Protéger les entreprises stratégiques de la concurrence chinoise et américaine, un devoir national

Note du Millénaire Entreprises, travail, emploi

Entre la pression des États-Unis, la montée de la Chine et les nouvelles contraintes géopolitiques, les entreprises françaises affrontent une concurrence d’une intensité inédite. La note analyse ces dynamiques, les failles du modèle français et les pistes pour mieux protéger les entreprises stratégiques.

SP
Sarah PuglieseAnalyste au Millénaire
15 décembre 2025
17 pages · lecture 5 min
Écouter l’articleLecture audio du texte, environ 4 min
0:00 / 0:00
Couverture de la note : Protéger les entreprises stratégiques de la concurrence chinoise et américaine, un devoir national
En bref

Le constat

Les entreprises françaises, très internationalisées, font face à une concurrence et à des ingérences croissantes.

La cause

Extraterritorialité américaine, montée de la Chine, pressions russes, espionnage économique, fiscalité et complexité administrative.

La conséquence

Un risque de décrochage industriel et de délocalisation des investissements, qui appelle simplification, baisse de la fiscalité et soutien aux PME et ETI.

Principaux constats
0135 000entreprises françaises implantées à l’étranger, dans plus de 185 pays.
0212 %des PME françaises réalisent des ventes à l’export.
0385,1 Md€de prélèvements obligatoires versés par les grands groupes français.
04100 Md€par an au minimum, le coût de la complexité administrative selon l’IFRAP.
0569 codesen vigueur en France, contre moins de 20 en moyenne en Europe.
0620 Md$d’investissements annoncés aux États-Unis par Sanofi et CMA CGM.

Avant-propos

Les entreprises françaises affrontent aujourd’hui une concurrence internationale d’une intensité inédite. Entre la pression des États-Unis, la montée irrésistible de la Chine et les nouvelles contraintes géopolitiques, la France doit repenser ses stratégies économiques. 

Ce texte analyse ces dynamiques à partir des données économiques récentes, des tendances sectorielles et des réalités concrètes vécues par les grands groupes français. Parmi ces grands groupes, certains occupent une place si centrale dans l’économie et la souveraineté nationale qu’ils ne peuvent être considérés comme des entreprises ordinaires. Ce sont les entreprises stratégiques

Qu’appelle-t-on « entreprises stratégiques » ?

On désigne par ce terme les entreprises dont l’activité est essentielle à l’indépendance économique, énergétique, technologique ou militaire de la France. Elles appartiennent principalement à des secteurs sensibles : défense, énergie, télécommunications, cybersécurité, industrie pharmaceutique, aéronautique et spatial, infrastructures critiques et technologies de pointe.Ces secteurs déterminent directement la capacité du pays à protéger ses intérêts vitaux, à assurer sa sécurité et à affronter les rivalités géo-économiques contemporaines. L’analyse s’articule autour de trois enjeux majeurs : l’internationalisation des entreprises françaises, un atout majeur, la pression croissante exercée par les États-Unis, la Chine et la Russie. Enfin, nous examinerons les failles du modèle français et les pistes concrètes pour mieux protéger nos entreprises.

L’internationalisation des entreprises françaises : un atout sous pression

Un poids économique à l’étranger. Plus de 35 000 entreprises françaises sont implantées hors du territoire, dans plus de 185 pays selon la Direction générale du Trésor. Les secteurs industriels, agroalimentaires, pharmaceutiques et énergétiques représentent près des deux tiers de ces investissements.

Des champions mondiaux. LVMH domine le luxe, L’Oréal est présent dans 150 pays avec 35 marques, TotalEnergies dans 130 pays, Carrefour exploite plus de 12 000 magasins dans trente pays, et Airbus, Safran, ArianeGroup et Thales sont implantés en Europe, en Amérique du Nord et en Asie.

Une mondialisation en recomposition. La croissance de la production mondiale dépasse celle du commerce international, ce qui fragilise les modèles très dépendants des échanges. Les États-Unis s’appuient sur l’extraterritorialité juridique, la Chine sur la dépendance technologique et industrielle, la Russie sur la déstabilisation indirecte des secteurs énergétiques.

12 %

C’est la part des PME françaises qui réalisent des ventes à l’export, alors qu’elles constituent l’immense majorité du tissu productif national.

