Élu en 2023 sur la promesse de sortir l’Argentine de la décadence, Javier Milei aborde les élections de mi-mandat d’octobre 2025 au plus bas dans les sondages. La note analyse son bilan, le retour du péronisme et les scénarios du scrutin.
Le constat
Milei a stabilisé en partie l’économie argentine mais, sans majorité, sa révolution par décrets s’est fragmentée.
La cause
L’épuisement du modèle péroniste, une inflation de 211 % début 2024, puis une érosion de l’opinion et le retour de Fuerza Patria.
La conséquence
Le scrutin du 26 octobre 2025 dira si Milei gouverne avec une majorité exploitable ou au cas par cas.
Vingt ans de kirchnérisme et de péronisme, puis un outsider
Un modèle épuisé. Du début des années 2000 à 2023, les gouvernements argentins reposent sur un État fiscal expansif, des contrôles de change et de marché, des taux de change multiples et un financement monétaire. Ces instruments, censés protéger le pouvoir d’achat, ont selon la note installé des distorsions chroniques et nourri l’inflation. Fin 2023, la pauvreté dépasse 40 % et l’inflation annuelle atteint 211 % en janvier 2024.
L’élection de 2023. Javier Milei l’emporte au second tour, le 19 novembre 2023, avec près de 56 % des voix face à Sergio Massa. La coalition qui le porte est hétérogène et animée par la volonté de rupture plus que par l’adhésion à un programme détaillé : le mandat est à la fois fort contre le modèle sortant et étroit quant aux instruments.
Une thérapie de choc par décret. Après une forte dévaluation du peso, le décret DNU 70/2023 déréglemente largement l’économie. La réaction est rapide : un tribunal en suspend le volet social début janvier 2024 et le Sénat vote sa réprobation le 14 mars, par 42 voix contre 25.
C’est l’inflation annuelle enregistrée en janvier 2024 en Argentine, un record régional et son plus haut niveau depuis le début des années 1990.
Gouverner sans majorité
Un exécutif en minorité. La Libertad Avanza est minoritaire dans les deux chambres. Après l’échec du décret initial, le gouvernement découpe son programme, négocie avec le PRO, l’UCR et des partis provinciaux et obtient fin juin 2024 l’adoption d’une Ley Bases plus étroite. Cette méthode a été facilitée par la popularité de Milei, l’un des dirigeants les plus appréciés au monde jusqu’au début de 2025.
Un contre-pouvoir croissant. Le 8 octobre 2025, la Chambre des députés adopte, par 140 voix contre 80 et 17 abstentions, un texte restreignant les décrets d’urgence. L’auteur décrit un bilan législatif reposant sur trois engrenages : les décrets fixent le cap, les Chambres font la loi et les tribunaux tracent les limites.
Un bilan économique en demi-teinte
Le budget comme ancre. Dès le premier semestre 2024, le pays enchaîne des excédents primaires mensuels, une première depuis 2008. Le ministère de l’Économie revendique pour 2024 un excédent financier de 0,3 % du PIB et un excédent primaire de 1,8 %. Le prix en est une austérité rapide, avec une baisse des salaires réels publics et des dépenses d’investissement.
Inflation, change et FMI. L’inflation mensuelle tombe à 1,5 % en mai 2025, son plus bas niveau en plus de cinq ans, avec une remontée attendue vers 1,9 % en juin. En avril 2025, le taux de change passe à une fourchette de variation, initialement de 1 000 à 1 400 pesos par dollar, avec un allègement des contrôles de capitaux. Le 31 juillet 2025, le FMI valide la première revue d’un prêt sur 48 mois et débloque environ 2 Md$. En septembre 2025, le Trésor américain conclut avec la banque centrale un échange de devises d’environ 20 Md$.
Activité et social. La croissance atteint 5,8 % au premier trimestre 2025 et 6,3 % au deuxième, avec un investissement en hausse de 32 %, mais l’activité recule de 0,1 % d’un trimestre à l’autre. Le chômage passe de 7,9 % à 7,6 % et la pauvreté recule à 31,6 % au premier semestre 2025, son plus bas niveau depuis 2018, dans un contexte d’informalité et de reprise perçue comme sans filet.
