Après deux années au pouvoir marquées par le retrait d’Afghanistan et le retour de l’inflation, Joe Biden aborde des élections de mi-mandat traditionnellement défavorables au président. La note analyse son bilan, sa popularité et trois scénarios pour le soir du scrutin.
Le constat
Joe Biden aborde les midterms avec 40 % d’opinions favorables, moins que Bill Clinton et Barack Obama avant leurs défaites de 1994 et 2010.
La cause
Inflation, ralentissement économique et retrait d’Afghanistan ont entamé sa popularité, et l’économie a pris le pas sur l’avortement dans la campagne.
La conséquence
Les Démocrates devraient perdre au moins la Chambre des représentants, et une vague rouge rendrait très probable le retour de Donald Trump.
Avant-propos
Après deux années d’exercice du pouvoir, Joe Biden est à la croisée des chemins après plusieurs désillusions et échecs qui ont marqué l’opinion américaine. Les élections de mi-mandat (Midterms) américaines de 2022 seront décisives pour définir la liberté politique dont disposeront Joe Biden et Kamala Harris pour la fin de mandat. Elles donneront également les tendances pour l’élection présidentielle de 2024, alors même que des démarches judiciaires à l’encontre de Donald Trump sont en cours.
Le contexte économique et international nous permet de prédire des midterms difficiles pour le parti Démocrate.
En effet, ces élections de mi-mandat sont le moyen pour les Américains de juger la reprise économique et l’action du Président face à la crise provoquée par la pandémie. Alors qu’en 2020, le PIB américain a baissé de 3,4 % et l’économie a durement été touchée en raison de la crise sanitaire, un parallèle peut être fait avec les midterms de 2010. C’est la dernière fois que les Américains ont été appelés aux urnes après une crise majeure. Cette année-là, Barack Obama s’en remettait à l’opinion populaire pour la première fois depuis son élection de 2008 dans un contexte marqué par les retombées dramatiques de la crise financière. Alors que les Démocrates contrôlent les deux chambres avant les élections de mi-mandat, ils perdirent la majorité à la Chambre des Représentants et virent les Républicains gagner 6 sièges au Sénat, ne conservant la majorité que d’un siège (51 contre 49).
De même, la forte inflation que les États Unis connaissent et les conséquences du retrait désastreux des forces américaines d’Afghanistan rappellent la situation des midterms de 1974. Cette année-là, l’inflation était extrêmement forte dans le pays à cause du choc pétrolier de 1973 et les États Unis étaient embourbés dans la Guerre du Vietnam. Ces élections de mi- mandat se présentaient ainsi au pire moment pour le Président Républicain Gerald Ford et les résultats furent catastrophiques. En effet, les Démocrates ont enregistré un gain net de 4 sièges au Sénat, portant ainsi leur total à 60 sièges et augmenté leur avance à la Chambre des Représentants en dépassant la majorité des 2/3.
Ainsi les sondages de plus serrés depuis quelques semaines laissent penser que les démocrates pourraient perdre à la fois le contrôle de la Chambre des Représentants et du Sénat. Les élections des gouverneurs sont aussi à scruter de près dans les swings states. En effet, ces derniers seront en capacité de modifier les règles électorales dans leur état en vue des prochaines élections présidentielles. C’est donc déjà en parti l’élection présidentielle de 2024 qui se joue lors de ces midterms.
Une économie en demi-teinte
Un rebond puis un ralentissement. La croissance américaine a atteint 5,7 % en 2021 et le PIB est passé de 21 370 milliards de dollars en 2019 à 23 000 milliards en 2021. Mais l’OCDE ne table plus que sur 1,5 % en 2022 et 0,5 % en 2023, contre 2,8 % et 2,2 % pour le G20.
Une inflation qui pèse sur les ménages. L’inflation a atteint 4,7 % en 2021 et devrait atteindre 5,4 % cette année. La Fed a porté ses taux directeurs entre 3 et 3,25 %, et le revenu disponible ne s’est accru que de 2 % en termes réels depuis fin 2019.
Un marché du travail solide. Le chômage est revenu à 3,6 %, son niveau d’avant la pandémie, et l’emploi a progressé de plus de 1,3 million en trois mois. Le taux de pauvreté est passé de 9,2 % à 7,8 % en 2021.
Un déclin relatif. La note rappelle qu’entre 1960 et 2020, le PIB américain a été multiplié par 5, contre 8,5 pour le reste du monde et 92 pour la Chine. Les électeurs attendent un plan face au défi chinois.
Les faits marquants de la présidence Biden
Un début énergique. Joe Biden a réintégré l’accord de Paris et l’OMS et fait adopter un plan de relance de 1 900 milliards de dollars, sa plus grande réussite selon la note. En novembre 2021, l’Infrastructure Investment and Jobs Act a engagé 1 200 milliards de dollars sur un mode bipartisan.
Le fiasco afghan. Le retrait raté d’Afghanistan et le retour des talibans au pouvoir ont marqué la fin d’une cote de popularité supérieure à 50 %.
Le retour de l’inflation. Les effets attendus de l’Inflation Reduction Act ne se font pas encore sentir, ce qui en fait un autre échec majeur pour la note.
