William Thay et Marion Pariset pour la Revue Politique et Parlementaire : “Ecrire une nouvelle page de la puissance européenne”

Entre eurosceptiques et euro-béats, le débat sur l’avenir de l’Union européenne se trouve aujourd’hui dans une impasse.

D’un côté, la construction européenne inspire méfiance, voire révolte, à une partie des Français qui voient leur destin leur échapper. De l’autre, une minorité continue de s’accrocher à l’idéal européen tel qu’énoncé par ses pères fondateurs et poursuit sa fuite en avant sans s’atteler à une révision profonde de son modèle. L’un comme l’autre, ces deux chemins conduisent à l’échec de la politique française en Europe. En encourageant le désengagement ou en remettant une pièce dans la machine européenne, ces deux approches ne permettent pas à l’Union européenne d’être à la hauteur des enjeux du XXIe siècle.

Préoccupés par les questions européennes depuis le lancement de notre think-tank Le Millénaire, nous avons tenu à nous emparer du sujet en cette présidence française du conseil de l’UE afin de proposer notre vision des défis qui attendent notre Vieux Continent et des solutions pour faire de l’Europe une superpuissance.

Une superpuissance européenne, pour quoi faire ?

Après la chute du mur de Berlin, Francis Fukuyama théorisait la “fin de l’histoire” comme l’ouverture d’une période de paix sans précédent marquée par la généralisation de la démocratie libérale et de l’économie de marché. Il est peu dire que cette prévision s’est vite révélée trompeuse. Le début des années 2000 marque pourtant le retour des grands conflits, bien que leur tournure et leurs modalités évoluent, à l’exemple de la guerre contre le terrorisme enclenchée au lendemain du 11 septembre 2001. Loin de rentrer dans le rang, des nations-empires reviennent sur le devant de la scène (Chine, Russie, Turquie, Iran…). 

Liée à l’émergence de puissances nouvelles, cette opposition n’est pas pour autant synonyme d’une compétition libre et équilibrée. En effet, sur le plan géopolitique, nous constatons le retour d’une forme de bipolarisation autour d’un duo Chine – Etats-Unis qui sera amenée à dicter les relations internationales des 30 prochaines années. Face à ces deux poids lourds aux stratégies complexes d’influence, faisant appel à tous les leviers politiques, économiques et même culturels, une puissance ronronnante ne suffit pas pour éviter une sortie de l’Histoire.

En outre, la transformation économique appelle aussi à faire évoluer notre conception de l’Europe. La crise financière de 2008, suivie de celle des dettes souveraines en 2010, et désormais de la crise du coronavirus, a achevé l’ère néolibérale ouverte dans les années 80. Le mythe que l’auto-régulation des marchés internationaux suffirait à faire prospérer les nations est désormais battu en brèche. L’émergence de la zone indopacifique comme moteur de croissance a en plus accéléré la perte de maîtrise de l’Europe sur son sort. La rapidité du progrès ne facilite pas la tâche des entreprises européennes prises dans des règles de concurrence qu’elles sont les seules à appliquer aussi doctement.

Si l’Europe ne veut pas voir l’Histoire s’écrire sans elle, elle doit se réformer pour être armée face à ces défis et redonner foi dans le projet collectif qu’elle constitue. Toutefois, la renaissance d’un idéal européen nécessitera bien plus que de quelques ajustements à la marge.

5 priorités pour faire renaître l’idéal européen

Dans notre dernier rapport, nous proposons 5 axes d’action pouvant faire consensus et autour desquels pourrait s’articuler ce projet européen rénové. “5 P” : Politique, Prospérité, Protection, Projection et Promotion.

Et pour cause, la construction de cette Union politique s’est heurtée à des dissensions internes, en particulier du fait d’Etats ne partageant pas la même volonté comme le Royaume-Uni, et à des obstacles externes, tels que l’attention constante des Etats-Unis aux affaires européennes jusqu’à leur pivot asiatique. Au-delà de la stratégie commune que nous devons instaurer dans les domaines stratégiques au niveau européen, nous devons redonner un souffle démocratique aux institutions européennes en rééquilibrant notamment l’influence du Conseil et du Parlement vis-à-vis de la Commission européenne. Ce préalable est indispensable à la reconstruction du lien entre les citoyens européens et leurs institutions.

Si les choix de l’UE lors de la crise sanitaire ont contribué à éviter l’effondrement de nos économies, l’UE ne peut plus se contenter d’agir en sauvetage. Dans un monde concurrentiel, nous avons besoin de transformer la génération sacrifiée en génération de bâtisseurs pour provoquer un sursaut européen. En particulier, l’Europe gagnera à renforcer ses instruments de rayonnement économique, qu’il s’agisse de la monnaie (avec la création d’un Fonds monétaire et d’un Trésor européens) ou de l’émergence de champions européens.

La dimension protectrice de l’UE est peut-être l’une des plus évidentes mais il est pourtant essentiel de revenir dessus. La création d’un espace commun a été une fantastique source d’opportunités mais le processus n’a pas été mené à terme. Face aux défis transnationaux du XXIe siècle (trafics, crime organisé, terrorisme), l’UE a aboli les frontières à l’intérieur de son espace sans assurer les moyens de sa défense. Avec le Brexit et le désengagement américain, la France a un rôle moteur à jouer dans le développement d’une politique de sécurité commune respectueuse de la souveraineté des Etats membres.

Continent du progrès scientifique et technologique, l’Europe doit rester à la pointe des avancées scientifiques afin de pouvoir se projeter vers l’avenir en investissant dans les révolutions technologiques, énergétiques, écologiques et industrielles pour garder un avantage comparatif et attirer les talents du monde entier. L’Europe peut être fière de son modèle : il est nécessaire de montrer que la liberté de parler, de penser, de choisir, d’entreprendre et d’innover est le modèle le plus à même de garantir le progrès social et économique de l’humanité.

L’Europe a rendez-vous avec son histoire. A l’horizon 2057, date du 100e anniversaire du Traité de Rome, nous pouvons lui donner un nouveau souffle pour en faire une superpuissance. Un défi à relever pour la présidence française de l’UE.

William Thay, président du Millénaire

Marion Pariset, Secrétaire générale du Millénaire

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Crédit photo: Image par David Mark de Pixabay

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