Pour un syndicalisme du XXIe siècle

Note du Millénaire Entreprises, travail, emploi

Repenser la représentation des travailleurs

La mobilisation contre la réforme des retraites a remis les syndicats sur le devant de la scène, sans masquer leur lent déclin. Le Millénaire analyse la crise du syndicalisme en France et dans l’OCDE et propose de le réformer, au niveau national comme dans chaque entreprise.

LM
Le MillénaireNote collective du Millénaire
5 mars 2023
20 pages · lecture 5 min
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En bref

Le constat

Des syndicats revenus au premier plan avec la réforme des retraites.

La cause

Un taux de syndicalisation divisé par trois depuis 1949 et des mobilisations qui s’organisent hors des syndicats.

La conséquence

Un syndicalisme de branche, de services et à adhésion obligatoire, plus transparent et mieux reconnu.

Principaux constats
0110 %de salariés syndiqués en France, contre 30 % en 1949.
027,9 %de syndiqués dans le privé en 2019, contre 18,4 % dans la fonction publique.
0317 %de salariés syndiqués en moyenne dans l’OCDE.
0492 %de salariés syndiqués en Islande.
0510 %des suffrages nécessaires pour désigner un délégué syndical.

Avant-propos

La réforme des retraites a remis sur le devant de la scène les syndicats français. Cependant, la forte mobilisation de ces dernières semaines, comparable à celle de 1995 ne doit pas masquer le lent déclin des syndicats en France et plus globalement dans le monde.

Il convient de rappeler un chiffre qui illustre parfaitement la tendance baissière du syndicalisme : on estime à 10 % le nombre de syndiqués en France alors que ce taux était de 30 % en 1949… Cette chute est paradoxale dans la mesure où, du fait de la mondialisation, de la compétitivité et de la croissance économique, les injustices dans le monde du travail n’ont jamais été aussi importantes. Les syndicats jouent pourtant un rôle crucial dans la défense des droits des travailleurs et dans la négociation des conditions de travail.

Pour expliquer cet effondrement, il est naturellement logique de procéder à un rapprochement avec la quasi-disparition du communisme (idéologie qui a littéralement portée le mouvement syndical), avec l’effondrement du secteur industriel (secteur historiquement très syndicalisé) ou encore avec le développement d’un individualisme forcené peu propice à des démarches collégiales, base de l’effet de levier syndical.

Nous allons, cependant, privilégier ici deux interprétations :
– L’incapacité des syndicats à se réformer les couperait de la majeure partie des salariés ou agents de la fonction publique qu’ils sont, pourtant, censés représenter. Coupés des réalités, dogmatiques… Dans une logique de marché empruntée à l’économie, on dirait qu’ils ne sont plus en phase avec les attentes de leurs « clients » ;

– L’affaiblissement de l’influence (d’aucun parleront de pouvoir de nuisance) des syndicats au sein de leurs branches professionnelles en général et des entreprises en particulier. Cet affaiblissement que l’on peut qualifier d’étatique dans la mesure où il découle des décisions politiques prises au cours des trente dernières années par les gouvernements successifs.

Pour répondre aux défis contemporains de mobilisation et de représentativité, il est nécessaire de repenser le syndicalisme en France et de trouver de nouvelles façons de mobiliser les travailleurs.

Le syndicalisme face au déclin

Un effondrement de l’adhésion. Environ 10 % des salariés sont syndiqués en France, contre 30 % en 1949 ; selon la DARES, le taux atteint 7,9 % dans le privé et 18,4 % dans la fonction publique en 2019.

Une tendance commune à l’OCDE. En moyenne, 17 % des salariés sont syndiqués, de 4,5 % en Estonie à quelque 65 % dans les pays nordiques et 92 % en Islande, où les syndicats gèrent l’accès à l’assurance chômage.

Des syndicats désavoués. Gilets jaunes, collectif de contrôleurs de la SNCF à Noël 2022, collectif de médecins généralistes : les mobilisations récentes se sont organisées hors des syndicats.

10 %

de salariés syndiqués en France aujourd’hui, contre 30 % en 1949.

Note du Millénaire, p2 et p5

Les enjeux contemporains du syndicalisme

Canaliser la contestation. Un syndicalisme pragmatique permet de donner un visage et un débouché aux revendications, là où la contestation devient incontrôlable.

Un contre-pouvoir dans l’entreprise. Face à des services RH qui se substituent aux représentants du personnel et à des entreprises au poids croissant, un contre-pouvoir interne est nécessaire.

Prévenir le prosélytisme religieux. Les auteurs appellent à éviter que certaines structures syndicales ne deviennent des canaux de prosélytisme en entreprise.

Explorer les données

Le syndicalisme en chiffres

Taux de syndicalisation (% des salariés)

Franceenviron 10 %Islande92 %Danemark, Finlande, Suèdequelque 65 %Moyenne OCDE17 %Estonie4,5 %
Lecture

Le taux a reculé dans la plupart des pays depuis trente ans.

Note du Millénaire, p2, p6 et p7
Le syndicalisme n’est pas mort mais il semble être en sursis

Réformer le syndicalisme français

A. Accompagner la transformation au niveau national.

1) Faire évoluer les mentalités. Faire de l’adhésion une composante naturelle de l’emploi, comme dans les pays nordiques.

2) Aller vers un syndicalisme unique par branche. Sur le modèle allemand, un syndicat par branche regroupé sous une confédération.

3) Transformer les syndicats en acteurs institutionnels. Les associer à la définition des conditions économiques et sociales.

4) Aller vers un syndicalisme de services. Assistance juridique, services financiers, aides sociales et loisirs.

5) Rendre obligatoire l’adhésion. Pour mettre fin au « free riding » et diversifier les ressources des syndicats.

6) Une transparence et une démocratie interne améliorées.

B. Accompagner la transformation dans chaque entité.

1) Redéfinir le lien entre les syndicats et les actifs. Présenter les syndicats aux nouveaux arrivants et élargir leurs attributions.

2) Redéfinir les règles du dialogue social au sein de l’entreprise. Passer d’une logique de moyens à une logique de résultats, avec un bonus-malus social.

3) La reconnaissance professionnelle et sociale des représentants du personnel. Un statut de syndicaliste et un plan de relance des carrières bloquées.

4) Se moderniser. Utiliser les outils numériques et nouer des partenariats à l’étranger.

Conclusion

Un outil encore indispensable. Le salaire minimum, la fin du travail des enfants ou les congés payés sont nés de l’action syndicale : pour rester utile, le syndicalisme doit renforcer sa représentativité, moderniser ses pratiques et gagner en transparence.

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Pour un syndicalisme du XXIe siècle

20 pages.

Citer cette note

Millénaire L., « Pour un syndicalisme du XXIe siècle », Note du Millénaire, 5 mars 2023, lemillenaire.org.

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