Vers une coréanisation du conflit ?
Un an après l’invasion russe, la guerre en Ukraine s’enlise. Pierre Clairé discute les scénarios de sortie de crise proposés par Foreign Affairs, anticipe une offensive russe au printemps et juge la coréanisation du conflit, un front figé sans traité de paix, comme l’issue la plus probable.
Le constat
Une guerre de haute intensité qui s’installe dans la durée un an après l’invasion.
La cause
Deux dirigeants aux positions irréconciliables et des belligérants incapables de l’emporter à court terme.
La conséquence
Un gel du front sur le modèle coréen apparaît comme le scénario le plus probable.
Avant-propos
La guerre en Ukraine constitue une rupture dans l’histoire contemporaine européenne en actant le retour d’une guerre à haute intensité sur le Vieux-Continent entre deux Etats-nations. Elle aura entraîné des mutations internationales de grande ampleur tant sur l’équilibre géopolitique entre l’Occident et l’Orient, que sur l’énergie ou encore sur le commerce international. Près d’un an après l’invasion russe en Ukraine, le monde se prépare à subir les effets du durcissement du conflit et de son inscription dans la durée. Pour autant, différents pays, institutions et experts cherchent à développer les options de fin de guerre en Ukraine. A cet égard, l’ONU a adopté le jeudi 23 février une résolution exigeant le retrait des forces russes d’Ukraine, la Chine a présenté le 24 février son plan de paix en 12 points. Les options de fin de conflit sont importantes car l’option retenue préfigurera le nouveau-monde qui découlera de ce conflit.
Pour le magazine Foreign Affairs, Liana Fix et Michael Kimmage se sont risqués à des prédictions concernant la fin de la guerre en Ukraine1. Pour ces deux experts, la Russie se dirige vers une défaite et ils développent trois scenarii potentiels pour la résolution de cette guerre. Si pour eux l’issue du conflit ne fait aucun doute, plusieurs scenarii existent et chacun entraînerait des conséquences différentes et plus ou moins graves pour les décideurs. Selon eux, l’effondrement du régime russe serait l’issue la plus probable. Poutine serait renversé et ses successeurs devraient ainsi négocier la paix avec l’Ukraine et Volodymir Zelensky. Une autre hypothèse serait l’escalade, avec le déplacement de la guerre sur d’autres terrains et ainsi l’entrée dans le conflit d’autres belligérants comme l’OTAN. Ce scenario est beaucoup moins probable, mais si Poutine décide de s’attaquer frontalement à d’autres pays par peur de perdre la face, le rapport de force pourrait clairement être défavorable au Maître du Kremlin car la majorité des puissances militaires mondiales font front derrière l’Ukraine alors que la Russie manque de soutiens. Le pire développement dans ce scénario serait l’utilisation de l’arme atomique, mais il est vu comme peu probable par les auteurs de l’étude. Enfin, une autre issue serait la reddition de Poutine qui avouerait sa défaite et accepterait les conditions de Zelensky. Cela semble très peu probable car Vladimir Poutine comme Volodymir Zelensky ont toujours été opposés à une discussion avec l’autre pays. Les deux ont des vues diamétralement opposées et il semble difficile d’envisager un accord.
Si cette étude nous semble cohérente et réaliste en prenant en compte le rapport de forces actuel, nous pensons qu’il ne faut pas oublier Vladimir Poutine et exclure une offensive massive de sa part. C’est pour cela qu’à ces scenarii nous avons décidé d’en ajouter certains qui nous semblent cohérents au vu de l’histoire et des différentes déclarations. Nous développons aussi nos points de vue concernant les 3 scenarii défendus dans le magazine Foreign Affairs, car s’ils sont cohérents et montrent une connaissance avancée de la géopolitique et de l’histoire proche de la Russie, ils nous semblent trop fatalistes et surtout sortent rapidement la Russie de l’équation finale, ce qui ne sera pas possible sauf démonstration de force majeure.
