Comment les électeurs de droite ont-ils quitté Les Républicains ? Comment les faire revenir ?
Affaiblie électoralement depuis 2017, la droite de gouvernement reste un acteur clé de la recomposition politique, coincée entre le bloc central et la droite nationale. La note étudie les causes de l’érosion de l’électorat LR et trace quatre chemins pour que son futur président le ramène à la maison.
Le constat
LR passe de 20,01 % avec François Fillon en 2017 à 4,78 % avec Valérie Pécresse en 2022.
La cause
Deux départs successifs : vers Emmanuel Macron, puis vers la droite nationale, dans un paysage tripartite.
La conséquence
Un parti pivot mais sans ligne claire : supplétif, siphonneur du RN, attrape-tout ou effondrement.
Avant-propos
Le 17 mai 2025, lors d’un congrès exceptionnel, Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur et Laurent Wauquiez, président du groupe LR à l’Assemblée nationale s’affronteront pour prendre la tête d’un parti Les Républicains (LR) à la croisée des chemins.
Affaiblie électoralement depuis 2017, passant de 20 % avec François Fillon à moins de 5 % avec Valérie Pécresse en 2022, la droite de gouvernement n’en demeure pas moins devenue un acteur clé de la recomposition politique française. Minoritaire en voix, la droite parlementaire est centrale en influence, notamment grâce à la maîtrise du Sénat et le groupe pivot à l’Assemblée nationale. En témoignent les élections législatives de 2024, où l’alliance nouée par Éric Ciotti, pourtant marginalisé au sein de LR, avec le RN a permis à ce dernier de conquérir 50 députés supplémentaires, hissant ainsi le bloc national au rang de première force de l’Assemblée avec 143 sièges. À l’opposé, la participation d’une partie des députés LR au Gouvernement, dans le cadre du « socle commun », a permis à François Bayrou et à Emmanuel Macron de préserver le bloc central au pouvoir, évitant ainsi une bascule vers un Gouvernement « Nouveau Front Populaire ». Ainsi, l’on voit bien que pour les centristes comme pour les lepénistes, la situation et les choix de LR ont des incidences majeures.
Dans ce paysage polarisé autour de trois blocs irréconciliables, LR apparaît comme un parti pivot, mais aussi coincé entre les offres de la droite nationale et celle d’Emmanuel Macron qui n’est plus la même qu’en 2017. Cette situation s’explique par l’importance de l’électorat de François Fillon de 2017, puisque depuis 15 points ont été attirés par d’autres offres politiques. En effet, une partie s’est tournée vers le Marine Le Pen et Éric Zemmour, tandis qu’une autre s’est arrimée à Emmanuel Macron.
À l’approche de l’échéance présidentielle de 2027, qui se déroulera sans Emmanuel Macron et probablement sans Marine Le Pen, la droite doit relever un défi historique : reconstruire une offre politique capable de rassembler ces électeurs dispersés et redevenir la maison commune de la droite française. C’est à cet enjeu que ce rapport entend répondre, en étudiant les causes de l’érosion de l’électorat LR depuis 2017 et en traçant les axes possibles pour que son futur président puisse renouer avec un électorat orphelin et tiraillé entre les deux offres concurrentes.
Le parti LR est à la croisée des chemins : il existe 4 chemins différents qu’il peut emprunter : devenir un parti supplétif du bloc central (1), remplacer le RN en siphonnant son électorat (2), devenir un parti « attrape tout »(3) ou … maintenir la ligne actuelle et s’effondrer (4).
2025-03-24 19-25-29 BRetailleau-Belfort, Thomas Bresson, via Wikimedia Commons, sous licence CC BY 4.0.
2022-04-06 20-58-55 meeting-LR-Belfort 02, Thomas Bresson, via Wikimedia Commons, sous licence CC BY 4.0.
Du bipartisme à la tripartition
Un bipartisme institutionnel. Le scrutin majoritaire à deux tours et l’élection du président au suffrage universel direct, instaurée en 1962, polarisent la vie politique autour de deux blocs, la droite gaulliste puis libérale-conservatrice et la gauche socialiste. En 1965, le général de Gaulle l’emporte avec 55,2 % contre 44,8 % ; de 1974 à 1995, aucun candidat hors de ces blocs ne dépasse 20 % au premier tour.
L’irruption du RN. Le Front national passe de 16,86 % en 2002 à 23,15 % en 2022 pour Marine Le Pen, puis 31,37 % aux européennes de 2024 et 33,4 % au premier tour des législatives de 2024, avec 125 députés, 143 avec ses alliés. Son électorat, d’abord masculin et ouvrier, est devenu transversal : en 2022, 36 % des ouvriers, 36 % des employés, 24 % des 18-24 ans, et 48 % de femmes.
Une superposition des clivages. Le clivage gauche-droite reste structuré par la religion et le statut socio-économique, auquel s’ajoutent des valeurs culturelles (Union européenne, autorité, diversité, écologie). Ce modèle à deux axes explique la quadripartition de 2017 et la volatilité des électorats.
