Vers une redéfinition du rôle de la France et de l’Europe dans l’Alliance ?
La guerre en Ukraine et le retour de Donald Trump obligent la France à requestionner sa place dans l’OTAN. La note retrace l’histoire de l’Alliance et de la défense européenne, analyse les effets d’une présidence Trump et plaide pour un pilier européen de défense et des dépenses militaires portées à 3 ou 4 % du PIB.
Le constat
Les États-Unis assument environ 66 % des dépenses de défense de l’OTAN et Donald Trump conditionne sa solidarité à l’effort des alliés.
La cause
Une Europe qui s’est réfugiée derrière le bouclier américain et a sous-investi dans sa défense.
La conséquence
Un pilier européen de défense, des dépenses françaises portées à 3 ou 4 % du PIB et une autonomie stratégique accrue.
Avant-propos
Le conflit entre la Russie et l’Ukraine est l’occasion pour la France, pays fondateur de l’Union européenne, de (re)questionner les conditions de sa présence dans les rangs de l’OTAN qu’Emmanuel Macron qualifiait il y a peu d’être « en état de mort cérébral ».
En effet, les récentes menaces nucléaires brandies par Vladimir Poutine, ainsi que la volonté exprimée par Trump de transformer l’Alliance, nous rappellent à quel point il est indispensable pour les États européens de disposer d’outils politiques et militaires autonomes pour se libérer d’un éventuel diktat américain et agir pro activement en cas de conflit de haute intensité en Europe, à l’instar du conflit russo-ukrainien à ses portes qui persiste depuis le 24 février 2022.
La dichotomie entre les États membres de l’OTAN est de plus en plus évidente, ceci venant notamment du fait que les États-Unis élargissent leur zone d’influence et de dissuasion de façon régionale (exemple de l’AUKUS ) mais aussi parce que la présence de la Turquie en son sein complexifie très largement les positions otaniennes. En termes de Défense, cela fait plusieurs décennies que la tendance est à l’européanisation qui doit conduire la France à s’armer (sans mauvais jeu de mots) d’initiatives dans le domaine militaire pour garantir son entière souveraineté en la matière.
L’OTAN : origines, structure et objectifs
Une alliance de guerre froide. Signé le 4 avril 1949 par 12 membres fondateurs, dont la France et les États-Unis, le traité de l’Atlantique Nord réunit aujourd’hui 32 États et un milliard de personnes. Après la chute du mur de Berlin, l’Alliance a traversé une crise existentielle, jusqu’au concept stratégique adopté à Madrid le 29 juin 2022.
La France et le commandement intégré. Le général de Gaulle en sort en 1966, Nicolas Sarkozy le réintègre en 2009. La note souligne que trouver rapidement des solutions validées par 32 membres est une gageure, et que l’article 12 du traité en permet la révision.
Une défense européenne contributive à l’OTAN
Du sommet de Bruxelles de 1994, qui reconnaît un pilier européen, aux accords de Saint-Malo de 1998 et de Lancaster House de 2010, en passant par la coopération structurée permanente de 2017 et le Fonds européen de défense de 2021, l’Europe a bâti pas à pas une défense commune. L’article 42-7 du traité sur l’Union européenne prévoit une clause d’assistance mutuelle, jamais activée.
Pour la note, l’activisme de l’OTAN depuis la fin de la guerre froide a souvent écarté les initiatives européennes, la plupart des États préférant se réfugier derrière le bouclier américain. La question deviendra cruciale pour des candidats à l’Union comme la Moldavie ou l’Ukraine, qui ne pourront pas rejoindre l’OTAN avant.
des dépenses de défense de l’OTAN sont assumées par les États-Unis, sur un total estimé à 1 300 milliards de dollars.
Le renforcement attendu des moyens militaires européens
Chaque membre de l’OTAN est censé consacrer au moins 2 % de son PIB à la défense. Les contributions directes représentaient environ 3,3 milliards d’euros en 2023. La loi de programmation militaire 2024-2030 évalue les besoins totaux de la France à 413,3 milliards d’euros et vise 2 % du PIB entre 2025 et 2027.
La note juge cette hausse insuffisante et plaide pour porter les dépenses de défense françaises à 3 ou 4 % du PIB. Elle s’inquiète d’un rattrapage allemand, 2 % du PIB allemand représentant davantage que 2 % du PIB français, d’autant que ces achats vont souvent à l’armement américain.
Que va changer l’arrivée de Trump ?
Un premier mandat conflictuel. Donald Trump a reproché aux alliés de ne pas atteindre l’objectif de 2 % fixé en 2014 et laissé entendre que la solidarité de l’article 5 pourrait dépendre de leur contribution. Entre 2016 et 2020, les alliés européens et le Canada ont pourtant accru leurs dépenses de plus de 130 milliards de dollars.
Des inquiétudes européennes. Dans le contexte de la guerre en Ukraine, les Européens redoutent une relégation du dossier ukrainien et des pressions sur Kiev pour accepter des concessions. Le Royaume-Uni vise 2,5 % de son PIB, et la France et l’Allemagne réévaluent leurs investissements.
Vers une autonomie stratégique. Les dirigeants européens appellent à considérer le seuil de 2 % comme un minimum, et la France défend un cadre de défense européen complémentaire de l’OTAN.
Se doter d’un vrai pilier européen de défense tend à conférer à l’Union Européenne et a fortiori à la France, de nombreux avantages permettant de négocier d’une manière plus indépendante.
L’OTAN en chiffres
Objectifs de dépenses de défense (en % du PIB)
La note recommande de porter les dépenses de défense françaises à 3 ou 4 % du PIB.
Nombre d’États membres de l’OTAN
L’OTAN est passée de 12 membres fondateurs en 1949 à 32 aujourd’hui.
Part des États-Unis dans les dépenses de défense de l’OTAN (en %)
Les États-Unis assument environ 66 % des dépenses de défense de l’Alliance.
Conclusion
La France est le seul pays de l’Union à disposer de la dissuasion nucléaire. Pour la note, sa militarisation croissante restera utile même si les États-Unis quittaient l’OTAN. Un éventuel retrait français offrirait deux avantages : une décision plus rapide avant d’intervenir dans un conflit de haute intensité et des dépenses militaires orientées vers l’intérêt national. La note conclut en rappelant le jugement du général de Gaulle en 1952 sur une organisation « trop lourde ».
Feuilleter la note
Antranig Kevorkian et Denis Bouvier
Analyste du Millénaire ; Expert des questions de défense au Millénaire.
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