Quel avenir pour la filière électronucléaire française ?

Note du Millénaire Écologie

12 propositions pour relancer la filière

Après une année 2022 où la France est devenue importatrice nette d’électricité, Clément Perrin et Gilbert Buonomo dressent l’état du parc nucléaire, mesurent les besoins à l’horizon 2050 et les obstacles industriels à une relance, et formulent douze propositions.

CP
Clément Perrin, Gilbert BuonomoDirecteur des études du Millénaire ; Analyste du Millénaire
13 novembre 2023
48 pages · lecture 6 min
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En bref

Le constat

Un parc vieillissant, une disponibilité tombée à 54 % en 2022 et des besoins électriques en forte hausse d’ici 2050.

La cause

Des décisions politiques contradictoires, trente ans sans construction, le poids des normes et les retards de Flamanville.

La conséquence

Douze propositions : s’engager pour les scénarios N2 et N03, construire 14 EPR et des SMR, former aux métiers sous tension et protéger la filière.

Principaux constats
0154 %de disponibilité du parc nucléaire en 2022, contre 73 % en moyenne sur 2015-2019.
0219,1 Md€le coût de l’EPR de Flamanville selon la Cour des comptes, contre 3,3 milliards prévus.
0316,5 TWhimportés en solde net en 2022, une première depuis 1980.
04750 TWhde consommation d’électricité en 2050 dans le scénario de réindustrialisation de RTE.
0537des 56 réacteurs en service ont été mis en chantier dans les années 1970.
0665 %des Français favorables à la construction de six nouveaux réacteurs.

Avant-propos

Le nucléaire civil émergea réellement en France post seconde guerre mondiale, avec dans un premier temps la naissance du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) en 1945, puis dans un second temps en 1952 avec le vote de l’Assemblée nationale en faveur de la construction de deux réacteurs nucléaires sur le site de Marcoule. Mais, c’est seulement en 1963 que le premier réacteur nucléaire d’EDF est opérationnel à Chinon.  L’objectif du Général De Gaulle était de donner une indépendance énergétique pour garantir la souveraineté de la France.

Quarante plus tard, la part de l’énergie nucléaire dans la production totale d’électricité en France atteint son apogée au début des années 2000 avec 78,5 % en 2005. Mais, l’accident nucléaire de Fukushima de 2011 ainsi que l’émergence de partis politiques et d’associations anti-nucléaire, et le manque de courage des acteurs politiques contemporains ont contribué à détériorer l’image de cette source d’énergie ces dernières années. Cependant, la guerre en Ukraine a remis sur le devant de la scène la nécessité d’être souverain en matière de production d’électricité.

Ainsi, ce document a pour ambition de mettre en évidence nos capacités et handicaps nationaux pour :

-être en mesure de fournir de l’électricité d’origine nucléaire de manière pérenne ;

-entretenir les centrales thermonucléaires existantes ;

-construire de nouvelles unités thermonucléaires de type EPR (European Pressurized Reactor) et/ou de petit réacteur modulaire.

État actuel du nucléaire en France

Un parc bâti en deux décennies. De la création du CEA en 1945 au premier réacteur d’EDF à Chinon en 1963, puis à la construction massive des années 1970 et 1980, le nucléaire a porté jusqu’à 78,5 % de la production d’électricité en 2005. EDF exploite aujourd’hui 56 réacteurs, dont 33 de 900 MW, 20 de 1 300 MW et 4 de 1 450 MW.

L’annus horribilis 2022. Corrosion sous contrainte et maintenance ont fait tomber la disponibilité du parc à 54 %, contre 73 % en moyenne sur 2015-2019. Avec 279 TWh, la production nucléaire recule de 30 % par rapport à la moyenne des vingt dernières années.

Flamanville, symbole des difficultés. En construction depuis décembre 2007, l’EPR devait coûter 3,3 milliards d’euros ; la Cour des comptes a évalué son coût à 19,1 milliards en juillet 2020.

16,5 TWh

importés en solde net en 2022 : pour la première fois depuis 1980, la France a été importatrice nette d’électricité.

Note du Millénaire, p13

Des décisions politiques contradictoires

La PPE et l’objectif de 50 %. La programmation pluriannuelle de l’énergie visait à ramener la part du nucléaire à 50 % à l’horizon 2035 et à fermer 14 réacteurs.

