L’intelligence artificielle au service de la France

Note du Millénaire Économie et Finances

Nos propositions pour se démarquer

L’intelligence artificielle pourrait générer 13 000 milliards de dollars d’activité économique mondiale supplémentaire d’ici 2030. Bastien Enjalbert en explique le fonctionnement et les marchés, mesure le retard français et européen et formule dix propositions pour faire de la France une troisième voie entre la Chine et les États-Unis.

BE
Bastien EnjalbertAnalyste du Millénaire
20 décembre 2023
35 pages · lecture 8 min
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En bref

Le constat

Une quatrième révolution industrielle portée par l’IA, dominée par les États-Unis et la Chine.

La cause

Un retard français et européen sur le matériel comme sur le logiciel, et des investissements dérisoires face aux géants américains.

La conséquence

Dix propositions en trois axes : libérer les énergies, soutenir la recherche et mettre l’IA au service du bien commun.

Principaux constats
0113 000 Md$d’activité économique mondiale supplémentaire d’ici 2030.
02400 Md$de revenus liés à l’IA attendus en 2027, contre 86,9 milliards en 2022.
03x25la vitesse de la carte Nvidia H100 par rapport à la génération précédente.
0440 000 $le prix unitaire d’une carte H100.
0540 %des applications d’entreprise complétées par un chatbot d’ici 2024.
062/3des utilisateurs de ChatGPT ont entre 18 et 34 ans.

Avant-propos

Les révolutions industrielles ont favorisé l’innovation et la croissance économique. La première, grâce à la machine à vapeur, a créé une économie industrielle prospère. La deuxième, avec l’électricité et la production en série, a stimulé la croissance et le développement social. La troisième, basée sur l’informatique et l’automatisation, a boosté l’innovation et la productivité. Maintenant, la quatrième révolution est en cours, caractérisée par la numérisation, l’intelligence artificielle et les technologies disruptives. Ces avancées créent des opportunités pour les entrepreneurs et renforcent la compétitivité économique. Les révolutions industrielles ont transformé le monde et continuent de façonner notre avenir, offrant de nouvelles perspectives pour une économie dynamique et prospère.

Le gouvernement chinois a lancé l’initiative « Made in China 2025 », visant à transformer le pays en leader mondial de l’IA d’ici 2030. D’un autre côté, les États-Unis, par le biais des entreprises telles que Google, Microsoft, Amazon, Facebook ou Apple ont été à l’avant-garde de la recherche et du développement de l’IA. La France doit pouvoir jouer sur plusieurs leviers afin de capitaliser sur nos atouts et constituer une « Troisième voie » entre l’autoritarisme chinois et l’approche jusqu’au-boutiste américaine.

La reprise de politiques protectionnistes à travers le monde doit nous convaincre que les efforts à venir devront porter sur la croissance interne et non plus sur le commerce. L’intelligence artificielle devrait être un vecteur de croissance disruptif à l’échelle du globe et pourrait augmenter l’activité économique mondiale de 13 000Mds de dollars d’ici 2030. Par disruptif, on signifie que des bouleversements forts dans nos sociétés apparaitront (assistant personnel, décisions assistées par IA, metaverse et réalité augmentée, …) notamment sur le marché de l’emploi qualifié qui sera lourdement impacté.

La France doit se saisir de cette opportunité au plus tôt afin de tirer parti de cette manne de croissance potentielle. A défaut d’avoir un plan fort dans l’IA, les externalités négatives des leaders pourraient avoir d’importantes répercussions dans notre pays. Les enjeux sont multiples :

  • Éthique : souveraineté et protection des données privées
  • Investissement : accompagner les entreprises et entrepreneurs 
  • Apprentissage : des cursus dédiés à l’université et études supérieures
  • Règlementation : une règlementation permettant de se démarquer des autres puissances

L’État se doit d’être le garant du long terme, capable d’apprécier les évolutions sur plusieurs décennies. Cette course au progrès technologique se gagnera sur la durée et doit nous permettre de relever les défis contemporains, d’assurer la prospérité du continent et de développer un modèle singulier qui rétablira notre identité française.

En faisant émerger une véritable vision française de l’intelligence artificielle, adossée à des moyens humains et financiers et à un environnement institutionnel favorable, la France pourra à nouveau se projeter vers l’avenir, et pourra à la fois retenir ses meilleurs cerveaux et en attirer de l’étranger en leur offrant les moyens de transformer les révolutions technologiques qu’ils imaginent en des réalités. Remporter ce match nous conférera des avantages économiques, politiques et militaires. Cette course au progrès doit nous permettre de répondre aux défis, d’assurer la prospérité du continent et de faire émerger un modèle singulier pour restaurer notre fierté d’être français.

L’intelligence artificielle bouleversera beaucoup de domaines, en commençant par l’emploi qui devra être réorganisé pour pouvoir en tirer parti sans causer des dommages dans notre industrie et secteur tertiaire.

Les changements structurels liés à l’IA seront une nouvelle source de production de richesse comme a pu être le charbon lors de la révolution industrielle. La France doit être en mesure de répondre aux différents enjeux et rapidement, sans quoi elle risque de “rater le train”.

Bien que les investissements commencent à être important dans les start-ups françaises du domaine (Mistral AI, Poolside, …), les montants restent dérisoires par rapport aux annonces de Microsoft (10Mds investis dans OpenAI) ou Amazon (4Mds dans Anthropic).

