Les enjeux de la prolongation du secrétaire général
Faute de consensus sur sa succession, Jens Stoltenberg restera secrétaire général de l’OTAN jusqu’en octobre 2024. Alessandro Roberto explique le rôle du poste, passe en revue les candidats envisagés et analyse les enjeux de cette prolongation à la veille du sommet de Vilnius.
Le constat
Une prolongation d’un an du mandat de Jens Stoltenberg, décidée le 4 juillet 2023.
La cause
Des tractations informelles, des veto croisés et l’absence de candidat consensuel.
La conséquence
Une gouvernance stable pendant la guerre, mais un choix du successeur reporté au lendemain des élections européennes.
Avant-propos
Jens Stoltenberg, ancien premier ministre danois (2000-2001 puis 2005-2013), est secrétaire général de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) depuis 2014. Alors que son mandat a été renouvelé complètement une première fois en 2018, puis une seconde fois en mars 2022 pour une durée d’un an au vu de la situation exceptionnelle en raison de la guerre en Ukraine, il vient d’être officialisé ce mardi 4 juillet 2023 que Jens Stoltenberg restera en poste encore un an jusqu’en octobre 2024. Comment expliquer une telle longévité alors que les tractations entre les États membres pour préparer sa succession se multipliaient ces derniers mois ? Et en quoi le rôle du secrétaire général de l’OTAN est-il si important d’un point de vue diplomatique ?
Au vu de la difficulté des États membres à trouver un candidat consensuel ainsi que le contexte toujours aussi tendu de la guerre en Ukraine, au cours duquel Jens Stoltenberg a déjà fait ses preuves, la reconduction d’une année du mandat de ce dernier paraît appropriée. L’OTAN est en première ligne pour trouver une solution au conflit et une gouvernance stable ne peut qu’y contribuer. Attention tout de même à ne pas pousser la poussière trop longtemps sous le tapis, au risque de se retrouver dans une situation d’immobilisme.
Organisation interne et processus de sélection
Deux postes clés. Le Commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR), toujours américain, dirige la planification militaire ; le secrétaire général est le principal représentant politique de l’Alliance et préside le Conseil de l’Atlantique Nord.
Une nomination à l’unanimité. Le secrétaire général est nommé par les 31 États membres pour un mandat initial de quatre ans, renouvelable en cas d’accord mutuel.
Un processus informel. États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, France et Italie, qui représentent à eux cinq les deux tiers du budget de l’OTAN, pèsent sur le choix d’un profil consensuel : expérience, nationalité, sexe, âge et positions antérieures.
États membres doivent s’accorder à l’unanimité sur le nom du secrétaire général de l’OTAN.
Les candidats envisagés
Un poste promis à un Européen. Par accord tacite, le secrétaire général est européen ; plusieurs États, dont la France, souhaitent qu’il vienne d’un pays de l’Union, ce qui écarte les candidats britanniques comme Ben Wallace.
Des nationalités exclues de fait. Les veto croisés entre la Grèce et la Turquie, les tensions entre Paris et Ankara ou la crainte d’aggraver les tensions avec Moscou réduisent le champ des possibles.
Une femme pour la première fois ? Mette Frederiksen, Kaja Kallas, Zuzana Čaputová ou Jeanine Hennis-Plasschaert ont été citées ; Ursula von der Leyen apparaît comme une piste sérieuse à l’issue de son mandat à la Commission.
Un critère budgétaire. Il pourrait être utile de choisir un pays proche de l’objectif de 2 % du PIB consacrés à la défense, atteint par seulement 7 alliés en 2022.
L’OTAN en chiffres
Les États membres de l’OTAN
Le poste de secrétaire général revient traditionnellement à un Européen.
Durée des mandats de Jens Stoltenberg (années)
Après un renouvellement complet en 2018, Jens Stoltenberg restera en poste jusqu’en octobre 2024.
Les enjeux de la prolongation
Un leadership reconnu en temps de crise. Jens Stoltenberg a été salué pour sa gestion depuis l’invasion russe de l’Ukraine ; sa reconduction, annoncée le 4 juillet 2023, précède d’une semaine le sommet de Vilnius.
Une période sensible. La Finlande a rejoint l’Alliance en avril 2023, la demande de la Suède reste bloquée par la Turquie et la Hongrie, et la question de l’adhésion de l’Ukraine est posée.
Un calendrier politique. Le report coïncide avec les élections européennes de juin 2024 et précède de quelques mois l’élection présidentielle américaine ; la passation pourrait intervenir au sommet de Washington pour les 75 ans de l’OTAN.
les États membres se sont accordés pour ne pas changer de capitaine en pleine tempête
Conclusion
Une reconduction appropriée. Faute de candidat consensuel et en pleine guerre en Ukraine, une gouvernance stable ne peut qu’aider l’Alliance.
Un risque d’immobilisme. Une nouvelle reconduction étant exclue, la crédibilité de l’OTAN dépendra de sa capacité à s’accorder à l’unanimité sur un successeur.
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