Une analyse des experts du pôle international du Millénaire sur les motivations politiques de l’intervention de Donald Trump au Vénézuéla aboutissant à la capture du Président Maduro.
Les Etats-Unis intervenant militairement dans le monde pour du pétrole ? L’histoire ne serait pas nouvelle. Seulement, dans une Amérique moins dépendante des hydrocarbures étrangers (87% de ses besoins sont couvert par sa production nationale de pétrole de schiste), les objectifs pourraient aussi être politiques en vue des Midterms.
En effet, l’éviction de Nicolás Maduro a ravivé un débat central dans la politique américaine : l’affirmation de la puissance à l’étranger renforce-t-elle ou affaiblit-elle le président Trump sur le plan domestique ? En tout cas, si l’épisode vénézuélien peut offrir un second souffle aux Républicains, les gains électoraux demeurent incertains.
Une popularité en berne un an après son élection
À quelques semaines du 20 janvier 2026, date anniversaire du retour de Trump au pouvoir, le bilan est mitigé. Une politique agressive à l’international, des droits de douane massifs, une offensive conservatrice sur le plan culturel et une gestion stricte de l’immigration ne semblent pas être la voie vers un âge d’or américain, mais plutôt un cocktail explosif annonçant une potentielle défaite aux midterms de novembre. Trump patine dans les sondages. Selon The Economist 39 % approuvent, 56 % désapprouvent et 4 % ne savent pas quoi penser de sa politique. C’est moins que son prédécesseur Joe Biden qui récoltait en janvier 2022 un taux d’approbation de 40 %. Si les midterms sont souvent difficiles pour le président en exercice, il s’agit d’une dure réalité pour celui qui a remporté tous les Etats-clés il y a un an et qui estime que Sleepy Joe incarne le pire président de tous les temps.
L’impopularité de Trump s’explique par sa gestion de l’économie qu’il ne parvient pas à faire décoller. Alors que l’inflation a miné le bilan économique de Joe Biden (3,0 % en 2024), elle demeure élevée sous Donald Trump (2,7% en 2025). Surtout, les prix de l’énergie, dont dépendent beaucoup d’Américains des classes moyennes et populaires, ont augmenté de 4,2% en 2025 contre 2,8% en 2024. Ainsi, ce retour de bâton pourrait s’avérer fatal pour les Républicains à moins d’un an des midterms. Ils en ont d’ailleurs déjà subi les frais en novembre dernier. Aux élections municipales de New York et de Miami où les démocrates Zohran Mamdani et Eileen Higgins ont remporté les élections haut la main. Très à gauche, Mamdani est le premier maire musulman qui a réussi à gagner en promettant de lutter contre la vie chère. Higgins a réussi l’exploit d’arracher Miami aux républicains qui tenaient la ville depuis 30 ans en promettant de rendre les logements abordables.
Les causes du décrochage de la base MAGA historique
Le cœur du malaise MAGA repose sur un sentiment de trahison. La campagne de 2024 s’articulait autour de messages clairs : America First, No More Wars, refus du nation building, et transparence radicale face à ce que Trump appelait “l’État profond”. Un an plus tard, une partie significative de ses plus fidèles soutiens estiment que ces engagements n’ont pas été respectés. L’opacité persistante autour du dossier Epstein, la pression inflationniste toujours palpable et l’absence de rupture nette avec l’interventionnisme nourrissent une défiance croissante. Le danger pour Trump n’est pas tant la mobilisation de ses adversaires que la démobilisation de ses propres électeurs qui l’accusent de trahison. Un désistement de poids est celui de Marjorie Taylor Greene qui a décidé de quitter son siège au Congrès américain sur fond de désaccord avec le président Trump.
La politique étrangère cristallise particulièrement les critiques. Trump avait promis la fin de l’engagement américain en Ukraine, une désescalade au Moyen-Orient et le rejet des conflits sans fin. Pourtant, fin 2025, aucune de ces promesses n’a été tenue. Pire, le président Trump parait impuissant pour renverser la vapeur. L’implication continue à Gaza, les frappes limitées contre l’Iran et désormais le Venezuela renforcent l’idée d’une dérive, voire pire : un enchaînement de promesses non tenues. Pour une frange de l’électorat MAGA, la question est directe : pourquoi investir énergie et ressources à l’étranger quand la frontière Sud, la dette publique et la réindustrialisation restent inachevées ? Pour beaucoup, le Venezuela ressemble davantage à une diversion qu’à une extension cohérente de la doctrine America First.
Le Venezuela, pour se refaire électoralement ?
Dans ce contexte, le président américain a pu ressentir le besoin de ramener une victoire à la maison afin de dynamiser sa base. Un tel coup de force contre l’une des pires dictatures d’Amérique latine aurait de quoi galvaniser l’électorat hispanique. Il faut ici rappeler que ceux-ci ne votent que depuis peu pour le Parti républicain et qu’il s’agit d’un électorat déterminant, notamment parce qu’il n’est plus acquis aux Démocrates. C’est là tout l’enseignement de la victoire de Trump en 2024 : la démographie n’est pas nécessairement du côté de la gauche. Selon le centre de recherche Edison, 46% des électeurs hispaniques ont voté pour Donald Trump en 2024 contre 32% en 2020, une percée spectaculaire de 14 points alors que la population hispanique américaine a près de doubler entre 2000 et 2024, passant de 35 à 68 millions. Ainsi, le renversement de Maduro est un gage à l’égard des diasporas Latino-Américaines qui gardent un souvenir amer des régimes socialistes, d’autant que les quelque 500 000 Vénézuéliens présents aux États-Unis ne manqueront pas de rappeler à leurs proches les apories du régime chaviste dont la répression a fait plus de 18 000 morts.
Mais cette opération électorale s’avère risquée car elle pourrait démobiliser une partie de la base dans un scrutin serré. Le cœur historique du mouvement MAGA s’est d’abord construit par rejet de l’interventionnisme et par promotion d’un certain isolationnisme, autant de principes aujourd’hui reniés par l’administration Trump. Surtout, certains élus américains sont très attachés au respect des prérogatives du Congrès, c’est pourquoi ils voient d’un mauvais œil cette opération unilatérale. Justement, le Sénateur Rand Paul a fait savoir son opposition ferme aux méthodes employées par le Département de la Défense, allant même jusqu’à suggérer qu’il pourrait faire cavalier seul aux prochaines élections et inciter d’autres candidats à faire de même alors que le GOP ne peut se permettre de diviser ses voix. Si cela ne rapportera pas de voix aux Démocrates, le risque d’une démobilisation est à prendre en compte.
L’équation électorale de 2026 est une des clés de compréhension de l’action du président Trump. Si ce dernier perd le Congrès, il ne pourra plus gouverner efficacement et sera dans la même situation que Barack Obama à partir de 2014, impuissant. Dans ces circonstances, cela signera la fin de son 2e mandat et donc du trumpisme alors que le président ne peut plus se représenter après 2028.
Pierre Clairé, Directeur adjoint des études du think-tank gaulliste et indépendant Le Millénaire, spécialiste des questions internationales et européennes
Sean Scull est chargé d’études États-Unis du Millénaire et auteur de “le Populisme, symptôme d’une crise de la démocratie, comment le néolibéralisme a triomphé en France et en Suède” aux éditions L’Harmattan.
Augustin Bataille, analyste du Millénaire
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Crédit photo : US-Präsident Trump: « Kuba war immer sehr abhängig von Venezuela, de Reuters, via Heute, sous licence CC BY 4.0.

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