Israël contre Palestine : vers une régionalisation du conflit avec l’entrée en guerre de l’Iran ?

Note du Millénaire Affaires étrangères et Défense

Vers une régionalisation du conflit et une entrée en guerre de l’Iran ?

Depuis le 7 octobre 2023, le Moyen-Orient vit sous la menace d’une régionalisation du conflit entre Israël et le Hamas. Écrite en août 2024, la note revient sur les origines du conflit et l’échec des tentatives de paix, évalue le rapport de forces régional et dessine deux scénarios d’escalade.

MH
Matthieu Hocque, William ThayDirecteur adjoint des études du Millénaire ; Président du Millénaire
9 août 2024
57 pages · lecture 6 min
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En bref

Le constat

Après le 7 octobre, Israël affronte le Hamas, le Hezbollah et le terrorisme en Cisjordanie, avec l’Iran en arrière-plan.

La cause

Des acteurs radicalisés de part et d’autre, un Moyen-Orient comparable à l’Europe de 1914 et des alliances mondiales en jeu.

La conséquence

La France doit tenir une parole d’équilibre pour éviter l’escalade vers l’Iran.

Principaux constats
0112 sur 20pays du Moyen-Orient et du Maghreb ne reconnaissaient pas Israël avant le 7 octobre.
02150 000roquettes et missiles dans l’arsenal estimé du Hezbollah.
0380 %du pétrole iranien acheté par la Chine.
04x100les échanges entre la Chine et Israël entre 1992 et 2021.
051 540 000soldats estimés pour l’arc chiite, contre 1 840 000 pour Israël et les pays sunnites.
0676 %des Français opposés à l’envoi de troupes en Ukraine.

Avant-propos

Le Moyen-Orient fait face à un risque majeur de régionalisation du conflit entre Israël et le Hamas. En effet, alors qu’Israël a éliminé le leader de la branche politique du Hamas et un des leaders du Hezbollah, deux proxys de l’Iran, ce dernier préparer une riposte qui selon les informations américaines pourrait être disproportionnée.

Israël a toujours été entourée d’ennemis, mais depuis le 7 octobre l’hostilité à son encontre est au plus haut avec un arc chiite qui multiplie les provocations et les attaques comme les récentes frappes du Hezbollah sur le plateau du Golan qui représentent la pire attaque qu’Israël ait subie depuis les attentats du 7 octobre.

Aucun autre pays du monde qu’Israël n’est entouré d’autant d’ennemis hostiles. Avant le 7 octobre, 12 pays sur 20 du Moyen-Orient et du Maghreb sur ne reconnaissent pas l’existence d’existence et n’entretiennent aucune relations politiques et économiques avec l’Etat hébreux. Seuls 6 Etats reconnaissent son existence : la Turquie, l’Egypte, la Jordanie, le Soudan, le Maroc et les Emirats arabes unis. Si le pays a su se mettre à l’abris d’une guerre contre une coalition arabe, les événements du 7 octobre ont plongé le Moyen-Orient dans une période de tensions au plus haut avec un risque réel de régionalisation du conflit entre Israël et le Hamas.

Israël est entourée de menaces. Cette étude vise à revenir sur les origines du conflit (I), ses tentatives de résolution (II) et sur la nouvelle ère dans laquelle est entrée le Moyen-Orient depuis le 7 octobre avec un risque permanent de régionalisation du conflit. Nous déterminons ici le risque, les scénarios et les rapports de force dans la zone avant de dessiner les contours de la ligne que doit faire entendre la France.

Les origines du conflit

De l’Empire ottoman au mandat britannique. Les territoires d’Israël et de Palestine appartiennent à l’Empire ottoman de 1517 à 1918. Pendant la guerre, le Royaume-Uni et la France font des promesses aux nationalistes arabes comme juifs : accords Sykes-Picot en 1916, déclaration Balfour en 1917. La conférence de San Remo attribue la Palestine au Royaume-Uni en 1920.

Le plan de partage de 1947. La population passe de 525 000 musulmans, 60 000 juifs et 70 000 chrétiens en 1914 à 1 181 000 musulmans, 630 000 juifs et 143 000 chrétiens en 1947. Le plan de partage de l’ONU du 29 novembre 1947, accepté par la communauté juive et rejeté par la Ligue arabe, débouche sur la guerre. Israël naît le 14 mai 1948.

Des guerres israélo-arabes au conflit israélo-palestinien. Après 1948-1949, la guerre des Six Jours en 1967 et la guerre du Kippour en 1973, qui provoque le premier choc pétrolier, la normalisation commence avec l’Égypte à Camp David en 1978.

