William Thay et Emeric Guisset pour LesÉchos : “Présidence française de l’UE : un piège pour Emmanuel Macron ?”

Alors que la France a pris la présidence tournante de l’Union européenne depuis le 1er janvier 2022, Emmanuel Macron doit décliner sa vision européenne cette semaine à Strasbourg. Pour William Thay et Emeric Guisset du think-tank Le Millénaire, cette présidence offre des atouts à un président sortant, mais elle peut se transformer en cadeau empoisonné s’il ne parvenait pas à obtenir un succès majeur sur la scène européenne.

En exerçant la présidence française de l’Union européenne durant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron dispose d’une tribune inédite pour surclasser ses concurrents. Cet événement qui a seulement lieu tous les 13 ans offre au président de la République l’opportunité de montrer qu’il est le grand leader attendu par les Français et qu’il est inutile d’en changer. Pourtant, face au volontarisme européen d’Emmanuel Macron, la lourdeur administrative de l’UE pourrait annihiler toute transformation majeure et transformer cette présidence de l’UE en piège électoral.

Une voie royale vers un second mandat ?

Jamais un candidat à l’élection présidentielle n’aura bénéficié d’un avantage aussi important pour mener campagne que la PFUE. Un effet d’autant plus décuplé dans le cas d’Emmanuel Macron qui a fait depuis 2017 de l’Europe son thème majeur. Cette présidence française va ainsi de fait imposer dans la campagne la question européenne et la place de la France dans l’Europe comme une des thématiques principales de la campagne. Or sur cette question, le Président-Candidat est celui qui porte le discours pro-européen le plus clair et sans réelle concurrence sur ce positionnement. Il pourrait ainsi comme lors des élections européennes agréger autour de lui l’ensemble des voix europhiles, pour forcer ces concurrents à se disputer le leadership sur un positionnement eurosceptique. Une dynamique que nous avons déjà pu voir à l’œuvre avec la polémique du drapeau européen sous l’Arc de Triomphe.

L’autre atout de taille qu’offre la PFEU à Emmanuel Macron pour cette campagne présidentielle est sur le volet de la stature. Alors que les autres candidats seront relayés au rôle de commentateur, Emmanuel Macron pourrait de son côté incarner la défense des intérêts de la France dans l’Union européenne et à l’international. Cette différence de rôle vient accentuer la différence de stature entre le président et ses concurrents, notamment sur le critère de la présidentiabilité. Un élément d’autant plus important lorsqu’un sondage Ifop du 13 janvier 2022 montre que pour 52 % des sondés ni Valérie Pécresse, ni Éric Zemmour, ni Marine Le Pen n’ont la stature d’un Président de la République. La PFUE permet à Emmanuel Macron d’amplifier son positionnement “haut dessus de la mêlée” comme stratégie de campagne. Il tente ainsi d’incarner une posture de “père de la nation”, qui défend les intérêts du pays avec la PFEU et la vie de ses citoyens avec la lutte contre la crise sanitaire, face à des concurrents qui se battent pour un poste.

Le risque d’une désillusion européenne

Pourtant, cette PFEU n’est pas sans risque pour Emmanuel Macron. S’il ne parvient pas à obtenir au moins un franc succès sur la scène européenne en faveur des intérêts de la France son narratif pourrait être remis en cause. Il y aurait alors une asymétrie entre les promesses présidentielles présentant l’Union européenne comme un atout pour la France où elle y insuffle sa vision, et une réalité moins avantageuse pour notre pays. Dès lors, la perte d’influence de la France au sein de l’Union européenne alors même qu’elle en exerce la présidence serait incontestable. Sans pour autant remettre en cause la volonté d’Emmanuel Macron de réformer l’Europe, son projet européen pourrait finalement apparaître comme inapplicable et lui-même comme impuissant sur sa thématique clé.

Par la suite, cela pourrait conduire Emmanuel Macron à une désillusion électorale. S’il ne parvient pas à imposer son agenda sur la scène européenne, principalement à cause de la campagne électorale en cours, les électeurs pourraient lui reprocher la superposition des calendriers. En effet, en refusant de reporter de 6 mois la PFUE Emmanuel Macron sert davantage ses propres intérêts que celui de la France. Alors que la France aurait pu être représentée par un président fraichement élu ou réélu au sommet de sa légitimité pour défendre ses intérêts, elle l’est par un président qui doit mener campagne. Ainsi, les déclarations européennes d’Emmanuel Macron auront principalement une vocation nationale. De même, ses homologues au sein de l’Union européenne risquent de se positionner non pas en fonction des intérêts de leur pays et de l’Europe, mais pour favoriser ou non la réélection du président de la République.

Finalement, la PFUE revêt un enjeu particulier pour Emmanuel Macron. S’il parvient à concrétiser lors de sa présidence le propos de François Mitterrand, “L’avenir de la France passe par l’Europe. En servant l’une, nous servons l’autre.”, il prendrait alors une option importante pour une réélection. À l’inverse, un échec sur la scène européenne pourrait discréditer son projet politique et précipiter sa chute.

William Thay, président du Millénaire think-tank spécialisé en politiques publiques

Emeric Guisset, secrétaire général adjoint du Millénaire.

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Crédit photo : Emmanuel Macron par European Parliament sous licence CC BY 2.0

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