William Thay dans Le Monde « Emmanuel Macron doit profiter de la situation pour mener une révolution politique »

Tribune publiée dansLe Mondele 23 janvier 2019 · l’original ↗

« Emmanuel Macron doit profiter de la situation pour mener une révolution politique »

Ce changement de paradigme passe par l’abandon du credo ordolibéral de l’Allemagne, sinon le président finira comme ces prédécesseurs, prévient dans une tribune au « Monde » William Thay, président du think tank Millénaire.

Par William Thay

Emmanuel Macron
Crédit photo : Emmanuel Macron par European Parliament sous licence CC BY 2.0

L’ouverture du grand débat national n’a pas réussi à calmer les « gilets jaunes », avec un dixième acte aussi mobilisateur que le précédent, d’autant qu’une majorité de Français continue à soutenir ce mouvement (56 % selon un sondage effectué par OpinionWay). S’il ne souhaite pas finir comme ses prédécesseurs, Emmanuel Macron doit profiter de la situation européenne et internationale pour mener une révolution politique et se libérer des marges de manœuvres supplémentaires. Pour cela, il doit s’attaquer au paradigme ordolibéral allemand régnant au sein de l’Union européenne pour proposer un nouveau contrat social basé sur la baisse des inégalités et ouvrir ainsi une nouvelle phase de son quinquennat.

Le cap du président est l’illustration même des faibles marges de manœuvres françaises dans le cadre européen actuel, avec pour seul choix celui des réformes structurelles à mener dans le respect des contraintes budgétaires et normatives communautaires. Le président Macron pourrait ici se remémorer la phrase prophétique laissée en héritage par le président Mitterrand lorsque celui-ci affirmait qu’il serait « le dernier des grands présidents (…) à cause de l’Europe ». En effet, renforcée depuis le traité de Maastricht, l’UE a considérablement entamé les pouvoirs du président de la République.

Le respect des règles européennes contraint le gouvernement. Il ne peut faire appel à nombre d’outils budgétaires (du fait de la règle des 3 % de déficit public) ou monétaires (politique décidée à Francfort pour l’ensemble de la zone euro par la BCE). Malgré ces contraintes, le président conservait, cependant, un choix mais il a décidé de faire porter le poids des nouveaux prélèvements fiscaux aux Français déjà les plus frappés depuis la crise financière de 2008, et en allégeant la fiscalité des plus aisés.

Nouveaux statuts

Un changement de paradigme en Europe sur le plan des politiques budgétaire et monétaire serait pourtant nécessaire. En effet, les résultats économiques de plusieurs pays comme la Grèce ou l’Italie ont démontré la profonde injustice et l’inefficacité des choix politiques effectués depuis la crise de 2008 sous l’impulsion de l’Allemagne. Les règles budgétaires doivent être amendées pour permettre un choc de la demande et de l’investissement dans le cadre du semestre européen et d’un plan Juncker perfectionné. Et pour que la politique monétaire puisse accompagner les réformes structurelles et adoucir les effets récessifs, la BCE doit en complément adopter de nouveaux statuts comprenant la mission d’assurer le plein-emploi, ainsi qu’une croissance juste et durable.

Tribune publiée dans Le Monde le 23 janvier 2019. Lire sur lemonde.fr

Pour soutenir nos analyses ou nous rejoindre pour rendre sa grandeur à la France : nous soutenir · nous rejoindre.

Pour aller plus loin

Add a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.