Pour un choc de compétitivité

Note du Millénaire Économie et Finances

Avec un solde commercial de -99,6 milliards d’euros en 2023, la France peine à retrouver sa compétitivité. La note dresse l’état de ses échanges, analyse les causes de la perte de parts de marché et propose cinq mesures pour redresser l’économie française dans le monde et en zone euro.

GE
Guillaume Escalmel, Hugo Spring-RagainAnalyste au Millénaire ; Expert des questions économiques au Millénaire
11 avril 2025
50 pages · lecture 9 min
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Couverture de la note : Pour un choc de compétitivité
En bref

Le constat

Un solde commercial de -99,6 milliards d’euros en 2023 et une part de marché mondiale de 2,7 %, contre 5,2 % en 2003.

La cause

Coût du travail, fiscalité, énergie, productivité et dépendance aux importations dans l’automobile ou l’agroalimentaire.

La conséquence

Une attractivité en recul à 60 sur 100 en 2024, alors que la France garde des champions mondiaux.

Principaux constats
01-99,6 Md€de solde commercial en 2023, après un niveau record en 2022.
022,7 %de part de marché dans les exportations mondiales, contre 5,2 % en 2003.
0348 %de prélèvements obligatoires en France contre 38,3 % en Espagne, en % du PIB en 2022.
0460sur 100 : indice d’attractivité de la France en 2024, comme en 2017.

Avant-propos

En février 2024, le département des statistiques et des études de la direction des douanes publie un rapport sur les chiffres des importations et des exportations françaises sur l’année 20231.

Si le débat public s’est porté sur les indicateurs d’endettement ou de déficit public, il est un indicateur particulièrement dans le rouge : le solde commercial. En effet, il s’établit à -99,6 milliards d’euros après un niveau record en 2022 (-162,7 milliards d’euros). Même si ce résultat est en amélioration, ces chiffres font griefs à la stratégie économique du gouvernement français. Depuis 2017, Emmanuel Macron a fait de la compétitivité de la France un axe majeur de la stratégie économique du gouvernement. L’accent est mis sur la réindustrialisation, l’accélération dans l’innovation et le renforcement des mesures en faveur de l’emploi. Cependant, le redressement du solde commercial se fait attendre. Même si nous avons regagné des parts sur le marché mondial (+0,1 % en 2023, soit 2,7 % des exportations mondiales2), notre pays ne retrouve pas le souffle nécessaire pour rétablir sa présence à 5,2 % des parts du marché mondial (en 2003). Point positif, la France conserve ses champions nationaux dans le classement mondial en 2023. L’étude Kantar Brandz Top1003, nous enseigne qu’une dizaine d’entreprise tricolore se trouve dans le classement des 100 plus grandes entreprises mondiales dont une dans le Top 10 (Louis Vuitton en 8ème marque la plus puissante au monde avec une valorisation à 124,8 milliards de dollars). 

Malgré ces quelques signaux positifs, les mauvais résultats français à l’exportation se nourrissent de la perte de compétitivité.

La compétitivité est une notion économique qui mesure l’attractivité d’un pays. Il s’agit de l’ensemble de la production nationale de biens et de services des entreprises destiné à des acteurs économiques étrangers. En somme, la compétitivité mesure la capacité d’un pays à exporter. 

Cette notion se compose de la compétitivité « prix » et « hors prix ».

La compétitivité « prix » dépend des prix des exportations des biens et des services qui varient en fonction de quatre leviers : 

  • Les coûts de production. Le coût de production est déterminé par le coût du travail (salaires), la productivité générale et le coût du capital (intérêts). La productivité est mesurée en rapportant la quantité produite au nombre d’heures utilisés pour produire le bien ou le service. 
  • Les coûts de transport. Notamment les droits de douanes et les règlementations à respecter pour entrer sur le marché destinataire. 
  • La concurrence présente sur le marché destinataire.
  • Le taux de change des monnaies nationales entre le pays producteur et destinataire.

