
31 pages · lecture 7 min
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En bref

Le constat

Xi Jinping s’apprête à dépasser la limite de deux mandats instaurée par Deng Xiaoping et à renforcer son culte de la personnalité.

La cause

Autoritarisme intérieur, diplomatie agressive et montée en puissance militaire ont marqué son mandat, mais le zéro Covid et l’Ukraine ont révélé des fragilités.

La conséquence

Le Congrès doit préciser le rêve chinois : première puissance mondiale en 2049 et réunification avec Taïwan.

Principaux constats
012 296délégués au 20e Congrès, pour un parti de près de 90 millions de membres.
0268 ansla limite d’âge au Comité permanent, alors que Xi Jinping en a 69.
03350navires pour la marine chinoise, contre 293 pour la marine américaine.
041,5 millionde membres du parti visés par la campagne anticorruption selon les estimations hautes.
057membres au Comité permanent, contre 9 entre 2002 et 2012.

Avant-propos

Le prochain Congrès du Parti communiste chinois, le 16 octobre, sera scruté avec une attention particulière à l’international. Cet événement ancrera très probablement le pouvoir de Xi Jinping par le renouvellement de son mandat à la tête du parti, dépassant pour la première fois la limite de deux mandats instaurés par Deng Xiaoping dans les années 80. Le Congrès sera également l’occasion de poser les ambitions du président Xi pour les cinq prochaines années. Dans la continuité de la “pensée de Xi Jinping”, ce 20ème Congrès pourrait confirmer la mainmise du président sur le système politique en renforçant le culte de la personnalité à travers une révision de la constitution du parti, voire en accordant au président Xi un titre similaire à celui de Timonier de Mao. Sur les orientations politiques, il y a fort à parier que ce Congrès réaffirmera le modèle de développement “à la chinoise” devant se poser comme alternative à l’Occident pour à terme supplanter le concurrent américain. Toutefois, cette réunion n’est pas une simple formalité pour Xi car des mouvements ou factions existent au sein du parti communiste et entendent bien peser sur la politique nationale, voire préparer l’après-Xi Jinping. La crise sanitaire et la guerre en Ukraine soulignent en outre les fragilités structurelles du pays auxquelles le président devra réussir à apporter des réponses pour parvenir à réaliser le “rêve chinois”.

Si le maintien de Xi au pouvoir semble assuré, le 20ème Congrès du Parti communiste chinois pourrait cependant révéler en creux les vulnérabilités du projet de grandeur chinoise développé par le président depuis son accession au pouvoir en 2013.

Le Congrès, un exercice classique de la gouvernance chinoise

Une instance de sélection plus que de choix. Le Congrès national permet le changement de direction, la révision des statuts du parti et la fixation de l’agenda des cinq années suivantes. Près de 2 300 délégués, choisis par un parti de près de 90 millions de membres, désignent un Comité central de 205 membres et 171 suppléants, qui élit un Bureau politique de 25 membres et son Comité permanent de 7 membres. Le nombre de candidats n’étant que très légèrement supérieur au nombre de places, la sélection se fait en amont.

Des règles de renouvellement. Aucun membre du Comité permanent ne peut avoir plus de 68 ans : Xi Jinping en a 69. Le Comité permanent comptait 9 membres entre 2002 et 2012, puis 7 depuis 2012 ; une nouvelle réduction serait un signal fort.

Des congrès devenus symboliques. Le 7e Congrès de 1945 avait duré 49 jours et inscrit la pensée de Mao dans les statuts. À partir du 10e Congrès de 1973, qui ne dure que 5 jours, les décisions sont prises en amont par un groupe restreint. En 1982, le poste de président du parti est supprimé pour mettre fin au culte de la personnalité.

L’avènement de l’empereur rouge

Un troisième mandat inédit depuis Mao. Depuis la révision constitutionnelle de mars 2018, Xi Jinping peut briguer un troisième mandat à la tête du pays. Il sera le premier depuis Mao à être placé trois fois à la tête du parti, et la mention de sa pensée figure dans les statuts depuis 2017.

Un Congrès préparé de longue date. 2 296 délégués ont été choisis dans 38 circonscriptions, contre 40 en 2017. L’orientation de la politique étrangère et la désignation du futur Premier ministre, Li Keqiang devant se retirer en mars 2023, sont les principales inconnues.

2049

l’échéance fixée par le « rêve chinois » pour faire de la Chine la première puissance mondiale dans tous les domaines, après un pays moyennement prospère en 2021 et moderne en 2035.

