Ce que révèle l’enquête PISA sur l’école française
Septième puissance économique mondiale, la France n’est que 23e au classement PISA publié en décembre 2023. Willy Faivre explique ce que mesure l’enquête, analyse le recul historique des élèves français en mathématiques et tire les enseignements de ces résultats.
Le constat
Une enquête PISA menée en 2022 sur 81 pays, avec les mathématiques pour dominante.
La cause
Une France 23e, en recul de 21 points en mathématiques depuis 2018, avec de fortes inégalités sociales et territoriales.
La conséquence
Un choc de réalité sur le modèle allemand de 2000 et une politique éducative ambitieuse, au-delà des mesures annoncées.
Avant-propos
La France est la 7ème puissance économique mondiale. Seulement, elle n’est que la 23ème puissance éducative selon le dernier classement PISA paru en décembre 2023. Pourtant, avec 14 % de son PIB sur l’éducation en 2022, la France ne dépense pas moins que ses voisins européens pour son système éducatif. Les problématiques du système éducatif français sont à chercher ailleurs tant d’un point de vue matériel (organisation du système, conditions matérielles d’acquisition des savoirs fondamentaux, etc.) qu’immatériel (attractivité du métier d’enseignant, pédagogisme, etc.). Il s’agit d’un drame absolu pour la France car on observe une stricte corrélation entre l’apogée des grands empires et des grandes nations et l’efficacité de leur système éducatif.
Le recul de la France dans les classements internationaux, comme le classement PISA, constitue une preuve de notre déclin éducatif. C’est en 2000 que la première enquête PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves ou Programme for International Student Assessment) a été mise en œuvre simultanément dans plusieurs pays, notamment les membres de l’OCDE. Le « PISA » est une enquête mondialisée sur les compétences globales des jeunes. Depuis, cette enquête est reconduite tous les trois ans pour évaluer les compétences des élèves de 15 ans dans les champs de la compréhension de l’écrit, de la culture mathématique et de la logique scientifique. Cette année, de nouveaux États ont participé à l’enquête, permettant d’étendre encore les comparaisons, parmi lesquels figurent le Cambodge, le Guatemala, le Salvador, la Jamaïque, la Mongolie, le Paraguay et l’Ouzbékistan. En 2000, la France était autour de la 10ème place du classement PISA dans toutes les disciplines. Or, elle ne pointe désormais qu’à la 23ème place. Autre preuve de notre déclin, l’intégration de 20 000 élèves ukrainiens depuis l’invasion russe avait déjà sonné l’alerte sur plusieurs disciplines comme les mathématiques, où les élèves ukrainiens avaient en moyenne près d’un an d’avance sur les élèves français.
Surtout, notre système éducatif en déclin doit affronter deux tendances récentes. D’une part, la diminution du temps d’attention disponible des élèves de la Génération Z mesurée par les enseignants lors des cours, en lien avec la culture des réseaux sociaux. Il est de plus en plus difficile de faire cours pendant une heure en captant l’attention pleine et entière des élèves. D’autre part, la diminution du goût de l’effort dans la société depuis la crise sanitaire. La sédentarité induite par les confinements s’est accompagnée pour les élèves d’une facilité à obtenir des résultats en travaillant moins, même s’il est à noter que la France a moins fermé ses écoles que le reste des pays européens. Seulement, ces deux points (diminution du temps d’attention et du goût de l’effort) sont les clés pour l’apprentissage des savoirs fondamentaux. En effet, l’apprentissage suppose à la fois de l’attention et de la concentration dans un temps long ainsi qu’un effort à fournir pour intégrer le socle de connaissances minimal requis pour être un citoyen éclairé et ainsi contribuer à la vie démocratique et républicaine. Pour cela, il est nécessaire de procéder à un choc de réalité sur nos résultats éducatifs sur le modèle de l’Allemagne en 2000. A ce titre, la récente publication des résultats de l’enquête PISA menée l’année dernière montre le niveau inquiétant des jeunes français. Il convient dès lors de porter une grande attention non seulement sur les leçons à tirer de cette nouvelle édition PISA mais surtout de faire preuve de volontarisme quant aux mesures à prendre pour corriger la situation.
À quoi sert le classement PISA ?