Trois blocs en 2024. Le Nouveau Front populaire obtient 182 sièges, Ensemble 168 et le RN 143. Les Républicains ne comptent que 45 sièges et jouent un rôle d’appoint : 53 % de leurs votes ont suivi la majorité entre juin et octobre 2022, contre 22 à 23 % pour le RN.
pour Valérie Pécresse en 2022, contre 20,01 % pour François Fillon en 2017, sous le seuil de 5 % de remboursement des frais de campagne.
La droite de gouvernement et le RN en chiffres
Score de la droite de gouvernement au premier tour (en %)
La droite de gouvernement passe de 20,01 % en 2017 à 4,78 % en 2022.
Score du FN puis du RN au premier tour (en %)
Le lepénisme progresse de 16,86 % en 2002 à 23,15 % en 2022.
Députés du RN à l’Assemblée nationale
Le RN passe de 89 à 125 députés, 143 avec ses alliés.
Résultats aux européennes de 2024 (en %)
La liste RN dépasse 31 % contre 7,25 % pour LR.
Cote de confiance chez les sympathisants LR (en %)
Chez les sympathisants LR, Édouard Philippe est à 71 %, Gabriel Attal à 57 %, Laurent Wauquiez à 52 %, Emmanuel Macron à 50 %, Jordan Bardella à 46 % et Marine Le Pen à 41 %.
Une sociologie de droite bousculée
Un vote aisé et âgé. En 1965, 57 % des plus de 60 ans votent pour de Gaulle contre 41 % des moins de 35 ans. Sécularisation, individualisme patrimonial et question identitaire fissurent ce bloc. En 2019, LR ne recueille que 11 % des 65 ans et plus, contre 22 % pour le RN ; aux législatives de 2024, 29 % des retraités votent RN, 21 % LR et 18 % Renaissance.
Un décrochage populaire. En 2012, un tiers des ouvriers choisissent Marine Le Pen. Chez les ménages de plus de 3 000 euros nets par mois, le RN passe de 15 % en 2022 à 32 % en 2024. En 2024, 26 % des agriculteurs déclarent voter RN, contre 8 % pour LR.
Des territoires qui basculent. Villes moyennes, campagnes et périurbain, où les services publics reculent, alimentent un sentiment de déclassement que le RN capte, même si certains territoires comme l’Ariège ou les Cévennes résistent.
Le bipartisme est mort, la tripartition s’est imposée, plaçant la droite traditionnelle dans un étau.
Comment les électeurs de droite sont partis depuis 2017
Un premier départ vers Emmanuel Macron. En 2017, ses électeurs de droite et de très à droite ne pèsent que 15 % ; en 2022, la droite (16 %) et le centre-droit (45 %) forment 61 % de son socle. La note explique ce glissement par une convergence programmatique sur l’économie, le rôle de « parti de l’ordre » depuis 2019 et le vote utile de 2022.
Un second départ vers la droite nationale. Dès 2017, 20 à 25 % des électeurs de François Fillon se reportent sur Marine Le Pen au second tour. Éric Zemmour obtient 7,1 % en 2022 et 74 % de ses électeurs votent ensuite pour elle. Jordan Bardella, avec une stratégie de « droitisation respectable », capte 21 % des électeurs de Valérie Pécresse de 2022.
Un réservoir toujours là. Malgré 7,25 % aux européennes de 2024, 27 % des Français se placent à droite selon le CEVIPOF : l’électorat existe, il s’est dispersé vers Renaissance, le RN et Reconquête.
Quatre chemins pour LR
Chemin n°1 : devenir un parti supplétif du bloc central. 45 % des fidèles de François Fillon ont voté Emmanuel Macron au second tour de 2017. Mais la compétition avec les héritiers du macronisme est féroce, le risque de dilution idéologique réel (l’alliance présidentielle passe de près de 26 % à moins de 22 % aux législatives) et la légitimité sur cet électorat faible.
Chemin n°2 : remplacer le RN, sur le modèle de Nicolas Sarkozy en 2007. 42 % des électeurs LR de 2017 ont voté RN ou Reconquête en 2024, contre 18 % pour Renaissance, et 102 circonscriptions de droite traditionnelle ont basculé RN. Atouts : une dynamique dans les intentions de vote (12 à 13 % aux législatives) et une crédibilité économique. Faiblesses : l’effet repoussoir sur les cadres supérieurs et les seniors franciliens, et une marque associée au centre-droit.
Chemin n°3 : devenir un parti « attrape tout ». Près de 40 % des Français se disent de droite et 32 % au centre. Il faudrait une offre autonome, sur de nouveaux thèmes (impuissance publique, identité française, attractivité du pays), et démontrer l’utilité du vote LR.
Chemin n°4 : maintenir la ligne actuelle. C’est, selon la note, le pire chemin : la droite a perdu 75 % de son électorat entre 2017 et 2022 à la présidentielle, et près de 66 % aux législatives entre 2017 et 2024. La note conclut que le futur président de LR devra recomposer un espace autonome pour récupérer un électorat éparpillé.
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Matthieu Hocque et Pierre Claire
Directeur adjoint des Études du Millénaire ; Directeur adjoint des Études du Millénaire.
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