Les tentatives de résolution

Une situation sans équivalent. Entre la Méditerranée et le Jourdain vivent environ 7 millions de Juifs israéliens et 7 millions d’Arabes, dont 2 millions en Israël, 3 millions en Cisjordanie et 2 millions à Gaza.

D’Oslo aux accords d’Abraham. Les accords d’Oslo de 1993 et 1995 créent l’Autorité palestinienne sans régler le statut final. La Palestine obtient le statut d’État observateur à l’ONU le 29 novembre 2012, par 138 voix contre 9. En 2020, les accords d’Abraham normalisent les relations d’Israël avec les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan.

Quatre points de blocage. Le statut de Jérusalem, la reconnaissance de l’État palestinien, le contrôle des territoires et des frontières, et la démographie. À partir des années 2000, les acteurs les plus radicaux dominent : le Hamas remporte les élections de 2006 et prend Gaza en 2007.

La Chine, un nouvel acteur ? Deuxième partenaire commercial d’Israël, la Chine achète aussi 80 % du pétrole iranien. Le rapport y voit un interlocuteur capable de parler à toutes les parties.

150 000

roquettes et missiles : l’arsenal estimé du Hezbollah en 2024, la deuxième menace pour Israël selon la note.

Le rapport, d’après les estimations disponibles en 2024

Le 7 octobre a plongé Israël dans une nouvelle ère

Une attaque d’une ampleur inédite. Le 7 octobre 2023, cinquante ans après la guerre du Kippour, environ 1 500 combattants du Hamas franchissent la frontière. La note retient un bilan de plus de 1 400 morts et plus de 200 personnes enlevées.

Quatre menaces. Israël fait face à l’arc chiite formé par l’Iran et la Syrie, au Hezbollah au Liban, au Hamas à Gaza et au terrorisme en Cisjordanie. Derrière ces menaces, le rapport voit d’abord la stratégie iranienne et celle de ses alliés.

Une escalade entretenue. Pour le Hamas, l’escalade est au cœur de la stratégie. Côté israélien, le rapport oppose deux lectures : la libération des otages d’abord, ou la destruction du Hamas d’abord. Le gouvernement semble avoir choisi la seconde.

Explorer les données

Le rapport de forces régional

Soldats par bloc (estimations)

Israël et pays sunnites1 840 000Arc chiite1 540 000Turquie et alliés580 000
Lecture

Le rapport est assez équilibré entre les deux premiers blocs.

Source : note du Millénaire, d’après Atlasocio et l’IISS (2022)

Les scénarios de régionalisation

Un Moyen-Orient proche de l’Europe de 1914. Quatre puissances régionales, Israël, l’Iran, la Turquie et l’Arabie saoudite, disposent d’armements capables d’une guerre de haute intensité, sans alliances officielles entre elles.

Scénario 1 : une guerre globale contre le terrorisme. Une coalition internationale réunissant pays occidentaux et arabes combattrait les alliés de l’Iran, sur le modèle de la coalition de 2014 contre l’État islamique.

Scénario 2 : une guerre entre États. Un conflit régional sur trois fronts, au Yémen, en Irak et au Liban-Syrie, opposerait les armées israélienne et arabes à celles de l’Iran et de ses alliés. La position de la Turquie serait décisive.

Le risque d’une guerre mondiale. L’Iran est lié à la Russie et à la Chine. Une intervention occidentale supposerait de convaincre des opinions réticentes : selon les sondages cités, 76 % des Français sont opposés à l’envoi de troupes en Ukraine.

La France doit jouer de ses alliances diplomatiques naturelles avec Israël et le Liban et une partie du monde arabe pour tenir une parole d’équilibre et éviter la régionalisation du conflit.

Conclusion : quelle voix doit faire entendre la France ?

Une parole gaullienne d’équilibre. La France doit aider Israël à détruire le Hamas tout en s’opposant à une riposte disproportionnée et à l’escalade vers l’Iran. Elle préserverait ainsi le Liban d’un nouveau conflit et renouerait avec sa politique arabe.

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Le rapport complet

Israël contre Palestine : vers une régionalisation du conflit avec l’entrée en guerre de l’Iran ?

57 pages.

Citer cette note

Hocque M., Thay W., « Israël contre Palestine : vers une régionalisation du conflit avec l’entrée en guerre de l’Iran ? », Note du Millénaire, 9 août 2024, lemillenaire.org.

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L’auteur

Matthieu Hocque et William Thay

Directeur adjoint des études du Millénaire ; Président du Millénaire.

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