Note, p. 25

Un mandat de reprise en main et d’agressivité internationale

Un retour à l’autoritarisme. En rupture avec les réformes de Deng Xiaoping, Xi Jinping a lancé une campagne anticorruption qui aurait visé de 600 000 à 1,5 million de membres du parti entre 2012 et 2021, tout en lui permettant d’écarter les voix critiques. Il a rétabli un culte de la personnalité et s’appuie sur le contrôle social et le crédit social.

La guerre commerciale. En 2018, les droits de douane américains ont déclenché des représailles chinoises sur 50 milliards de dollars de produits, jusqu’à l’accord de janvier 2020 par lequel la Chine s’engage à acheter 200 milliards de produits américains sur deux ans. Les deux économies ont depuis engagé leur autonomisation.

La diplomatie des loups guerriers. Les diplomates chinois ont abandonné leur discrétion traditionnelle, y compris en France, pour disqualifier le modèle occidental et promouvoir un « vrai » multilatéralisme.

La puissance militaire. La Chine a construit des îlots artificiels en mer de Chine et multiplié les incursions autour de Taïwan. Depuis 2020, sa marine devance toutes les autres en nombre de navires : 350 contre 293 pour les États-Unis.

L’objectif de Xi est de marquer le troisième temps du parti.

Un président sous pression

Le coût du zéro Covid. La politique zéro Covid a fragilisé le récit d’un modèle chinois prospère et performant, révélé le vieillissement de la population, la faiblesse de la demande intérieure et la bulle immobilière, et suscité des mouvements de dénonciation, comme à Shanghai au printemps 2022.

Le dilemme ukrainien. L’invasion de l’Ukraine peut affaiblir l’Occident et placer la Russie en position de dépendance, mais la Chine, qui se pose en défenseur de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, ne peut ni soutenir formellement la Russie ni condamner l’invasion.

Des factions toujours présentes. Le gang de Shanghai, lié à Jiang Zemin, et la Ligue de la jeunesse, liée à Hu Jintao, ont été ébranlés par la campagne anticorruption, et la question de la succession peut déjà se poser.

Perspectives pour Xi et la Chine

Le rêve chinois. Il doit refermer le siècle de l’humiliation ouvert par les guerres de l’opium, en trois étapes : un pays moyennement prospère en 2021, moderne en 2035 et première puissance mondiale en 2049.

Une économie socialiste de marché. La « circulation duale » doit réduire la dépendance à l’étranger et la « prospérité commune » partager les fruits de la croissance.

Consolider son pouvoir. Le Congrès pourrait inscrire sa philosophie dans les statuts du parti et lui attribuer le titre de lingxiu, grand leader, que seul Mao a détenu.

Taïwan. Le Livre blanc du 10 août 2022 fait de la réunification une condition de la renaissance chinoise, dans un contexte de tensions accrues après la visite de Nancy Pelosi.

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Le Parti communiste chinois en chiffres

Durée des congrès du parti (en jours)

10e Congrès, 19735 jours9e Congrès, 196925 jours8e Congrès, 195613 jours7e Congrès, 194549 jours6e Congrès, 192824 jours
Lecture

Depuis 1973, les congrès sont courts et essentiellement symboliques.

Note, p. 6 à 9, 13, 21

Conclusion

Xi Jinping sera le premier depuis Mao à exercer un troisième mandat de secrétaire général. La note le résume par un triple positionnement : maoïste dans son approche du parti et du culte de la personnalité, socialiste à la chinoise en économie et nationaliste en politique étrangère. Après Mao, qui a ancré la domination du parti, et Deng, qui a apporté les réformes économiques, il veut faire de la Chine la première puissance mondiale avec un modèle alternatif à celui des États-Unis.

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20ÈME CONGRÈS DU PARTI COMMUNISTE CHINOIS : VERS LA RENAISSANCE CHINOISE ?

31 pages.

Citer cette note

Pariset M., Clairé P., « 20ÈME CONGRÈS DU PARTI COMMUNISTE CHINOIS : VERS LA RENAISSANCE CHINOISE ? », Note du Millénaire, 13 octobre 2022, lemillenaire.org.

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L’auteur

Marion Pariset et Pierre Clairé

Secrétaire générale du Millénaire ; Directeur adjoint des études du Millénaire.

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Crédit photo : Xi Jinping par Jean-Marc Ferré sous licence CC BY-NC-ND 2.0

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