Qui casse vraiment ? Qui paie vraiment ?
Les soirs de victoire du PSG en Ligue des champions, en mai 2026, ont donné lieu à des violences à Paris et dans 70 autres villes. Le Millénaire évalue les coûts directs et indirects à 104,6 millions d’euros pour 2026 et 2027, dont 50,5 millions d’assurances. La note demande qui paie et présente trois options pour faire payer les casseurs.
Le constat
Les soirs de victoire du PSG en mai 2026 ont donné lieu à des violences à Paris et dans 70 autres villes, avec plus de 200 blessés et deux morts le 30 mai.
La cause
Le dispositif de sécurité a été multiplié par 4 en un an (22 000 policiers et gendarmes contre 5 400 en 2025), et il n’existe pas de régime unifié de réparation des violences collectives.
La conséquence
Le coût estimé atteint 104,6 millions d’euros, supporté par les contribuables et les assurés si les assureurs répercutent leurs tarifs.
Avant-propos
En ce mois de mai 2026, les soirs de victoire du club de football du Paris Saint Germain en Ligue des Champions ont été, encore une fois, émaillés de violences, de destruction de biens publics et privés, de pillages de commerces et d’affrontements avec les forces de l’ordre, à Paris et dans 70 autres villes sur tout le territoire national.
En dépit du déploiement d’importants dispositifs de sécurité, le chaos s’est déferlé, donnant lieu, en effet, à des scènes de « guérillas urbaines ». Si ces événements rappellent malheureusement les émeutes ayant frappé notre pays, en 2005 et en 2023 et avec une régularité plus qu’inquiétante, lors des fêtes du 14 juillet et de la Saint-Sylvestre, les violences de ce mois de mai ont altéré l’image de la France, qui ne peut masquer ses fractures et sa difficulté à assurer la stabilité de l’ordre républicain.
Au-delà de l’image renvoyée à l’international, le bilan – provisoire et estimatif – est lourd. Notre institut évalue les coûts directs et indirects des émeutes liées au mois de mai 2026 à hauteur de 104,6 millions d’euros pour l’année 2026 et 2027. S’agissant des coûts directs, ils se composent du dispositif de sécurité et sûreté, des frais de justice et des dégradations directes. S’agissant des coûts indirectes, ils se composent des frais d’assurance anticipés sur la base d’une moyenne observée après les années de pics d’émeutes urbaines, comme le montre le graphique ci-dessous.
Mais derrière ces constats maintes et maintes fois faits, une autre question alimente le débat public : la société doit-elle encore payer les dégradations d’une minorité ? Car les émeutes ou violences émeutières comme le nomme Jérôme Fourquet ne sont l’apanage que d’une partie de la société française. Or, si le pacte républicain veut perdurer, il doit reposer sur un consentement à l’impôt qui est mis en difficulté à partir du moment où l’État ne parvient pas à endiguer un phénomène pourtant de son ressort.
Figure 1 – Ventilation des dépenses directes et indirectes des émeutes de mai 20261
Ainsi et au-delà des constats, la présente note se propose d’appréhender le coût induit par ces violences pour la société dans son ensemble, tant pour les contribuables que pour les citoyens.
1 Source : Auteurs.
Matthieu Hocque, Directeur Général du think-tank Le Millénaire
Philippe Mocellin, Expert du Millénaire
William Thay, Président du Millénaire
Les faits : des scènes sauvages consécutives aux victoires du PSG
Les faits du 6 mai. La soirée du mercredi 6 mai 2026, initialement dédiée à la célébration sportive, a basculé dans la violence à Paris à la suite de la qualification du Paris Saint-Germain pour la finale de la Ligue des champions face au Bayern Munich, notamment aux abords des Champs-Élysées et de l’Arc de Triomphe. Les affrontements ont fait onze blessés parmi les civils, dont un cas grave provoqué par le maniement d’un mortier d’artifice, et 23 policiers légèrement blessés selon le ministre de l’Intérieur. L’activité opérationnelle s’est soldée par 127 interpellations dans l’agglomération parisienne, dont 107 pour la seule ville de Paris, et le parquet de Paris a ordonné 95 gardes à vue.
Les faits du 30 mai. Lors de la célébration du second sacre européen du club, dans la nuit du samedi 30 mai 2026, plus de 200 blessés ont été recensés, en hausse de 32 % par rapport aux événements de l’an dernier selon le ministère de l’Intérieur. Les violences se sont traduites par des agressions contre des policiers et des gendarmes, des feux de voitures et de poubelles, des tirs de mortiers d’artifice, des destructions de mobilier urbain, des commerces saccagés et des pillages, à Paris et dans des villes de province dont Grenoble, Clermont-Ferrand, Rennes et Strasbourg. 22 000 policiers ont été déployés à travers le pays, dont 8 000 à Paris. Le bilan compte deux morts et 178 policiers et gendarmes blessés.
