Quels impacts économiques pour l’accord de libre-échange UE-Mercosur ?
Annoncé en 2019 après des décennies de négociations, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur divise l’Europe. Hugo Spring-Ragain retrace sa genèse, analyse les attentes des deux blocs et en simule les effets selon trois scénarios : les gains seraient réels mais asymétriques, en faveur des exportations agricoles sud-américaines.
Le constat
Le Mercosur rassemble plus de 260 millions d’habitants et un PIB combiné supérieur à 2 500 milliards de dollars.
La cause
Un accord de principe conclu en 2019, freiné par l’agriculture, la déforestation et les divergences politiques des deux côtés.
La conséquence
Une simulation qui conclut à des gains asymétriques, plus favorables aux exportations agricoles du Mercosur.
Avant-propos
Le Mercosur – ou Marché Commun du Sud – est un bloc commercial d’Amérique du Sud fondé en 1991 par le traité d’Asunción. Il regroupe actuellement cinq pays membres : l’Argentine, le Brésil, le Paraguay, l’Uruguay et la Bolivie, qui a rejoint l’organisation en 2015 après la signature du traité en 2012, le Venezuela est actuellement suspendu en 2016. Le Mercosur représente une zone économique majeure, avec plus de 260 millions d’habitants et un PIB combiné supérieur à 2 500 milliards de dollars. L’objectif initial du Mercosur était de favoriser l’intégration économique régionale, notamment à travers la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes. L’organisation s’est progressivement élargie, cherchant à étendre son influence au-delà de l’Amérique du Sud, en établissant des partenariats commerciaux avec diverses régions du monde, dont l’Union Européenne. La gouvernance du Mercosur repose sur une série d’institutions visant à faciliter la prise de décision collective et à promouvoir l’intégration des économies des pays membres. Parmi celles-ci, la Présidence et le Conseil du Marché Commun (CMC) occupent une place centrale dans la coordination des politiques économiques et commerciales. Le CMC est composé des ministres des Affaires étrangères et des ministres de l’Économie des pays membres et est responsable de la définition des orientations stratégiques du Mercosur. Les Décisions du CMC sont parfois complétées par des Résolutions, qui concernent les aspects techniques de l’intégration, tels que les réglementations sur les tarifs douaniers, les accords commerciaux et les normes sanitaires. Cependant, la prise de décision au sein du bloc se heurte parfois à des difficultés liées à l’absence d’un système de gouvernance supranationale comparable à celui de l’Union Européenne, limitant la capacité du Mercosur à imposer des changements importants à ses membres, en particulier dans des contextes de divergences politiques internes.
L’accord de libre-échange devant être signé entre le Mercosur et l’Union Européenne constitue une étape clé dans la consolidation des relations économiques entre ces deux régions. Cet accord vise à renforcer les échanges commerciaux et à faciliter les investissements bilatéraux, tout en réduisant considérablement les barrières tarifaires et non tarifaires. Pour le Mercosur, cet accord représente une opportunité de renforcer ses exportations, notamment dans des secteurs comme l’agriculture, l’industrie automobile et le textile, en bénéficiant d’un accès préférentiel au marché européen. En retour, l’Union Européenne voit dans cet accord une possibilité d’accroître ses exportations industrielles, de services et de technologies vers une région en pleine croissance économique.
Cet accord de libre-échange s’inscrit dans un contexte stratégique pour les deux parties, offrant de nouvelles perspectives de développement économique et d’intégration. Toutefois, il présente également des défis, tant pour les pays du Mercosur, qui devront adapter certains secteurs économiques, que pour l’Union Européenne confrontée à des enjeux politiques et économiques liés à l’ouverture des marchés.
Genèse et contexte de l’accord
Des décennies de négociations. Le dialogue entre l’Union européenne et le Mercosur, bloc fondé en 1991 par le traité d’Asunción, débute en 1995. Une déclaration conjointe marque en 1999 l’intention de créer une zone de libre-échange, les négociations formelles s’ouvrent en 2000 et connaissent ensuite plusieurs phases de stagnation et de relance jusqu’en 2016.