Fessenheim. La fermeture de ses deux réacteurs de 900 MW en 2020 a amputé le parc de 1 800 MW, une décision prise selon les auteurs sans véritable fondement scientifique.

L’ARENH. Ce dispositif, qui oblige EDF à vendre une partie de sa production à prix régulé, illustre pour les auteurs l’absence de vision stratège de l’État.

Quels besoins à l’horizon 2050 ?

Une consommation en hausse. Selon RTE, dans un scénario de réindustrialisation, la consommation d’électricité atteindrait 750 TWh en 2050, contre 459 TWh en 2022. Le parc a en moyenne 36 ans et la plupart des réacteurs ne pourront pas fonctionner au-delà de 60 ans.

Des scénarios contrastés. RTE compare trois scénarios 100 % renouvelables et trois scénarios mêlant renouvelables et nucléaire. L’écart de coût entre le scénario M23 et le scénario N2 est d’environ 10 milliards d’euros par an.

Proposition 1 : s’engager clairement en faveur des scénarios N2 et N03. Le scénario N03, le plus nucléarisé, prévoit 14 EPR et plusieurs petits réacteurs modulaires.

Proposition 2 : construire une filière française de production et de stockage d’hydrogène produit par le nucléaire. Recherche, investissements privés et réglementation favorable doivent l’accompagner.

La faisabilité d’une relance

Des limites industrielles. Les retards de Flamanville, liés notamment à la réparation des soudures, et le poids des normes pèsent sur la filière. Proposition 3 : relancer une commission d’enquête parlementaire sur l’EPR de Flamanville. Proposition 4 : simplifier les normes grâce aux nouvelles technologies comme l’impression 3D ou l’intelligence artificielle.

Trente ans sans construction. 37 des 56 réacteurs ont été mis en chantier dans les années 1970 et 18 dans les années 1980. Proposition 5 : construire 14 réacteurs EPR ainsi que plusieurs petits réacteurs d’appoint (SMR). Proposition 6 : lancer de nouvelles filières de formation pour les métiers sous tension (tuyauteurs, chaudronniers, soudeurs, échafaudeurs, contrôleurs de soudure).

Une concurrence internationale. En 2022, 57 réacteurs étaient en construction dans le monde, dont 18 en Chine. Proposition 7 : un mécanisme anti-OPA pour garantir notre souveraineté.

Pendant plus de trente ans, la France n’a plus lancé de nouvelles constructions.
Explorer les données

La filière nucléaire en chiffres

Réacteurs français en service par décennie de mise en chantier

1970-1979371980-1989181990-199912000-20190
Lecture

Le parc français a été construit presque entièrement en vingt ans, puis la construction s’est arrêtée.

Note du Millénaire, p16, p32, p35 et p40-41

Des raisons d’être optimiste à long terme

Une relance engagée. Le plan France 2030 et la loi d’accélération du nucléaire prévoient six nouveaux EPR, et la filière aura besoin de 100 000 recrutements en dix ans. Pour les auteurs, c’est insuffisant au regard des 14 EPR nécessaires.

Un soutien populaire croissant. 65 % des Français sont favorables à la construction de six nouveaux réacteurs selon l’Ifop, contre 51 % un an plus tôt. Proposition 8 : soutenir l’hydrogène produit à partir du nucléaire comme énergie verte. Proposition 9 : ne pas lâcher le nucléaire comme énergie verte, notamment pour les critères ESG. Proposition 10 : lancer une campagne de sensibilisation sur l’impact bas carbone du nucléaire.

L’uranium et les nouvelles technologies. Orano, qui détient 12 % du marché mondial de l’enrichissement, veut augmenter ses capacités d’un tiers pour 1,3 à 1,7 milliard d’euros. Proposition 11 : soutenir ce projet. Proposition 12 : une loi de programmation de la recherche sur les SMR, les réacteurs de quatrième génération et la fusion, pour reprendre la maîtrise française de ces programmes.

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Quel avenir pour la filière électronucléaire française ?

48 pages.

Citer cette note

Perrin C., Buonomo G., « Quel avenir pour la filière électronucléaire française ? », Note du Millénaire, 13 novembre 2023, lemillenaire.org.

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L’auteur

Clément Perrin et Gilbert Buonomo

Directeur des études du Millénaire ; Analyste du Millénaire.

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Crédit photo : Centrale Nucléaire Rhin Couler – Photo gratuite sur Pixabay – Pixabay de Pixabay

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