La compétitivité « hors prix » relève de la stratégie des entreprises nationales, de la réputation du pays à produire des biens et services de qualité. Les stratégies adoptées par les acteurs économiques dépendent de l’environnement fiscal, social, juridique et politique de l’Etat producteur. La présente note a pour objectif de dresser un état de la compétitivité française actuelle sur la base des différents sondages, rapports et études produits au cours de ces dernières années, d’effectuer des constats, d’analyser les causes et de proposer des solutions pour redresser la compétitivité de l’économie française dans le monde et en particulier dans la zone euro.

1 Résultats du commerce extérieur de la France pour l’année 2023. (s. d.). Le Portail de la Direction Générale des Douanes et Droits Indirects. https://www.douane.gouv.fr/actualites/resultats-du-commerce-exterieur-de-la-france-pour-lannee-2023

2 FMI Fond monétaire International. World Economic Outlook GDP, current prices Billions of U.S. dollars. https://www.imf.org/external/datamapper/NGDPD@WEO/FRA

3 Les enseignements clés du classement 2023 Kantar BrandZ TOP100. (s. d.). https://www.kantar.com/fr/inspirations/brand-growth/2023-enseignements-cles-du-classement-2023-kantar-brandz-top100

Hugo Spring-Ragain, Expert des questions économiques au Millénaire 

L’état des échanges commerciaux de la France

Un solde dans le rouge. En 2023, le solde commercial s’établit à -99,6 milliards d’euros, après un niveau record en 2022. Les importations de biens représentent 731 milliards d’euros en 2023, en baisse de 7 %.

Pourquoi les importations inquiètent. La note ne voit pas dans les importations un problème en soi, mais leur volume indique une capacité de production insuffisante face à la demande. En 2023, les cinq premières importations sont l’automobile (80,4 milliards d’euros), les hydrocarbures (65,2), les machines (57,6), l’agroalimentaire (57,2) et l’informatique et l’électronique (55,5).

L’exemple de l’automobile. En 2023, la France produit un peu plus de 1,5 million de véhicules, en hausse de 8 %. L’Espagne en produit plus de 2,45 millions. Le coût horaire de la main-d’œuvre est de 25,9 euros en Espagne contre un peu plus de 43 euros en France. Les prélèvements obligatoires représentent 38,3 % du PIB en Espagne contre 48 % en France. Un salarié français produit 6,2 véhicules par an contre 13,4 pour un Espagnol.

L’énergie. En 2022, la production d’électricité tombe à son plus bas niveau depuis 1992, avec jusqu’à 65 % du parc nucléaire à l’arrêt en août. La France doit importer de l’électricité, une première depuis 1980 selon la note, pour 7 milliards d’euros.

-99,6

milliards d’euros : solde commercial de la France en 2023, après un niveau record en 2022.

Note, p. 2 et 5, d’après la direction générale des douanes
Explorer les données

Les échanges commerciaux de la France

Solde commercial de la France (en milliards d’euros)

2000-4,62010-52,52022-1592023-99,6
Lecture

Le solde passe de -4,6 milliards d’euros en 2000 à -159 en 2022, puis -99,6 en 2023.

Note, p. 6, 14, 20, 22 : direction générale des douanes

Des exportations dynamiques mais insuffisantes

Des champions mondiaux. Les exportations de biens atteignent 607,3 milliards d’euros en 2023, en hausse de 1,5 %. Selon la note, la France reste parmi les 8 premiers exportateurs mondiaux. Sa part de marché est de 2,7 % des exportations mondiales, contre 5,2 % en 2003.

Aéronautique et luxe. Airbus occupe 50 % du marché mondial et a livré plus de 12 000 appareils. La moitié de l’amélioration du solde commercial vient des parfums et cosmétiques (+7,7 milliards d’euros) et du textile-habillement-cuir (+5,4 milliards).

Pharmacie et agroalimentaire. Le solde pharmaceutique s’établit à 400 millions d’euros en 2023, contre environ 4 milliards par an jusqu’en 2019. Les exportations agricoles passent de 10,4 milliards d’euros en 2000 à 19,1 milliards en 2023, tandis que les importations passent de 8,2 à 17,9 milliards.