L’international comme levier. L’élimination des chefs de l’État islamique et d’Al-Qaïda en 2022, la fermeté sur Taïwan, le CHIPS and Science Act et le soutien à l’Ukraine ont permis aux Démocrates de resserrer l’écart dans les sondages.
élections de mi-mandat seulement depuis 1945 ont vu le parti du président gagner des sièges à la Chambre des représentants, et 4 au Sénat.
Une popularité en baisse
41 % d’opinions favorables. Les derniers sondages donnent à Joe Biden une cote de 41 %, et 53 % des Américains sont mécontents de son action. Sa cote n’a dépassé 50 % qu’un peu plus de six mois.
Les précédents. Donald Trump avoisinait 42 % avant les midterms de 2018 mais avec une popularité stable, alors que celle de Joe Biden baisse depuis le début de son mandat. Barack Obama était à 44 % avant les midterms de 2010 et à 40,5 % avant ceux de 2014, deux défaites démocrates.
Un écart plus fort que ses prédécesseurs. À une semaine du scrutin, Bill Clinton recueillait 46 % d’opinions favorables en 1994 et Barack Obama 45 % en 2010, contre 40 % pour Joe Biden, qui avait pourtant obtenu 51,3 % des suffrages en 2020. La note en déduit que la mobilisation démocrate pourrait être surestimée.
Un scrutin qui désavantage le président
Le fonctionnement. Les 435 sièges de la Chambre des représentants sont renouvelés, où les Démocrates comptent 220 sièges contre 212, ainsi qu’un tiers du Sénat, à égalité 50 contre 50, et 36 gouverneurs. La participation aux midterms de 2018 était de 49 %, contre 67 % à la présidentielle de 2020 : l’abstention différenciée sera décisive.
Un référendum sur le président. En 1994, Bill Clinton avait perdu 54 sièges à la Chambre et 8 au Sénat ; en 2010, Barack Obama 64 sièges et 6. Les Démocrates ont cherché à faire de l’élection un référendum sur l’éventuel retour de Donald Trump plutôt que sur leur bilan.
Deux ans après l’élection de Joe Biden, l’hypothèse d’un retour de Donald Trump à la maison blanche n’a jamais été aussi importante.
Trois temps de campagne, trois scénarios
Trois périodes. Jusqu’au 24 juin, la campagne est dominée par le rejet du bilan de Joe Biden. La décision de la Cour suprême sur l’avortement permet ensuite aux Démocrates de reprendre la main. Depuis mi-septembre, l’inflation replace l’économie au cœur de la campagne, au profit des Républicains.
L’économie devant l’avortement. L’économie est jugée extrêmement importante par 49 % des Américains, contre 42 % pour l’avortement. Républicains et Démocrates font désormais jeu égal chez les femmes à 47 %, alors que 59 % d’entre elles soutenaient les Démocrates en 2018. Chez les 45-64 ans, les Démocrates ne recueilleraient que 38 % contre 59 %.
Les scénarios. Premier scénario : la Chambre aux Républicains avec 230 sièges, le Sénat à 50 contre 49 suspendu à un second tour en Géorgie le 6 décembre. Deuxième scénario, le plus probable : les Républicains remportent la Chambre avec 235 à 240 sièges et le Sénat à 51 contre 48. Troisième scénario, la vague rouge : 54 à 56 sièges républicains au Sénat et au moins 250 à la Chambre, voire jusqu’à 290 pour atteindre les deux tiers.
Des sondages qui sous-estiment les Républicains. En 2016, les Républicains avaient été sous-estimés de 7,2 points dans le Wisconsin et de 4,6 points dans l’Ohio ; en 2020, encore de 6 points dans le Wisconsin et de 7,2 points dans l’Ohio.
Les midterms en chiffres
Sièges perdus à la Chambre par le parti du président lors des midterms
Barack Obama a perdu 64 sièges à la Chambre en 2010, Bill Clinton 54 en 1994.
Opinions favorables une semaine avant les premières midterms (en %)
Joe Biden est plus impopulaire que ses deux prédécesseurs démocrates à la même échéance.
Croissance du PIB américain (en %)
Après 5,7 % en 2021, l’OCDE table sur 1,5 % en 2022 et 0,5 % en 2023.
Sous-estimation des Républicains par les sondages en 2016 (en points)
En 2016, les sondages avaient sous-estimé les Républicains de 7,2 points dans le Wisconsin.
Taux de participation (en %)
La participation aux midterms est nettement plus faible qu’à la présidentielle.
Conclusion
Joe Biden joue son avenir politique lors de ces élections : il peut perdre une à deux chambres, et la note juge vraisemblable la perte de la Chambre des représentants. Dans les deux premiers scénarios, il pourrait encore se représenter en 2024. En cas de vague rouge, la victoire républicaine en 2024 et le retour de Donald Trump apparaîtraient très probables.
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William Thay et Emeric Guisset et Pierre Clairé
Président du Millénaire ; Secrétaire général adjoint du Millénaire ; Directeur adjoint des études du Millénaire.
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