Le système de santé allemand a mieux résisté au Covid-19 que le système français. La comparaison montre que la France ne souffre pas d’austérité budgétaire mais d’une mauvaise allocation de ses ressources, d’une lourdeur administrative et d’une réaction industrielle trop lente.
Le constat
Au 14 avril 2020, la France compte 15 729 décès du Covid-19, l’Allemagne 3 294, pour un nombre de cas proche.
La cause
Une mauvaise allocation des moyens, un poids administratif élevé, une gestion centralisée et une réponse industrielle tardive.
La conséquence
Des soignants moins nombreux et moins payés, des stocks insuffisants et une capacité de tests très inférieure à celle de l’Allemagne.
Avant-propos
Le système de santé allemand a mieux résisté à la crise que celui de la France. Comment l’expliquer ? Si la différence dans la propagation de l’épidémie n’est pas seulement liée aux systèmes de santé une comparaison de ces derniers permet de comprendre la marge d’amélioration en France, notamment dans le domaine hospitalier.
Deux systèmes proches, des résultats différents
Le point de départ. Au 14 avril 2020, la France comptait 143 000 cas et 15 729 décès, l’Allemagne 131 000 cas et 3 294 décès. La différence tient aussi à des choix politiques, comme un confinement plus précoce et des tests massifs. La note compare les deux systèmes à partir des données de l’OCDE pour 2019.
L’état de santé. L’espérance de vie atteint 82,6 ans en France et 81,1 ans en Allemagne, contre 80,7 ans dans l’OCDE. La France se distingue par une faible mortalité par crise cardiaque (38 pour 100 000 habitants contre 97) et par accident vasculaire cérébral (35 contre 46).
L’accès aux soins. La quasi-totalité de la population est couverte dans les deux pays. L’assurance complémentaire privée concerne 96 % des Français et 24 % des Allemands. Le reste à charge est pourtant plus faible en France : 2,0 % de la consommation des ménages (1 032 euros par ménage) contre 2,7 % (1 334 euros).
La qualité des soins. Grâce à la médecine générale, la France limite les admissions évitables pour asthme et BPCO (150 pour 100 000 habitants, contre 289 en Allemagne). La mortalité à 30 jours après un infarctus y est de 5,6, contre 8,5 en Allemagne et 6,9 dans l’OCDE.
du PIB consacrés à la santé, en France comme en Allemagne. L’écart de moyens vient de la richesse, pas d’un effort moindre.
Des moyens et des personnels
Des dépenses comparables. L’Allemagne dépense 5 986 dollars par habitant, contre 4 965 en France et 3 994 dans l’OCDE. Rapporté au PIB, l’effort est identique : 11,2 %. Cet écart permet à l’Allemagne d’avoir davantage de médecins et d’infirmiers.
Deux stratégies hospitalières. Les hôpitaux représentent 38 % des dépenses de santé en France, contre 28 % en Allemagne. Les Allemands sont moins souvent hospitalisés, mais l’hospitalisation complète y représente 93 % des dépenses hospitalières, contre 72 % en France.
Des soignants mieux payés. Un infirmier hospitalier gagne 42 400 dollars en France (0,9 fois le salaire moyen) et 53 600 en Allemagne (1,1 fois). L’Allemagne forme aussi davantage : 12 médecins et 54,2 infirmiers diplômés pour 100 000 habitants, contre 10,2 et 40,8 en France.
Des services plus sollicités. Les Allemands consultent 9,9 fois par an, contre 6,1 fois pour les Français. L’Allemagne compte 8 lits d’hôpital pour 1 000 habitants, contre 6 en France, et les séjours y sont plus courts (8,9 jours contre 9,9).
Les systèmes de santé français et allemand
Dépenses de santé par habitant (en dollars)
L’Allemagne dépense 5 986 dollars par habitant, la France 4 965 et l’OCDE 3 994.
Lits d’hôpital pour 1 000 habitants
L’Allemagne compte 8 lits pour 1 000 habitants, la France 6 et l’OCDE 4,7.
Consultations médicales par habitant et par an
Les Allemands consultent 9,9 fois par an, contre 6,8 dans l’OCDE et 6,1 en France.
Admissions évitables pour asthme et BPCO (pour 100 000 habitants)
Les admissions évitables atteignent 289 pour 100 000 habitants en Allemagne, contre 150 en France.