Une montée en gamme à assumer. La note estime que la France a privilégié une agriculture haut de gamme au détriment de la compétitivité prix, et demande d’accompagner les agriculteurs plutôt que de simplifier pour simplifier.

Le modèle allemand et l’attractivité du territoire

L’Allemagne. La France compte 145 000 PME exportatrices en 2023, soit deux fois moins que l’Allemagne. La note cite l’alternance, une modération salariale acceptée par les syndicats et des investissements massifs dans la numérisation. Elle indique qu’en trois ans, la France a perdu 900 usines et 750 000 emplois industriels après 2008.

Une attractivité mitigée. En 2023, la France accueille pour la cinquième année consécutive le plus d’investissements étrangers en Europe, avec 1 194 projets. Mais l’indice d’attractivité 2024 recule pour la deuxième année consécutive et retombe à 60 sur 100, son niveau de 2017.

Forces et faiblesses. Les investisseurs saluent la culture, les infrastructures, la qualité de vie et la recherche, ainsi que France 2030 et la baisse des impôts de production. Ils s’inquiètent du coût de l’énergie, de la qualité de la main-d’œuvre, de la sécurité juridique, de la fiscalité et de la flexibilité du travail.

En somme, la compétitivité mesure la capacité d’un pays à exporter.

Premières initiatives et cadre européen

Le pacte de responsabilité. Annoncé fin 2013, il a permis d’augmenter les marges des entreprises. Le comité de suivi du CICE évoque environ 100 000 emplois créés, avec des effets sur la compétitivité jugés décevants.

La loi Ferme France. Adoptée en première lecture par le Sénat le 23 mai 2023, elle vise à assouplir les contraintes agricoles et à reconnaître la souveraineté alimentaire comme intérêt fondamental de la Nation.

Le rapport Draghi. Publié en septembre 2024, il propose 170 mesures autour de la recherche, de la décarbonation et de l’indépendance d’approvisionnement. La note le juge pertinent mais très utopique, car il suppose une intégration européenne plus poussée.

Les cinq propositions

Proposition n°1. Poursuivre les baisses de charges sociales et viser les secteurs les plus exposés à la concurrence internationale, en particulier les salaires intermédiaires. Le coût horaire est de 43 euros en France contre 38,4 euros dans la zone euro.

Proposition n°2. Supprimer les impôts de production : CFE, C3S, taxe sur le foncier bâti et CVAE.

Proposition n°3. Investir dans la R&D et la formation professionnelle, avec une incitation fiscale, une protection des brevets et des liens renforcés entre enseignement professionnel et entreprises.

Proposition n°4. Accélérer la simplification des démarches administratives, en réduisant les délais de traitement et en améliorant la prévisibilité du cadre réglementaire.

Proposition n°5. Définir une stratégie nationale de marketing sur la marque « Fabriqué en France », avec une spécialisation assumée sur le haut de gamme.

Territoires et conclusion

Les fractures territoriales. Selon l’INSEE en 2021, environ 60 % des usines et 100 % des exploitations agricoles se situent en territoires ruraux et périphériques. Un choc de compétitivité y consoliderait l’emploi, les sous-traitants et les commerces de proximité.

Conclusion. La compétitivité s’est légèrement améliorée mais des défis subsistent : marché du travail, fiscalité, innovation, transition énergétique. La note appelle à une stratégie nationale autour du « Fabriquer en France », de « Choose France » et de la francophonie.

Couverture du rapport
Le rapport complet

Pour un choc de compétitivité

50 pages.

Citer cette note

Escalmel G., Spring-Ragain H., « Pour un choc de compétitivité », Note du Millénaire, 11 avril 2025, lemillenaire.org.

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L’auteur

Guillaume Escalmel et Hugo Spring-Ragain

Analyste au Millénaire ; Expert des questions économiques au Millénaire.

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Crédit photo : Freighters, Cargo Ships and Container Ships in Freeport (Grand Bahama Island) from the Royal Caribbean Grandeur of the Seas – Monday February 18th, 2019, de Corey Seeman, via Flickr, sous license CC BY-NC-SA 2.0

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