William Thay pour LesÉchos : “Les blocages vont-ils retourner l’opinion publique sur la réforme des retraites ?”

Face aux mobilisations importantes et à une menace de blocage du pays, les Français pourraient changer de camp dans cette bataille de l’opinion publique. Pour William Thay, du think-tank Le Millénaire, la France du travail pourrait avoir un réflexe légitimiste pour exprimer son rejet contre la France du blocage qui ne propose aucune solution alternative crédible.

            La réforme des retraites proposée par Emmanuel Macron suscite un rejet des Français et une mobilisation importante des syndicats. Pourtant, si les signaux apparaissent comme négatifs, il ne faut pas exclure un retournement de l’opinion publique. En effet, la France du travail pourrait ne pas supporter une nouvelle séquence de blocage du pays et provoquer un réflexe légitimiste en faveur du Gouvernement.

Un rejet de la réforme des retraites

            Une grande majorité de Français est hostile à la réforme des retraites. Comme le souligne un sondage de l’Ifop, 68% des Français se déclarent opposés à cette réforme. Cette hostilité s’exprime en particulier contre les mesures relevant du travailler plus comme le report de l’âge légal de départ de 62 à 64 ans.  De plus, ce rejet est d’autant plus important au sein des catégories (employés, ouvriers, etc.) où Emmanuel Macron a enregistré ses plus faibles scores lors second tour de l’élection présidentielle.

             À ce titre, la mobilisation contre ce projet de réforme des retraites devrait être conséquente. Tout d’abord, nous assistons à un front syndical uni que nous n’avons pas vu depuis douze ans soit depuis la dernière réforme des retraites reculant l’âge de départ de 60 à 62 ans. Ensuite, excepté les Républicains, la plupart des formations politiques ont exprimé leur opposition au projet du Gouvernement. Enfin, le contexte marqué par l’inflation et la montée des couts énergétiques conduit à des revendications et un mécontentement de professions contre le Gouvernement.

Mais un soutien faible aux grévistes

            Si la réforme suscite un rejet des Français, elle ne conduit pas forcément à un soutien important aux grévistes. Ainsi, si 68% des Français sont opposés à la réforme des retraites, il n’y a que 51% des Français qui exprime une sympathie à l’égard des grévistes selon l’Ifop. En comparaison, le projet de réforme des retraites de 2010 avait suscité le soutien de 71% des Français. Enfin, il faut ajouter que 68% des Français pensent que la réforme des retraites sera votée et appliquée contre 32% qui estiment qu’elle sera retirée face au mouvement social.

            Si la mobilisation sociale peut être importante, elle pourrait ne pas être suffisante.  Tout d’abord, en comparant avec les manifestations contre la réforme des retraites de 2010, on remarque que la mobilisation pourrait être moindre. En effet, les manifestations avaient rassemblé jusqu’à 3,5 millions de personnes selon les syndicats alors ces derniers espèrent jusqu’à 1 million de personne dans la journée du 19 janvier. Ensuite, les derniers mouvements sociaux n’ont jamais atteint depuis le soutien populaire espéré par les organisateurs et il n’y a jamais eu ce fameux troisième tour social tant attendu depuis la crise sanitaire. Enfin, excepté dans certaines professions, les syndicats tiennent beaucoup moins bien leur base qu’auparavant comme l’a démontré la dernière mobilisation à la SNCF.

France du travail vs France du blocage

            Plutôt qu’à un front uni contre le Gouvernement, il est plus vraisemblable qu’on assiste à trois France : celle d’un soutien au Gouvernement, celle du blocage et celle du travail. Le mouvement des Gilets jaunes marque ainsi une rupture dans l’histoire des mouvements sociaux. Alors que nous avions systématiquement deux camps : celle qui s’oppose au Gouvernement et celle qui le soutient, nous avons l’émergence d’un troisième acteur. À ce titre, il est possible que cette France du travail soit toujours contre le projet de réforme des retraites mais exprime davantage un rejet contre les blocages. Ce réflexe légitimiste pourrait rééquilibrer la bataille de l’opinion publique comme lors du mouvement des Gilets jaunes.

            Si les Français ne soutiennent pas la réforme des retraites, les oppositions syndicales et politiques n’ont proposé aucune solution viable pour assurer la pérennité de notre modèle social. Ainsi, les solutions alternatives comme la baisse des pensions, l’augmentation des cotisations sociales ou patronales engendraient davantage de difficultés que le report de l’âge légal de départ à la retraite. Ce manque d’alternative ne provoquera pas un enthousiasme débordant mais atténuera l’intensité du soutien aux grévistes.

Le rejet et l’inquiétude des Français à l’égard du projet de réforme des retraites sont réels mais l’attitude des opposants est la meilleure alliée du Gouvernement. La France du blocage n’a pas de solutions alternatives à proposer hormis de bloquer le pays. Cette situation où il n’existe de soutien débordant à l’égard du Gouvernement et un manque d’alternative crédible n’est pas idéale, mais elle a conduit au succès d’Emmanuel Macron lors deux dernières élections présidentielle. Il est ainsi fort probable qu’elle conduise de nouveau à son succès pour cette réforme des retraites pour choisir le « moins pire ».

William Thay, président du Millénaire, think-tank gaulliste spécialisé en politiques publiques. 

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Crédit Photo : Manifestation, par Jeanne Menjoulet sous licence CC-BY-2.0 via Flirck

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