William Thay pour Marianne : « La France doit s’inspirer des remèdes de Rudy Giuliani qui ont porté leurs fruits à New York »

Dans les années 1990, l’ancien maire de New York, Rudy Giuliani, a lancé une politique de lutte contre l’insécurité très ambitieuse, qui a porté ses fruits. Président du Millénaire, think tank d’inspiration gaulliste, William Thay estime que les grandes métropoles françaises devraient suivre son exemple.

Depuis 10 ans et l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, les Français font face à une hausse massive des atteintes aux personnes, des violences physiques qui augmente de 8% par an en moyenne chaque année depuis 2016, tout comme les violences sexuelles (+11% par an en moyenne) et les tentatives d’homicides. Cette situation va laisser à son successeur un véritable défi de restaurer l’ordre dans les rues du pays alors que la France a accumulé des décennies d’inaction affaiblissant l’autorité de l’État. 

Comme les situations nous ont semblé similaire, nous nous sommes penchés sur les remèdes de Rudy Giuliani, ancien Maire de New York, qui a transformé « Gotham » en une des villes les plus attractives et sûres du monde. Comment il est passé de la théorie des vitres brisées à appliquer une « tolérance zéro » dans sa ville ? 

New York et les États-Unis faisaient face aux mêmes problématiques que la France 

Les États-Unis des années 80 sont marqués par plusieurs phénomènes qui accentuent la montée des violences : une récession économique entrainée par les deux chocs pétroliers dont celui de 1979, le chômage qui atteint un pic de 12% en 1982 engendrée par ce choc économique et une désindustrialisation, les gangs qui s’affrontent pour le contrôle du territoire afin de conserver le monopole de la vente de cannabis, d’héroïne et de cocaïne (les États-Unis consomment près de 60% de la production mondiale de drogue avec 4,5 millions de consommateurs en 1992), ainsi que l’apparition d’une nouvelle drogue dérivée de la cocaïne : le crack.

Ainsi la France fait exactement face aux mêmes problématiques. Le service statistique ministériel de la sécurité intérieur (SSMI) démontre que même si les zones rurales et périurbaines n’échappent plus à la violence, les métropoles concentrent les délits et les crimes. En effet, la majorité des infractions sont commises dans seulement 1% des communes métropolitaines. Ainsi, on ne peut résoudre l’explosion de la violence si on ne résout pas ce problème dans les métropoles. De plus, s’il ne faut pas excuser les auteurs de crimes et de délits, le climat politique, économique et social est similaire à celui des États-Unis des années 90 : chômage important chez les jeunes en raison d’un échec économique depuis la fin des Trente glorieuses, et on assiste à une explosion des infractions liées aux stupéfiants et à son trafic. 

La théorie des « vitres brisées » et comment l’État a perdu son autorité

La théorie de « la vitre brisée » a été mise en avant dans la campagne de Rudy Giulani pour se faire élire Maire de New York. Celle-ci provient d’un article dans la revue The Atlantic publié par deux universitaires américains, James Wilson et George Kelling. Ces derniers expliquent notamment que si une vitre d’un bâtiment est brisée et laissée en l’état, alors le reste des vitres sera cassé également, car une vitre non réparée est un signal que personne ne s’en inquiète et que casser d’autres vitres ne coutent rien. Ainsi, toute la vie d’une communauté peut devenir un lieu d’insécurité, lorsqu’un immeuble est abandonné, que des personnes trainent et boivent de l’alcool devant un magasin ou encore que des parents laissent faire des enfants perturbateurs, etc. Dans ce cadre, les auteurs de l’article démontrent en prenant le cas de Boston, que les incivilités instaurent un plus grand sentiment d’insécurité que les crimes pour les riverains car l’incivilité mène à des comportements imprévisibles créant ce sentiment. 

