Présidente des crises ou présidente révolutionnaire ?
Jamais une présidente de la Commission européenne n’a eu autant de poids qu’Ursula von der Leyen. Écrite avant les élections européennes de juin 2024, la note dresse le bilan de son mandat en économie, environnement, politique sociale et migrations.
Le constat
Pandémie, guerre en Ukraine, crise énergétique : un mandat entièrement façonné par les crises.
La cause
Endettement commun et Pacte vert d’un côté, retard technologique, pression migratoire et directives affaiblies de l’autre.
La conséquence
Une présidente des crises qui n’a pas encore révolutionné l’Europe.
Avant-propos
L‘Union européenne est à un tournant historique et doit écrire une nouvelle page de son histoire. Elle se trouve actuellement dans un contexte mondial marqué par la prédominance de la logique de puissance, notamment illustrée par la compétition intense que se livrent la Chine et les États-Unis. La rivalité sino-américaine structure les dynamiques internationales puisque les deux superpuissances cherchent à emporter le leadership politique, économique, technologique et géopolitique. En outre, l’Europe regarde renaître les Nations-Empires (Russie, Turquie, Iran, Chine, etc.) qui cherchent à devenir des puissances régionales hégémoniques. Ainsi, cela accentue la tendance du monde à devenir de plus en plus compétitif puisque désormais les gouvernements n’hésitent plus à utiliser tout leur pouvoir pour soutenir leurs acteurs économiques stratégiques.
Par ailleurs, l’Europe est confrontée à des défis transnationaux qui menacent jusqu’à son existence, tels que la crise migratoire avec un tiers des 100 millions de migrants dans le monde qui ont pour destination finale l’Europe dans les prochaines années et la crise environnementale avec la multiplication des dérèglements climatiques (catastrophes naturelles, etc.). Autant de défis qui exigent des approches nouvelles et des réponses massives et coordonnées. Dans ce contexte, les institutions de l’Union européenne seront amenées à être renouvelées. En effet, d’une part, les élections européennes du 9
juin pourront amener à une reconfiguration des rapports de force au sein du Parlement européen. D’autre part, comme l’exigent les institutions européennes, le mandat de l’actuelle Présidente de la Commission
européenne, Ursula von der Leven, arrive à sa fin. Ursula von der Leyen, née en octobre 1958 à Ixelles, en Belgique, est une femme politique allemande qui occupe depuis le 1er décembre 2019 le poste de présidente de la Commission européenne. Elle est la première femme à accéder à cette fonction prestigieuse. Diplômée en médecine et titulaire d’un doctorat, von der Leyen a entamé sa carrière politique en rejoignant l’Union chrétienne-démocrate (CDU) en 1990. Sa carrière politique est marquée par des postes ministériels de premier plan en Allemagne, notamment en tant que ministre de la Famille, des Personnes âgées, des Femmes et de la Jeunesse (2005-2009), ministre du Travail et des Affaires sociales (2009-2013), et enfin ministre de la Défense (2013-2019). Son expérience et son engagement en
faveur de l’intégration européenne ont été déterminants dans sa nomination à la tête de la Commission européenne.
Von der Leyen a-t-elle été une bonne gestionnaire de crises ou au contraire a-t-elle accentué les faiblesses européennes ?
Ce rapport décrypte le bilan des politiques publiques conduites par Ursula von der Leyen et la Commission européenne depuis le 16 juillet 2019 sur les thématiques économiques, environnementales, géopolitiques, migratoires et sécuritaires.
Alessandro Roberto, Analyste au Millénaire
La présidente des crises économiques
Un contexte hérité de 2008. L’Europe a mis entre 5 et 8 ans selon les États pour retrouver son niveau d’avant-crise, contre moins de 4 ans pour les États-Unis, faute de policy mix commun et en raison des déséquilibres entre le Nord et le Sud.