De l’accord de principe à la relance. Après une phase finale ouverte en 2016-2017, un accord de principe est annoncé le 28 juin 2019. La pandémie suspend les discussions, relancées en 2023 dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine, la crise énergétique et la concurrence de la Chine.
Des obstacles persistants. L’agriculture reste le principal point de friction : l’Union européenne maintient quotas et protections pour des produits sensibles, tandis que la déforestation en Amazonie a conduit à exiger des engagements de durabilité et des mécanismes de suivi.
Les attentes des deux blocs
Pour le Mercosur. Le bloc, qui compte plus de 260 millions d’habitants et un PIB combiné supérieur à 2 500 milliards de dollars, cherche un accès préférentiel au marché européen et une diversification de ses exportations, aujourd’hui dominées par le soja, la viande, le sucre et le café. L’accord est aussi un levier pour peser face aux États-Unis et à la Chine.
Pour l’Union européenne. L’accord doit ouvrir de nouveaux débouchés à l’automobile, à la pharmacie, aux équipements industriels et aux services, renforcer l’influence européenne en Amérique latine et promouvoir ses normes environnementales et sociales.
date de l’accord de principe entre l’Union européenne et le Mercosur, après près de vingt ans de négociations formelles.
Les principaux enjeux économiques
Des bénéfices attendus pour le Mercosur. L’agriculture, le textile et l’automobile devraient profiter de la baisse des droits de douane, tandis que les investissements directs européens pourraient moderniser les infrastructures de transport, d’énergie et de télécommunications.
Des bénéfices attendus pour l’Union européenne. L’industrie européenne, notamment automobile, et les services, de la finance à l’informatique, pourraient accéder plus facilement à un marché en croissance.
Une simulation en trois scénarios. L’auteur modélise l’effet de l’accord par une simulation de Monte-Carlo selon trois hypothèses : croissance optimiste de 3 % par an avec une baisse des tarifs de 20 %, stagnation à 0,5 % avec une baisse de 5 %, et scénario intermédiaire à 2 % avec une baisse de 10 %. Dans tous les cas, la simulation conclut que l’accord favorisera davantage les exportations agricoles et de matières premières du Mercosur vers l’Union européenne que l’inverse.
La simulation en chiffres
PIB moyen simulé du Mercosur selon le scénario (en milliards d’euros)
Dans le scénario optimiste, le PIB moyen simulé du Mercosur atteint 2 600 milliards d’euros.
PIB moyen simulé de l’Union européenne selon le scénario (en milliards d’euros)
Dans le scénario optimiste, le PIB moyen simulé de l’Union européenne atteint 17 550 milliards d’euros.
Variation moyenne simulée de l’emploi, scénario optimiste (unité du modèle)
Dans tous les scénarios, l’industrie concentre la plus forte hausse simulée de l’emploi.
Baisse des tarifs douaniers retenue par scénario (en %)
Le scénario optimiste suppose une baisse de 20 % des tarifs et 3 % de croissance par an.
L’accord favorisera davantage les exportations en provenance du Mercosur que celles en direction de l’UE.
Les enjeux politiques et géopolitiques
Une réponse à la Chine. L’accord s’inscrit dans la stratégie européenne face aux investissements chinois des Nouvelles routes de la soie en Amérique du Sud et au poids croissant des BRICS, dans un moment où la politique américaine privilégie les relations bilatérales.
Des tensions au sein du Mercosur. Les divergences idéologiques entre le Brésil de Lula et l’Argentine de Javier Milei, ainsi que la suspension du Venezuela depuis 2016, compliquent la coordination du bloc. L’accord impose en outre aux pays membres des concessions de souveraineté économique et l’adoption de normes communes.
Des réticences en Europe. Les agriculteurs craignent une pression sur les prix de la viande et des produits laitiers, les défenseurs de l’environnement doutent du respect des engagements sur la déforestation, et la France, attachée à ses normes agricoles, s’oppose à une Allemagne plus favorable à l’ouverture pour son industrie.
Conclusion
Pour l’auteur, l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur est autant un projet économique qu’une réponse géopolitique à l’influence chinoise. Ses gains seraient toutefois asymétriques en faveur des exportations agricoles sud-américaines, ce qui explique l’opposition du monde agricole européen et les divisions entre États membres, au premier rang desquels la France et l’Allemagne.
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