Galeries fermées, foires annulées, ventes à l’arrêt : les arts visuels ont perdu 31 % de leur chiffre d’affaires en 2020. Marie-Raphaëlle Billot montre que ce secteur aux statuts précaires peine à attirer l’attention des pouvoirs publics et plaide pour un soutien comparable à celui du spectacle vivant et du cinéma.
Le constat
Le chiffre d’affaires des arts visuels a baissé de 31 % en 2020.
La cause
Fermeture des galeries, annulation des foires et absence de régime spécifique pour les plasticiens.
La conséquence
Un tiers des galeries pourraient faire faillite et les artistes se sentent abandonnés.
Avant-propos
Cette note abordera l’impact de la crise sanitaire et économique dans le secteur des arts visuels et évoquera des pistes pour une métamorphose de ce secteur suite à la crise. Nous analyserons dans un premier temps l’impact des pertes subies par les acteurs puis, dans un second temps, nous étudierons les dispositifs de soutien permettant, ou non, aux arts visuels de se réinventer.
Un secteur fragile avant la crise
Le poids de la culture. Avant la crise, le domaine culturel représentait 97 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 47 milliards de valeur ajoutée, soit 2,3 % de la production nationale, et employait 635 700 professionnels.
Des statuts précaires. Selon un rapport du gouvernement au Parlement de 2017, seuls environ 10 000 professionnels des arts visuels perçoivent un revenu régulier supérieur à 1 400 euros nets sur cinq ans. L’autrice distingue les artistes qui vivent de la vente de leurs œuvres (peintres, sculpteurs, plasticiens) et ceux qui vivent des droits d’exploitation (photographes, designers).
Des pertes massives
Galeries et foires à l’arrêt. À partir du 17 mars 2020, galeries et expositions ferment et les salons sont annulés ; des ventes aux enchères en ligne sont organisées par solidarité. Selon l’étude du ministère de la Culture et d’Accenture du 22 mai 2020, le chiffre d’affaires de la culture baisse de 25 % en 2020, soit 22,3 milliards d’euros, et celui des arts visuels de 31 %, soit 3 milliards, pour 104 190 professionnels.
Des acteurs contraints aux aides. Parmi les acteurs interrogés par le ministère en mai 2020, 37 % ont eu recours à l’activité partielle, 28 % à l’aide forfaitaire de 1 500 euros, 26 % ont reporté leurs charges et 12 % renégocié leurs crédits. Selon l’enquête du CIPAC auprès de 1 310 acteurs, 49 % des activités ont été reportées, 30 % annulées et 21 % restaient incertaines.
Un marché spéculatif. Le chiffre d’affaires des galeries dépend souvent des grandes foires internationales, dont la participation coûte des milliers d’euros. Selon le Comité professionnel des galeries d’art, environ un tiers des 1 300 galeries françaises pourraient faire faillite, les plus petites, qui révèlent les nouveaux artistes, étant les plus exposées.
de baisse du chiffre d’affaires des arts visuels en 2020, soit 3 milliards d’euros, contre 25 % pour l’ensemble de la culture.
Les arts visuels face à la crise
Baisse du chiffre d’affaires en 2020
Les arts visuels plus touchés que la moyenne du secteur.
Recours aux dispositifs de soutien (mai 2020)
L’activité partielle, première réponse des acteurs.
Devenir des activités prévues (enquête CIPAC)
Près d’une activité sur trois annulée.
Une réorganisation nécessaire
Des aides insuffisantes pour les arts visuels. Le gouvernement mobilise 5 milliards d’euros pour la culture, dont 391 millions pour les arts visuels. Mais les plasticiens, sans régime spécifique contrairement au spectacle vivant et au cinéma, se sentent abandonnés. Le Centre national des arts plastiques a reçu 603 propositions de quelque 400 galeries et prévoit d’acquérir 83 œuvres, et un fonds d’urgence compense une partie des pertes.
Un signe de reprise. Du 10 au 13 septembre 2020, Art Paris, première foire internationale d’art contemporain depuis le début de la pandémie, a accueilli près de 57 000 visiteurs au Grand Palais.
Repenser le système. Pour l’autrice, le modèle d’avant-crise, fondé sur la multiplication des foires et des salons dans une logique de profit, était à bout de souffle. La crise est l’occasion d’inventer de nouvelles formes d’investissement durable et d’accélérer la transformation numérique du marché de l’art.
La production avait remplacé la création, le quantitatif le qualitatif.
Pistes pour le secteur
Soutenir les arts visuels au même titre que le spectacle vivant et le cinéma, avec des solutions claires et efficaces de l’État.
Encourager la commande publique au niveau territorial, par les collectivités et l’État, mesure nécessaire mais insuffisante à elle seule.
Construire une dynamique de long terme par une réflexion entre professionnels et des liens plus étroits avec les pouvoirs publics.
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