« Midterms 2026 : pourquoi la course est serrée au Sénat ? »
Sondages favorables aux démocrates, essence au-delà de 4 dollars le gallon, guerre en Iran : tout semble annoncer une vague démocrate. Pourtant, le modèle prédictif du Millénaire donne aux républicains 57,5 % de chances de garder le Sénat. Sean Scull et Augustin Bataille expliquent ce décalage.
Par Sean Scull et Augustin Bataille

Tout porte à croire que les élections de mi-mandat sont jouées d’avance. Sondages favorables aux démocrates, gallon d’essence qui dépasse les 4 dollars, divisions au sein du parti républicain, guerre en Iran, mobilisation de l’opposition : rien ne semble pouvoir empêcher le raz-de-marée démocrate qui s’annonce. Pourtant, malgré une dynamique favorable aux démocrates, le scrutin du Sénat semble loin d’être joué d’avance. Au 2 novembre, le modèle prédictif du Millénaire donne aux républicains 57,5 % de chances de contrôler le Sénat contre seulement 42,5 % aux démocrates. Comment expliquer ce décalage ?
Les démocrates ont l’avantage avec l’impopularité de Trump renforcée depuis la guerre en Iran
Malgré une popularité en berne depuis des mois, le taux d’approbation de Donald Trump s’est stabilisé autour de 40 % selon le dernier sondage de NBC News. L’explication tient à deux éléments. Ce n’est pas parce que Donald Trump est critiqué que les démocrates sont mécaniquement favorisés, seuls 29 % des électeurs ayant une opinion favorable de leur parti. Puis, le bilan du deuxième mandat de Trump n’est en réalité pas aussi mitigé qu’on l’entend. Toujours selon NBC News, le Parti républicain dispose d’un avantage sur les démocrates de 2 points sur la question de l’économie et d’un avantage de 11 points sur la gestion de l’immigration. Même sur la corruption, qui a pourtant été un thème central du discours démocrate lors de ces midterms, les républicains bénéficient d’un avantage de 5 points sur cette question.
Ces chiffres encourageants pour le GOP ne viennent toutefois pas masquer une réalité qui ternit le bilan du deuxième mandat de Donald Trump. Il s’agit d’une accumulation de promesses brisées qui désillusionne une partie de la coalition MAGA ayant porté Trump au pouvoir en 2024. En campagne, le 47e président des États-Unis promettait un gallon d’essence sous 2 dollars, sa moyenne nationale dépasse aujourd’hui les 4 dollars. Idem du côté de l’inflation, qui s’élevait à 3,0 % lorsque Trump est entré en fonction et qui atteint aujourd’hui 3,7 %. Puis, la décision de briser la sacro-sainte promesse de ne plus embourber l’Amérique dans des guerres au Moyen-Orient en attaquant l’Iran le 28 février 2026 aura renforcé une désillusion qui permet au Parti démocrate de concurrencer le GOP dans des États historiquement conservateurs comme le Kansas, qui n’a pas élu de sénateur démocrate depuis 1932.
Des sondages favorables aux démocrates mais qui se heurtent à la réalité
Les midterms de 2026 auront été marqués par une domination nette du Parti démocrate dans les sondages tout au long de la campagne. Au niveau national, les démocrates sont en avance d’au moins 8 points sur le generic ballot avec en prime un avantage inédit dans des États conservateurs comme au Texas, où James Talarico devance le républicain Ken Paxton de 7 points, ou dans le Kansas, où le démocrate Adam Hamilton devance Roger Marshall de 5 points selon le New York Times. Néanmoins, malgré ces sondages favorables aux démocrates, l’issue d’une « vague bleue » est encore incertaine et rien n’empêche une répétition du scénario des midterms de 2018. Les démocrates avaient remporté 41 sièges et pris le contrôle de la Chambre des représentants, mais au Sénat ce sont les républicains qui ont enregistré un gain net de 2 sièges, s’assurant ainsi d’une majorité.
En effet, le pari démocrate est ambitieux : pour remporter une majorité au Sénat, ils ont besoin d’un gain net de 4 sièges. Concrètement, cela veut dire que pour obtenir une majorité ils ont besoin de remporter le Michigan, le Minnesota, le New Hampshire, le Maine et la Caroline du Nord, et encore au moins deux États parmi le Texas, l’Iowa, l’Ohio, l’Alaska et le Nebraska, que Trump a gagnés de 11 à 21 points en 2024. Sachant que depuis 1990, ce n’est qu’à 5 occasions que le parti qui n’est pas au pouvoir a été en mesure de conquérir un État qui a voté pour le président par deux chiffres.
Pourquoi notre modèle décrit-il un scrutin sénatorial qui se joue dans un mouchoir de poche ?
Partant du principe que les sondages surestiment tendanciellement les démocrates, le modèle les afflige d’un malus de 2,4 points, ce qui correspond à l’erreur moyenne attendue à partir des données historiques. Les démocrates peuvent bien évidemment éviter cet écueil en investissant des candidats de qualité qui ont déjà remporté l’État, à l’instar de Jon Ossoff en Géorgie, qui bénéficie d’une avance de 15,6 points. Voilà un premier coup de rabot dans les écarts faramineux annoncés.
Certes, cette approche probabiliste fait encore la part belle aux sondages comme paramètre clé, c’est pourquoi le modèle prend en compte une couche supplémentaire : le vote anticipé. À partir des scrutins passés, il est possible de projeter des taux de participation par comté et par parti dans certains États qui reportent ces données. Cela suppose que les électeurs ne changent pas d’avis dans des proportions sismiques, une hypothèse probable pour un pays si polarisé, ce qui permet au modèle de jauger l’enthousiasme de chacune des bases partisanes. Ces derniers jours, les chances de James Talarico ont ainsi progressé au Texas, justement car les démocrates se déplacent plus en proportion qu’en 2024 ou 2022. À ce stade, les gouffres sondagiers ne sont plus infranchissables.
Les événements n’ayant que 40 % de probabilité sont loin d’être exceptionnels ; à vrai dire, ils se produisent même 40 % du temps.
Mais ces données conjoncturelles ne vaudraient rien sans l’architecture même du modèle. Le fondement de cette approche probabiliste demeure les fondamentaux de chaque État, les masses de granit que l’on appréhende le plus facilement. Les données démographiques forment alors un ensemble primaire auquel viennent se greffer les indicateurs macroéconomiques et la popularité du président en exercice. Les structures respectives des États en jeu n’étaient déjà pas favorables aux démocrates, mais l’embellie de la cote de confiance de Trump ainsi que la croissance de 3,4 % au troisième trimestre ont ainsi ajouté du plomb dans leurs ailes, sans que cela ne suffise à propulser les républicains vers les cieux. Les précipices des enquêtes d’opinion ne sont dès lors plus que des nids-de-poule.
Le contrôle du Sénat repose sur une poignée de courses particulières. Les sondages ne sont pas à honnir et le modèle repose largement dessus, mais le recul historique ainsi qu’une batterie d’autres facteurs invitent à la prudence. En conséquence, le modèle du Millénaire considère que le GOP a près de 60 % de chances d’échapper au pire. Les événements n’ayant que 40 % de probabilité sont loin d’être exceptionnels ; à vrai dire, ils se produisent même 40 % du temps.
Tribune publiée dans Atlantico le 3 novembre 2026. Lire sur atlantico.fr
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