En France, non seulement la théorie des « vitres brisées » s’applique notamment dans la présence de « zone de non droit » mais pas uniquement, auquel il faut ajouter la culture de l’excuse. En effet, dans ce qu’on appelle les Quartiers prioritaires de la Politique de la ville (QPC) la concentration de l’exposition à l’insécurité est statistiquement supérieur au reste du territoire. À ces quartiers, il faut ajouter les 62 Quartiers de Reconquête Républicaine (QRR) où le taux d’infractions pour trafic et usage de stupéfiants est 2 à 4 fois plus élevé que les zones environnantes. Comme on a laissé la violence s’installée sans y répondre de manière forte alors la violence s’est propagée et s’est radicalisée comme l’explique parfaitement les auteurs de la théorie des « vitres brisées ». Enfin, il faut ajouter une certaine culture de l’excuse où on a tendance à ne pas affronter les problèmes liés à l’insécurité soit pour ne pas stigmatiser, soit pour excuser les délits ou les crimes en raison de l’origine sociale de l’auteur. Toutes ces raisons cumulées ont créé un affaiblissement de l’autorité de l’État, où les lois ne s’appliquent pas pour tous et partout. 

Mettre en place une politique de tolérance zéro en France 

Les solutions de Rudy Giuliani pour répondre à ce fléau sont divisés en trois ordres. Tout d’abord, il ne faisait plus faire de priorités dans les arrestations (sauf cas spécifique du trafic de drogue qui concentre une grande partie de la criminalité). L’objectif était clair, éviter la récidive en fixant des sanctions immédiates et maximales pour chaque crime et délit. Dans ce cas, les auteurs sont non seulement punis durement, mais le message adressé et que la moindre infraction sera sanctionnée et ne sera plus tolérée, ce qui évite que d’autres aient la même idée. Ensuite, il excluait les circonstances atténuantes et les excuses liés à l’environnement social et économique des auteurs. Avec cette philosophie, qu’importe votre origine, un crime reste un crime et un délit reste un délit, donc si vous entrez dans cette case et que vous vous faites arrêter, vous n’aurez aucune excuse pour vous vous en sortir. Enfin, il a réorganisé la police en la dotant de davantage de moyens pour être plus efficace et tenir les quartiers ainsi que les rues. L’objectif était de quadriller toute la ville, en doublant le budget dédié à la police tout en renforçant les effectifs pour atteindre un policier pour 192 habitants (contre 34 agents pour 10 000 habitants en France). 

Ces trois lignes directrices permettraient de répondre en partie à l’affaiblissement de l’autorité de l’État pour restaurer l’ordre dans nos rues. À force de fixer des priorités dans les arrestations à chaque nouveau ministre de l’Intérieur, on laisse penser que certains crimes ou délits seraient tolérés au détriment des nouvelles priorités. Alors qu’avec la philosophie de Giuliani, qu’importe l’acte, tout crime ou délit, sera puni. De plus, la fin de la culture de l’excuse permet de restaurer le principe d’égalité en France, nous sommes tous égaux devant la loi, il n’y a pas de raison d’excuser ou de trouver des circonstances atténuantes à un auteur de crime ou délit qui frappe nous seulement la victime mais cause des torts à la société, en participant à la montée de l’insécurité et donc au changement de comportement des habitants qui se comportent bien. Enfin, l’exemple des Jeux Olympiques 2024 organisés à Paris le montre, la présence policière permet non seulement de rassurer la population, mais également de couvrir davantage de terrain pour faire face à l’explosion de l’insécurité sur le territoire national. Le régalien est le parent pauvre d’une France qui dépense sans compter, puisque l’accumulation des budgets de l’Intérieur, de la Justice et des Armées regroupent à peine plus de 6% du budget de l’État contre plus de 50% pour les dépenses sociales. La France souffre davantage de l’explosion de l’insécurité que des inégalités dans notre modèle très redistributif. 

Les remèdes de Rudy Giuliani ont porté ses fruits à New York puisqu’en moins de 8 ans, il a réussi à diviser tous les indicateurs de crimes et délits par deux. Il a démontré qu’avec une ligne et un courage politique, il n’existait pas de fléau insoluble. La France peut désormais faire le choix d’avoir des rues et un pays plus sûr, il ne manque plus que d’adopter ces principes qui sont de bons sens.

Par William Thay, Président du think-tank gaulliste et indépendant Le Millénaire

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Crédit photo : Rudy Giuliani avec la NYPD via Wikimedia Commons, sous licence « Public Domain »

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