Des réformes à la faveur de la pandémie. La règle des 3 % de déficit est suspendue de 2020 à 2023. Le déficit italien atteint 14 % au premier trimestre 2021.
Next Generation EU. Le plan de relance est doté de 806,9 milliards d’euros, dont 723,8 milliards pour la facilité pour la reprise et la résilience, financés par un endettement commun. Le rapport le juge toutefois insuffisamment dimensionné face aux plans américains.
L’intelligence artificielle. L’AI Act voté en mars 2024 fait de l’Europe une puissance normative, mais l’investissement reste inférieur à 20 milliards, contre 95 milliards en Chine et près de 250 milliards aux États-Unis selon l’AI Index 2023.
pour Next Generation EU, le plan de relance financé pour la première fois par un endettement commun.
Le bilan en chiffres
Next Generation EU par programme (milliards d’euros)
La facilité pour la reprise concentre l’essentiel, dont 385,8 milliards de prêts.
Investissements dans l’IA (milliards)
L’Europe investit plus de dix fois moins que les États-Unis.
Aide au développement liée au Covid-19 (milliards d’euros)
Le voisinage européen reçoit la plus grande part.
Salaires minimums mensuels (euros)
Un écart de un à six entre le Luxembourg et la Bulgarie.
Environnement : vers la décroissance de l’Europe ?
Le Pacte vert. L’objectif est la neutralité carbone en 2050 et une baisse d’au moins 55 % des émissions d’ici 2030 par rapport à 1990, avec le paquet Fit for 55.
La fin des moteurs thermiques. La vente de voitures thermiques neuves sera interdite en 2035. Le rapport juge suicidaire de s’imposer une telle contrainte sans capacité industrielle : l’Europe produit trois à quatre fois moins de batteries que la Chine.
Le nucléaire. Classé comme énergie durable en 2022 malgré l’opposition allemande, il reste sans stratégie de financement européenne, alors que 500 milliards d’euros seraient nécessaires pour moderniser le parc selon Thierry Breton. Le réseau électrique nécessite au moins 584 milliards d’euros d’investissement.
Bilan social et migratoire
Des initiatives sociales. L’instrument SURE a prêté jusqu’à 100 milliards d’euros et soutenu entre 25 et 30 millions de personnes en 2020. Une directive encadre les salaires minimums. La directive sur les travailleurs des plateformes, qui concerne près de 30 millions de personnes, a en revanche été vidée de son critère central.
Une pression migratoire croissante. Près de 330 000 entrées irrégulières en 2022 contre 130 000 en 2019 selon Frontex. Plus de 1,1 million de demandes d’asile en 2023, soit 18 % de plus qu’en 2022, auxquelles s’ajoutent 4,4 millions de déplacés d’Ukraine sous protection temporaire.
Le Pacte asile et migration. Adopté en avril 2024, il accélère l’examen des demandes et instaure une solidarité à la carte. Le rapport le juge insuffisant sur la protection des frontières extérieures, qui ne mobilise que 3 % du budget européen. En juillet 2023, un accord d’un milliard d’euros a été signé avec la Tunisie.
Encore faut-il que les Européens soient embarqués dans un tel projet, car il sera impossible de construire une Europe sans les Européens.
Conclusion : présidente des crises ou présidente révolutionnaire ?
Une présidente des crises. Pandémie et guerre en Ukraine ont fait d’Ursula von der Leyen la présidente de la Commission la plus influente de l’histoire : achats communs de produits de santé, endettement commun, renforcement de la Commission face au Conseil européen.
Pas encore une révolutionnaire. Faute de majorité stable, elle n’a pas abordé l’élargissement, la gouvernance des institutions, la ligne face à la Chine et aux États-Unis ou l’harmonisation sociale et fiscale. Un second mandat pourrait lui permettre de devenir bâtisseuse.
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Hugo Spring-Ragain et Alessandro Roberto
Analyste du Millénaire ; Analyste du Millénaire.
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