Il ressort de cette comparaison chiffrée que l’austérité n’est pas la raison de l’échec dans la gestion de la crise du coronavirus.
Ce que révèle la crise
Pas une question d’austérité. Les deux pays consacrent la même part de leur PIB à la santé, et la France réserve même une part plus importante de ce budget à l’hôpital. Ce budget dépasse la moyenne de pays de l’OCDE qui ont mieux géré la crise, comme la Grèce.
Des lits de réanimation comparables. Officiellement, la France disposait de 5 000 lits de réanimation et l’Allemagne de 28 000. Selon les méthodes de recensement allemandes, l’Allemagne disposerait en réalité de 20 000 lits de soins intensifs, dont 10 % inutilisables faute de personnel, et la France de près de 19 000.
Une lourdeur administrative. La France confie le pilotage aux ARS, sous le contrôle de l’État, là où l’Allemagne mise sur une gestion décentralisée. Les personnels administratifs représentent 35,2 % des effectifs en France, ce qui équivaudrait à un manque potentiel de 100 000 soignants. Les soignants allemands travaillent 40 heures par semaine et sont payés environ 20 % de plus.
Une réaction lente. L’État a réquisitionné et contrôlé les prix au lieu d’inciter les industriels à produire tests, masques et gel. Les hôpitaux allemands, libres de gérer leurs stocks, ont commandé dès février. Des cliniques privées sont restées vides au début de la crise.
Une réponse industrielle trop faible. La France ne produisait que 8 millions de masques la troisième semaine d’avril. L’Allemagne prévoyait d’en produire 50 millions dès l’été et d’effectuer près de 700 000 tests par semaine, contre un peu moins de 30 000 tests par jour en France.
Nos propositions
Proposition 1. Augmentation des numerus apertus. Recruter 2 futurs médecins supplémentaires pour 100 000 habitants, répartis selon la densité de médecins par région.
Proposition 2. Inciter financièrement les médecins à s’installer dans les zones les plus désertées. L’aide, versée à l’installation aux médecins libéraux comme hospitaliers et fixée par la région, s’accompagnerait pour les libéraux de l’obligation de trouver un remplaçant en quittant leur cabinet.
Proposition 3. Revenir au temps de travail à 39 h, assorti d’une meilleure rémunération. Le salaire serait indexé sur un temps de travail de 42 heures, pour accroître la disponibilité des personnels et supprimer les heures supplémentaires parfois non payées.
Proposition 4. Diminution du personnel administratif. Ramener la part du personnel administratif à 25 % de l’emploi du système de santé, par le non-remplacement des départs à la retraite et le transfert d’effectifs vers la Justice et l’Intérieur, avec une refonte des logiciels de gestion des hôpitaux pilotée par les régions.
Proposition 5. Généralisation de la téléconsultation gratuite. Offrir à tous les patients la téléconsultation remboursée à 100 % pour désengorger les urgences et faciliter l’accès aux soins dans les déserts médicaux.
Proposition 6. Retour à la gestion des stocks stratégiques à l’échelle nationale. Revenir sur le changement de doctrine de 2013 et reconstituer des stocks d’État, placés sous le contrôle du Parlement et étendus aux blouses, médicaments, respirateurs et matériel opératoire, avec des niveaux minimaux fixés par le Parlement.
Proposition 7. Développer une modernisation digitale de l’hôpital. Engager la transformation numérique du système de soins et, dans le respect du droit européen de la concurrence, attribuer en priorité les marchés publics à des entreprises nationales expertes de l’hôpital numérique.
Feuilleter la note
Demander une interview
Pour une interview de Pierre Fontaine sur cette note : presse@lemillenaire.org
Contacter le service presseFaire vivre nos études
Vos dons et vos adhésions financent les prochaines notes du Millénaire.
Nous soutenir AdhérerRecevoir les prochaines notes du Millénaire
À lire aussi
Toutes les études
19 mai 2021Immigration : Reprendre le contrôle
8 mars 2021William Thay et Pierre Fontaine pour Valeurs : « Créons un délit d’intelligence avec l’islamisme. »
26 février 2021Entretien de William Thay pour Valeurs : « Les Français doivent pouvoir choisir l’immigration plutôt que la subir. »
16 février 2021William Thay dans les Échos : «Beauvau de la sécurité» : lutter contre les violences anti-policièresCrédit photo : Cobber17, Jpbazard, CC BY-SA 2.5, via Wikimedia Commons

Add a Comment