Schumpeter disait : « le nouveau ne sort pas de l’ancien, mais à côté de l’ancien, lui fait concurrence jusqu’à le nuire ». La France doit être acteur et adopter une démarche entrepreneuriale.

Une révolution technologique en expansion

Des bases mathématiques anciennes. De Turing et McCarthy à l’apprentissage automatique des années 1980 et 1990, puis à l’apprentissage profond et aux Transformers introduits en 2017, l’IA progresse grâce à la puissance de calcul et à la disponibilité des données.

Des usages déjà quotidiens. Vision par ordinateur, traitement du langage naturel, médecine, finance, industrie : l’IA s’est inscrite dans de nombreux secteurs.

Des limites à connaître. L’IA peut servir à des campagnes de désinformation, ses prédictions dépendent de données antérieures, et les filtres appliqués par les fournisseurs, comme ceux d’OpenAI sur ChatGPT, restent opaques pour l’utilisateur.

Un marché en pleine expansion

La course au silicium. Le matériel dédié est dominé par Nvidia, dont la carte H100, jusqu’à 25 fois plus rapide que la précédente, coûte 40 000 dollars l’unité. Selon Gartner, ce marché devrait passer de 44 milliards de dollars en 2022 à 86 milliards en 2026.

Des revenus qui explosent. Les revenus liés à l’IA atteignaient 86,9 milliards de dollars en 2022 et pourraient dépasser 400 milliards en 2027.

13 000 Md$

d’activité économique mondiale supplémentaire que pourrait générer l’intelligence artificielle d’ici 2030, soit un PIB cumulé supérieur d’environ 16 %.

Note du Millénaire, p2 et p17

Une nouvelle compétence à conquérir

Un enjeu d’usage. Les 18-34 ans représentent près des deux tiers des utilisateurs de ChatGPT en 2023. Comprendre les limites de l’IA devient une compétence, et l’auteur appelle à une stratégie d’accès à l’IA pour tous.

Un enjeu de conception et de souveraineté. Sans alternative française fiable, nous dépendrions de modèles étrangers dont les filtres ne sont pas publics.

L’emploi qualifié en première ligne. À la différence des ruptures précédentes, l’IA générative touchera les métiers qualifiés. Selon Gartner, 40 % des applications d’entreprise seront complétées par un chatbot d’ici 2024, contre moins de 5 % en 2020.

Les défis matériels et logiciels de la France et de l’Europe

Un retard sur le matériel. Le marché est oligopolistique et américain. L’entraînement d’un modèle comme GPT-3 coûterait entre 2 et 12 millions de dollars, et son exploitation plus de 30 000 cartes Nvidia A100, soit environ 800 millions de dollars d’investissement.

Un retard sur le logiciel. Les frameworks les plus utilisés sont ceux de Google et de Meta. Les montants investis dans les start-up françaises restent dérisoires face aux 10 milliards de Microsoft dans OpenAI ou aux 4 milliards d’Amazon dans Anthropic.

nous ne devons pas être tributaires d’entreprises américaines ou chinoises pour nos infrastructures technologiques stratégiques
Explorer les données

L’intelligence artificielle en chiffres

Revenus mondiaux liés à l’IA (Md$)

2027 (projection)plus de 400202286,9
Lecture

Les revenus liés à l’IA pourraient être multipliés par plus de quatre en cinq ans.

Note du Millénaire, p16-17, p22 et p33

Axe 1 : libérer les énergies et renforcer nos atouts

Proposition 1 : cadre réglementaire et éthique, une réforme de l’AI Act ? Une réforme axée sur la liberté de création et le financement, s’appuyant sur les bacs à sable réglementaires.

Proposition 2 : s’adapter et acquérir rapidement les prérequis technologiques. Aider les acteurs français du cloud, comme OVHCloud ou Scaleway, par un crédit d’impôt, et mobiliser le CII et le CIR.

Proposition 3 : miser sur l’open source pour appuyer notre domination sur l’espace public international. Une nouvelle forme de soft power, à l’image de Mistral AI.

Proposition 4 : libérer les énergies des acteurs de la filière en adossant à la stratégie IA une politique industrielle et tertiaire cohérente. L’État doit accompagner les entreprises dans l’implémentation de modèles d’IA.

Proposition 5 : faire de Paris la place européenne pour les sièges européens des sociétés spécialisées dans l’IA. Incitations fiscales, simplification et écosystème collaboratif.

Axes 2 et 3 : soutenir la recherche et mettre l’IA au service du bien commun

Soutenir la recherche et l’innovation. Proposition 6 : renforcer les filières universitaires et scientifiques dans le domaine de l’IA. Proposition 7 : faire une loi de programmation dédiée à la recherche en IA. Proposition 8 : s’inspirer de la DARPA pour faciliter les financements publics et privés, avec un budget confié au Commissariat au Plan.

Une IA au service du bien commun. Proposition 9 : protéger fermement la propriété intellectuelle avec la mise en place d’une identité numérique. Proposition 10 : une IA au service de l’administration et des administrés.

Conclusion. L’IA sera une nouvelle source de richesse comparable au charbon lors de la révolution industrielle : la France doit répondre rapidement à ces enjeux pour ne pas rater le train.

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L’intelligence artificielle au service de la France

35 pages.

Citer cette note

Enjalbert B., « L’intelligence artificielle au service de la France », Note du Millénaire, 20 décembre 2023, lemillenaire.org.

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L’auteur

Bastien Enjalbert

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Crédit photo : IA via Wikimedia Commons sous licence CCO 1.0 DEED

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