Le coût de la facture
Le ministère de l’Intérieur fait état de 890 interpellations pour la nuit du 30 mai. Parmi les 225 majeurs placés en garde à vue dès le 31 mai, 70 ont été déférés devant la justice, dont 15 jugés en comparution immédiate pour agressions caractérisées contre les forces de l’ordre ou pillages de magasins.
Le Millénaire évalue les coûts directs et indirects à 104,6 millions d’euros pour 2026 et 2027 : 20,2 millions pour la sécurité et la justice, 33,9 millions pour la casse et 50,5 millions pour la hausse des assurances. Le 6 mai représente 4 millions d’euros et le 30 mai 50,1 millions hors assurances. La majorité des dépenses directes se concentre sur le week-end du 30 mai (92,6 %), faute de dispositif massif de sécurité supplémentaire prévu le 6 mai.
policiers et gendarmes mobilisés la nuit du 30 mai 2026, dont 8 000 pour Paris, contre 5 400 lors de l’édition 2025 : les effectifs ont été multipliés par 4 en un an.
Le coût des émeutes de mai 2026 (estimation, en M€)
Dépenses directes et indirectes (en M€)
Total de 104,6 M€ : 20,2 pour la sécurité et la justice, 33,9 pour la casse, 50,5 pour les assurances.
Ventilation des dépenses directes (en M€)
Le dispositif humain de sécurité (17,9 M€) et les dégradations du secteur privé (17,5 M€) sont les deux premiers postes.
Répartition des dépenses directes entre les deux soirées (en %)
92,6 % des dépenses directes se concentrent sur le week-end du 30 mai.
20,2 millions de dépenses en sécurité et justice. Le maintien de l’ordre constitue le premier poste de dépense publique de la nuit du 30 au 31 mai. Le dispositif a mobilisé 22 000 policiers et gendarmes, dont 8 000 pour Paris et l’agglomération, auxquels s’ajoutaient 2 500 sapeurs-pompiers dans la seule capitale. En 2025, 5 400 policiers et gendarmes avaient été déployés. À partir des données de la Cour des comptes (rapport de mars 2013), 240 000 agents pour 14,5 milliards d’euros de rémunération en 2011, la rémunération annuelle moyenne ressort à environ 60 400 euros par agent, soit environ 38 euros de l’heure et 45 à 50 euros charges comprises. Pour 22 000 agents mobilisés de 8 à 12 heures, le volume est compris entre 176 000 et 264 000 heures, ce qui donne un coût de personnel de 12,8 à 17,9 millions d’euros, auquel s’ajoutent 1,3 à 1,8 million d’euros de logistique.
Sur les frais de justice, le ministère de l’Intérieur a fait état de 95 gardes à vue après le 6 mai et de 721 après le 30 mai. Chaque garde à vue représente environ 500 euros à la charge du contribuable : environ 200 euros pour les officiers de police judiciaire et l’alimentation, 70 à 80 euros l’examen médical, environ 61 euros de forfait de base pour l’avocat commis d’office. Le coût total estimé des frais de justice est de 460 000 euros pour le 30 mai 2026 et de 60 000 euros pour le 6 mai 2026.
33,9 millions de dépenses en casse. Pour la seule nuit du 30 mai en Île-de-France, qui concentre près de 90 % de la casse, 351 véhicules légers et 110 deux-roues et engins de micro-mobilité ont été détruits par incendie, 739 incendies de poubelles ou de points de tri ont été recensés et 47 structures d’abribus détruites. 35 points de réseaux techniques (caméras de vidéoprotection, feux tricolores, mâts d’éclairage) ont été endommagés. Les dégâts matériels sur la voie publique sont estimés à 6,666 millions d’euros. Deux bâtiments publics, dont une médiathèque, ont été entièrement détruits.
À Paris, la Direction de la Propreté et de l’Eau a déployé un dispositif sur 8 secteurs, pour un coût de 400 000 euros. Pour les 71 autres villes, les dépenses de propreté des municipalités sont estimées à près de 2,5 millions d’euros. Sur les commerces, une trentaine ont été touchés et ont fermé. À partir d’une estimation de Contribuables associés, sur une base de 300 à 500 sinistres déclarés, les dommages privés et publics s’élèveraient entre 5 et 25 millions d’euros, soit un médian de 400 sinistres et de 15 millions d’euros.
50,5 millions de dépenses en assurances. Selon Contribuables associés, le coût de ces violences pourrait atteindre « entre 20 et 60 millions d’euros, dont 10 à 20 millions à la charge directe de l’État et des communes ». Pour prendre en charge les sinistres, les assureurs reportent une partie de la hausse sur les garanties optionnelles plutôt que d’augmenter fortement leurs tarifs globaux. Le volet automobile, en passant de 6 à 9 %, aurait représenté en 2025 une hausse d’environ 150 millions d’euros. Une nouvelle hausse d’un tiers pourrait être anticipée, sauf création d’un fonds Émeutes financé par un impôt de 5 % sur les tarifs d’assurance, qui coûterait jusqu’à 775 millions d’euros aux Français.