Une offensive russe capitale au printemps
Un durcissement depuis l’hiver 2022. Après les succès ukrainiens de l’automne, dont la reprise de Kherson, les forces russes appuyées par le groupe Wagner ont repris Soledar et assiégé Bakhmut : la guerre de mouvement bascule vers une guerre de position.
Des moyens russes en hausse. Selon l’auteur, 50 000 hommes doivent être envoyés rapidement au front et 250 000 sont en formation pour 2023, après une mobilisation partielle de 300 000 hommes.
Une offensive certaine, une issue incertaine. L’auteur juge une offensive russe massive à la fin de l’hiver certaine, mais une victoire russe illusoire au regard de la situation.
Une guerre qui dure et se mue en guerre de position
Un front fixé à l’est et au sud. Aucun des deux belligérants ne dispose des moyens de faire basculer rapidement la guerre : l’Ukraine dépend de l’aide occidentale, la Russie manque de munitions.
Vers une coréanisation du conflit. Comme en Corée depuis 1953, un cessez-le-feu sans traité de paix figerait le front, dans un pays devenu le plus miné au monde.
Une paix signée très improbable. Malgré le plan de paix chinois en 12 points présenté le 24 février 2023, les positions restent irréconciliables.
de probabilité pour une coréanisation du conflit, scénario jugé le plus crédible par l’auteur un an après le début de la guerre.
Les scénarios de sortie de guerre
Probabilité des scénarios selon l’auteur (%)
Les trois scénarios de Fix et Kimmage se partagent les 50 % restants.
Mobilisation russe (hommes)
Un réservoir humain bien supérieur à celui de l’Ukraine.
Les scénarios de Fix et Kimmage revisités
Scénario 1 (25 %) : une reddition et un accord entre les deux belligérants (accord sur le Donbass et la Crimée). Il suppose que les États-Unis ou la Chine poussent leurs alliés à négocier ; Washington fournit près de 70 % de l’aide reçue par Kiev.
Scénario 2 (15 %) : la chute du régime russe et un retour aux frontières de 1991. Jugé le plus probable par Fix et Kimmage, il paraît à l’auteur trop incertain : l’histoire russe montre que les changements de régime n’éteignent pas les ambitions territoriales.
Scénario 3 (10 %) : une escalade et une implication de forces étrangères (pouvant aller jusqu’à la guerre nucléaire). Aucun acteur n’y a intérêt, même si les livraisons d’armes ravivent le spectre de la cobelligérance.
une coréanisation du conflit ukrainien semble l’option la plus crédible actuellement au regard des forces en présence
Conclusion
Une guerre qui va durer. Les deux dirigeants semblent incapables de s’entendre ; après une dernière offensive russe, le gel du front paraît l’issue la plus crédible, sans exclure des bouleversements qui redistribueraient les cartes.
Feuilleter la note
Demander une interview
Pour une interview de Pierre Clairé sur cette note : presse@lemillenaire.org
Contacter le service presseFaire vivre nos études
Vos dons et vos adhésions financent les prochaines notes du Millénaire.
Nous soutenir AdhérerRecevoir les prochaines notes du Millénaire
À lire aussi
Toutes les études
7 septembre 2026Article d’Europe 1 : « Elections régionales en Allemagne : Le parti du chancelier subit un séisme »
31 juillet 2026Pierre Clairé pour Valeurs Actuelles : « Réarmement en Europe : ce que l’Europe de l’Est a compris mais pas l’Europe de l’Ouest »
28 juin 2026Faire des Outre-Mer un levier de puissance
24 juin 2026Pierre Clairé et Sean Scull pour la Nouvelle Revue Politique : « Amérique du Sud : si la vague de droite est un trompe-l’œil, le reflux de la gauche est réel »Crédit photo : Drapeau Ukrainien, via Wikimedia Commons sous licence Public Domain
Volodymyr Zelensky, via Flick sous licence Domaine public
Vladimir Poutine, via Wikimedia Commons sous licence CC 4.0

Add a Comment