Une enquête stable depuis 2000. Tous les trois ans, PISA évalue les élèves de 15 ans en compréhension de l’écrit, en culture mathématique et en culture scientifique. En 2022, la dominante était les mathématiques, soit 70 % des questions.
Une triple légitimité. Internationale, avec l’arrivée de nouveaux pays à chaque édition ; politique, comme l’a montré l’Allemagne qui a réformé son système éducatif après le choc de 2000 ; technique, chaque pays proposant ses experts et révisant la méthodologie au sein du comité directeur.
Un enjeu de puissance. Former des citoyens éclairés et gagner la guerre des cerveaux : l’enquête devient un indicateur de la capacité d’un pays à occuper une place de premier plan.
Les résultats de l’enquête 2023
Une 23e place. Septième puissance économique mondiale, la France n’est que 23e sur 81 pays évalués. Elle était autour de la 10e place en 2000 dans toutes les disciplines. En 2022, 7 000 élèves français de 282 établissements ont passé les tests.
Un effondrement en mathématiques. Avec 474 points, la France perd 21 points par rapport à 2018, son plus bas niveau depuis 2000. En compréhension de l’écrit, elle recule de 19 points. Selon l’auteur, en 25 ans, les élèves ont perdu l’équivalent d’une année de niveau.
Des écarts sociaux marqués. Les élèves de voie professionnelle obtiennent en mathématiques des résultats inférieurs de 90 points à ceux de la voie générale et technologique, contre 59 points en moyenne dans l’OCDE. Dans l’enquête TIMSS de 2019, seuls 2 % des élèves français de quatrième atteignaient un niveau avancé en mathématiques, contre 50 % à Singapour, en Corée du Sud et à Taïwan.
Une dépense qui a doublé. L’État dépensait 4 420 euros par élève en 1980, contre 8 920 euros en 2022.
en mathématiques pour les élèves français par rapport à 2018, la mesure la plus basse enregistrée depuis 2000.
Quels enseignements pour la France ?
Un effondrement dans l’éducation prioritaire. En français, 38,6 % des élèves de REP+ et 27,2 % des élèves de REP se situent dans le groupe de performance le plus faible, contre 14,2 % dans le public hors éducation prioritaire.
Une insécurité ressentie en hausse. 9 % des élèves français déclarent être fréquemment victimes de violence dans leur établissement, contre 8 % dans l’OCDE. La proportion d’élèves ayant subi des violences atteint 33 % dans les communes rurales de moins de 3 000 habitants, contre 19 % dans les villes de plus de 10 000 habitants.
Un lien élève-enseignant distendu. Les élèves qui se sentent soutenus par leurs professeurs réussissent mieux. En 2022, 67 % des enseignants demandaient plus de recrutements et de formations, contre 17 % en 2018.
en 25 ans, les élèves français ont perdu l’équivalent d’une année de niveau scolaire
PISA 2023 en chiffres
Scores en mathématiques, PISA 2023
La France se situe à peine au-dessus de la moyenne de l’OCDE, loin des pays asiatiques et de l’Estonie.
Élèves dans le groupe le plus faible en français (%)
Les difficultés sont près de trois fois plus fréquentes en REP+ que hors éducation prioritaire.
Élèves ayant subi des violences scolaires dans l’année (%)
Les élèves ruraux et défavorisés sont les plus exposés aux violences scolaires.
Dépense de l’État par élève (€)
La dépense par élève a doublé, sans enrayer le déclin des résultats.
Conclusion : un choc éducatif encore à venir
Des mesures annoncées. Après la publication des résultats, le ministre de l’Éducation nationale a annoncé des groupes de niveau, le rétablissement du redoublement, le brevet comme condition d’accès au lycée, de nouveaux programmes dans le primaire et la méthode de Singapour dès le CE1.
Un scepticisme de l’auteur. Les élèves testés en 2022 ont suivi leur scolarité sous les dispositifs antérieurs. Selon la note, nouveaux programmes et recours à l’IA créeront difficilement le choc attendu : seule une politique ambitieuse, dotée de moyens adaptés et d’objectifs clairs, relèvera le défi.
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Willy Faivre
Expert des questions éducatives du Millénaire.
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