Or, si le pacte républicain veut perdurer, il doit reposer sur un consentement à l’impôt qui est mis en difficulté à partir du moment où l’État ne parvient pas à endiguer un phénomène pourtant de son ressort.
Qui va payer la facture ?
Il n’existe pas encore de régime unifié de réparation des violences collectives, contrairement aux catastrophes naturelles, qui prévoient une mutualisation du risque par une garantie obligatoire incluse dans les contrats dommages. Les principaux payeurs seront les assureurs (indirectement) et les commerçants, qui ont toujours la possibilité de reporter ces coûts sur leurs tarifs de l’an prochain. Les propriétaires de véhicules vandalisés et incendiés, assurés au tiers, ne seront pas indemnisés, alors que ces dégradations concernent le plus souvent les ménages les plus modestes.
Pour les proches de personnes décédées et les victimes de dommages corporels graves, diverses procédures complexes peuvent être activées, dont l’engagement de la responsabilité civile des auteurs ou la saisine de la CIVI. L’épisode relance le sujet de la surprime obligatoire « émeutes » envisagée dans le projet de loi de finances 2026, malgré la réaction négative des assureurs, pour qui ce fonds « reviendrait à faire payer aux français, par leur assurance, les lacunes de l’État dans sa mission régalienne d’ordre public ». Le modèle français, reposant sur l’assurance privée facultative, est réinterrogé face à des violences collectives répétées. Le Gouvernement imagine par ailleurs un dispositif destiné « à faire payer les casseurs » par la mobilisation de leurs prestations sociales.
Comment faire payer les casseurs ?
L’une des options serait de faire payer les casseurs directement, y compris en cas d’insolvabilité. Trois options existent et sont déjà prévues par la loi.
Option n°1 : l’application systématique des dommages-intérêts avec mise en cause de la responsabilité financière des parents lorsque la situation s’y prête. Lors des comparutions immédiates ou des procès correctionnels, le ministère de la Justice incite les parquets à demander systématiquement des réparations financières intégrales pour les biens publics détruits. En s’appuyant sur l’article 1242 du Code civil, l’État et les assureurs se retournent contre les parents des mineurs impliqués. Le gouvernement a également proposé de faciliter le prélèvement direct des réparations sur les prestations familiales des parents en cas de carence éducative avérée.
Option n°2 : la création d’un « Fichier National des Casseurs » avec saisie sur salaire automatique. Sur le modèle de l’interdiction de stade pour les hooligans, tout individu condamné pour dégradation en réunion serait inscrit dans un fichier spécifique. L’inscription déclencherait une saisie administrative à tiers détenteur (SATD) auprès du fisc, permettant au Trésor public de prélever chaque mois une quote-part sur le salaire, les indemnités chômage ou les prestations sociales du condamné jusqu’au remboursement intégral de sa part de la dette publique.
Option n°3 : les travaux d’intérêt général (TIG) forcés dédiés à la reconstruction. Pour les casseurs insolvables, la proposition est de systématiser une peine de « TIG-Reconstruction » obligatoire d’un volume horaire massif (par exemple 200 à 400 heures), au sein des équipes de propreté et de voirie des services techniques municipaux, pour nettoyer les débris, repeindre les façades ou réparer le mobilier urbain détruit.
Toutes ces mesures nécessitent toutefois une condamnation judiciaire sur la base de preuves matérielles, alors que la culpabilité individuelle est souvent difficile à caractériser dans ces configurations.
Annexe : le coût des émeutes de 2023
Selon France Assureurs, les émeutes de juin 2023 auraient coûté, sur la base de 16 400 déclarations de sinistres, 793 millions d’euros, soit quatre fois plus que les émeutes de 2005. Le rapport d’information du Sénat publié le 9 avril 2024 juge ce coût sous-estimé et le situe autour du milliard d’euros, au regard des dégâts non déclarés : 2 500 bâtiments, 105 mairies et 243 établissements scolaires touchés, 1 000 commerces dégradés et 12 000 véhicules incendiés. 90 % de ce coût ont concerné des biens de commerçants et de collectivités locales, alors qu’en 2005 les dégradations s’étaient concentrées sur les véhicules (82 % des sinistres).
La mobilisation des forces de police a coûté 30 millions d’euros en 2023, dont 10 millions pour la réparation des commissariats, un million pour le renouvellement de véhicules détruits et 19 millions pour la remise à niveau des munitions et des matériels. Pour la Gendarmerie, le surcoût s’est élevé à 10 millions d’euros.
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Matthieu Hocque et Philippe Mocellin et William Thay
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