Note, p. 12, d’après Bpifrance Le Lab

Un environnement de plus en plus hostile

L’offensive américaine. Washington relève les droits de douane de 25 % sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium, et l’extraterritorialité du Foreign Corrupt Practices Act renforce le risque juridique. Les groupes français continuent pourtant d’investir aux États-Unis : Sanofi au moins 20 Md$ d’ici 2030, CMA CGM 20 Md$ en quatre ans, Stellantis 4,1 Md$, Schneider Electric 700 M$ d’ici 2027.

La montée de la Chine et la menace russe. La Chine s’impose dans les technologies, l’automobile, l’intelligence artificielle et la pharmacie, grâce aux subventions publiques et à une stratégie étatique. Depuis 2022, la Russie utilise l’énergie et les matières premières comme instruments de pression et menace de saisir des actifs d’entreprises étrangères.

Espionnage et pression technologique. Les entreprises signalent une hausse des tentatives d’espionnage industriel et des cyberattaques, dans la pharmacie, la tech, l’énergie et l’automobile, alors que les concurrents américains et chinois accélèrent leurs investissements dans l’intelligence artificielle, la robotique et les biotechnologies.

Les failles du modèle français

Des PME peu exportatrices. Seules 12 % des PME exportent. Le nombre d’exportateurs progresse toutefois de 6,2 % chez les PME et de 5,7 % chez les ETI, avec une hausse des exportations de biens de 15,9 %, mais le financement, la langue et l’accès aux réseaux internationaux demeurent des obstacles.

Fiscalité et complexité. Le niveau de charges et d’imposition est le plus élevé d’Europe selon la note. La Fondation IFRAP compte 69 codes en France contre moins de 20 en moyenne en Europe et estime le coût de la complexité administrative à au moins 100 Md€ par an.

Deux modèles. Un modèle planificateur, avec un État investisseur inspiré du Chips Act et de l’IRA américains ou de la Chine, et un modèle libéral fondé sur une fiscalité allégée et la simplification, comme au Royaume-Uni, en Irlande et à Singapour.

Explorer les données

Les entreprises françaises en chiffres

Prélèvements obligatoires des grands groupes français (en milliards d’euros)

Total des prélèvements85,1 Md€Coût du travail53,6 Md€Impôt sur les bénéfices12,4 Md€Prélèvements sur la production6,5 Md€
Lecture

Les grands groupes acquittent 85,1 Md€ de prélèvements, dont 53,6 Md€ liés au coût du travail.

Note, p. 8-9, 12, 14 : Bpifrance Le Lab, Team France Export, BFM Business
renforcer l’ouverture internationale des entreprises françaises et alléger les mesures fiscales n’est plus une option

Les solutions pour redynamiser les entreprises

La note propose de réduire l’impôt sur les sociétés pour les entreprises qui produisent et investissent en France, de supprimer des taxes comme la CVAE ou la CFE, de renforcer les crédits d’impôt pour l’innovation, la relocalisation et la transition écologique, et de simplifier profondément les démarches administratives.

Elle recommande aussi d’assouplir le droit du travail, de protéger les entreprises à l’étranger par des accords bilatéraux solides et une assurance publique contre les risques géopolitiques, d’investir dans la formation, d’attirer les talents par des avantages fiscaux et de mener une politique industrielle ambitieuse de relocalisation des secteurs stratégiques.

Conclusion

Les champions historiques montrent qu’un modèle fondé sur la qualité, l’innovation et la valeur culturelle peut rivaliser avec les géants américains et chinois. L’enjeu des prochaines années est d’accompagner les PME et ETI vers une présence mondiale plus affirmée, condition de la souveraineté économique.

Couverture du rapport
Le rapport complet

Protéger les entreprises stratégiques de la concurrence chinoise et américaine, un devoir national

17 pages.

Citer cette note

Pugliese S., « Protéger les entreprises stratégiques de la concurrence chinoise et américaine, un devoir national », Note du Millénaire, 15 décembre 2025, lemillenaire.org.

Feuilleter la note
L’auteur

Sarah Pugliese

Analyste au Millénaire.

Toutes ses publications
Presse

Demander une interview

Pour une interview de Sarah Pugliese sur cette note : presse@lemillenaire.org

Contacter le service presse
Soutenir nos travaux

Faire vivre nos études

Vos dons et vos adhésions financent les prochaines notes du Millénaire.

Nous soutenir   Adhérer

Recevoir les prochaines notes du Millénaire

À lire aussi

Toutes les études

Crédit photo : Busy day at the steelworks (Unsplash), de Rozetsky, via Wikimedia Commons, sous license CC0 1.0.

Add a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.