Des fragilités. La reconstitution des réserves reste le talon d’Achille, et l’auteur estime que la stratégie de change n’a pas permis de résorber l’écart entre taux officiel et taux de marché, tandis que les investissements tardent à décoller.
L’Argentine de Milei en chiffres
Pauvreté et chômage en Argentine (en %)
La pauvreté recule de plus de 40 % en 2023 à 31,6 % au premier semestre 2025.
Popularité et intentions de vote (en %)
L’approbation de Milei passe de plus de 55 % début 2025 à un peu plus de 35 % en octobre.
Activité en 2025 (en % en glissement annuel)
Le PIB progresse de 6,3 % au deuxième trimestre 2025 en glissement annuel.
Deux ans après : un président moins populaire
Une érosion de l’opinion. Début octobre 2025, les agrégateurs placent Milei à son plus bas niveau d’approbation, un peu plus de 35 % contre plus de 55 % jusqu’au début de l’année. La note évoque des revers électoraux locaux, notamment dans la province de Buenos Aires, et une série de polémiques visant le camp présidentiel depuis 2025, qui affaiblissent selon l’auteur le message anti-caste sur lequel Milei a été élu.
Une promesse mise à l’épreuve. Selon la note, ce sont désormais les standards anti-caste eux-mêmes, l’intégrité, le contrôle et la cohérence, qui structurent la perception des électeurs, d’où une dissonance entre promesse et pratique.
Milei avait promis l’onde de choc ; il a livré une stabilisation partielle
Le retour de l’opposition péroniste
Une recomposition rapide. Donnée pour moribonde après 2023, la coalition Unión por la Patria s’est rebaptisée Fuerza Patria en 2025. Elle agrège gouverneurs, mouvements sociaux et syndicats, avec Axel Kicillof à Buenos Aires, Sergio Massa comme négociateur et Juan Grabois comme aiguillon éthique et populaire.
Le vote-test du 7 septembre 2025. Dans la province de Buenos Aires, Fuerza Patria arrive en tête avec 47 % des voix, soit 13 points de plus que la coalition présidentielle.
Un triptyque de campagne. Mémoire sociale d’un État plus protecteur, méfiance à l’égard des chocs libéraux, retournement du thème anti-caste contre le gouvernement.
Des élections de mi-mandat décisives
Ce qui est en jeu. La Chambre des députés compte 257 sièges, renouvelés par moitié tous les deux ans, et le Sénat 72, renouvelés par tiers. Les élections du 26 octobre 2025 redistribuent la majorité opérationnelle, les commissions et le pouvoir de blocage face aux décrets d’urgence.
Des leçons historiques. Les mi-mandats de 1987, 2001, 2005, 2009, 2013 et 2017 montrent que la perte de majorité conduit à une gouvernabilité transactionnelle, à la montée des acteurs locaux et à un pré-alignement de la présidentielle suivante.
Trois scénarios. Selon Poliarquía, les candidats soutenus par Milei recueillent 39 % contre 49 % pour l’opposition en septembre, et le parti présidentiel resterait sous la majorité absolue à la Chambre dans tous les cas. Si l’opposition l’emporte, l’Argentine entrerait dans une cohabitation à l’argentine. Si LLA gagne sans majorité, l’exécutif devra institutionnaliser la négociation. Si LLA obtient une majorité, ce qui est le scénario le moins probable, le président gagnerait un second souffle. L’auteur rappelle que les sondages argentins ont échoué à prévoir les dernières élections.
Conclusion
Milei a livré une stabilisation partielle et remis de l’ordre dans l’économie, sans le basculement de régime annoncé. Le budget a rassuré et l’inflation a reflué puis repris, mais l’architecture demeure fragile, adossée au FMI et aux filets américains. L’auteur juge que la révolution imparfaite proposée à l’Argentine pourrait être poursuivie, grâce au soutien d’une partie des électeurs urbains qui ne veulent toutefois pas lui laisser les mains libres.
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