L’attractivité des métiers du numérique

Note du Millénaire Entreprises, travail, emploi

Un impératif pour gagner la course à l’innovation

Le numérique croît sept fois plus vite que l’économie française, mais la France manque de bras pour le faire tourner. La note dresse l’état des lieux de la pénurie de talents et formule dix propositions pour rendre ces métiers attractifs.

BE
Bastien EnjalbertAnalyste du Millénaire
28 août 2024
38 pages · lecture 6 min
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Couverture de la note : L’attractivité des métiers du numérique
En bref

Le constat

945 000 emplois en 2022, plus de 1,6 million attendus en 2030 et 800 000 personnes à former.

La cause

70 000 recrues par an contre 115 000 nécessaires, peu de femmes et une forte concentration en Île-de-France.

La conséquence

Sensibiliser dès l’école, financer la formation et les reconversions, faire de la France un État numérique.

Principaux constats
017 %de croissance du numérique en 2023, contre 0,9 % pour le PIB.
02945 000emplois dans les métiers du numérique en 2022.
03800 000personnes à former entre 2023 et 2030.
0425 %des offres en cybersécurité pourvues en 2021.
0524 %des emplois du numérique occupés par des femmes.
0650 %des salariés du numérique en Île-de-France.

Avant-propos

La révolution numérique affecte profondément l’ensemble des secteurs d’activité, de l’économie aux services publics, en passant par l’environnement ou encore la culture. Tous les pans de notre société sont concernés et le seront de plus en plus, tant le potentiel de ces innovations est important.

Dans ce contexte, l’Europe et la France possèdent des atouts non négligeables pour se positionner avantageusement. Nos talents, notamment dans les domaines scientifiques et techniques, constituent un socle solide sur lequel nous pouvons nous appuyer. Néanmoins, il ne faut pas non plus occulter une réalité préoccupante : depuis plusieurs décennies, on observe un déclassement technologique et économique progressif de notre continent, fragilisant sa prospérité et son indépendance face à la montée en puissance d’autres pôles, notamment les États-Unis et la Chine.

C’est dans ce cadre que la question de l’attractivité des emplois du numérique en France revêt une importance cruciale. Le déficit de professionnels qualifiés dans ce secteur constitue en effet un obstacle majeur pour notre capacité à demeurer compétitifs face à la transformation numérique mondiale en cours, et à contribuer activement aux progrès technologiques futurs. Cette note se propose donc d’analyser en détail la situation du marché de l’emploi dans le numérique en France, afin d’en dresser un état des lieux précis. Elle examinera ensuite les solutions envisageables pour pallier cette pénurie de talents, et ainsi permettre à la France de tirer pleinement parti des opportunités offertes par la révolution scientifique et technologique en cours..

Un marché stratégique en croissance constante

Un secteur qui tire la croissance. En 2023, quand le PIB français progressait de 0,9 %, le secteur du numérique croissait de plus de 7 %. Entre 2018 et 2021, l’emploi dans les métiers du numérique a progressé de plus de 6 % par an, trois fois plus que la moyenne des autres secteurs, pour atteindre 945 000 emplois en 2022.

Une pénurie qui s’aggrave. Près de 10 % des emplois du secteur restent non pourvus. En cybersécurité, seulement 25 % des offres d’emploi ont été pourvues en 2021. À l’horizon 2030, le marché devrait représenter plus de 1 600 000 emplois, ce qui suppose de former quelque 800 000 personnes entre 2023 et 2030. Or seules 70 000 personnes ont rejoint ces métiers en 2022, quand il en faudrait au moins 115 000 par an.

Des tensions inégales selon les métiers. Le responsable cybersécurité affiche un score de tension de 4,2 sur 5, l’architecte cloud 3,8, le développeur 3,5, contre 2,2 pour le web designer. La note recommande un pilotage stratégique des emplois et compétences au plus haut niveau de l’État.

Une forte concentration géographique. Près de 50 % des salariés du numérique travaillent en Île-de-France, 10 % en Auvergne-Rhône-Alpes et 7 % en Occitanie.

800 000

personnes à former aux métiers du numérique entre 2023 et 2030 pour répondre aux besoins du marché.

Institut Montaigne, cité par la note

Des inégalités qui freinent le recrutement

L’illectronisme. Selon le Baromètre du numérique 2020, près de 17 % des Français de 12 ans et plus sont en situation d’illectronisme. En 2021, le Plan de relance a mobilisé 250 millions d’euros et l’Agence nationale de la cohésion des territoires a déployé 4 000 conseillers numériques.

Une filière qui attire trop peu les femmes. Seuls 24 % des emplois du numérique sont occupés par des femmes. Celles qui y travaillent sont plus diplômées : 61 % possèdent un diplôme du supérieur long, contre 33 % de l’ensemble des femmes en emploi.

La reconversion, un vivier sous-exploité. Environ 30 000 personnes se reconvertissent chaque année vers le numérique. La note fixe l’objectif de 55 000 à l’horizon 2030, en s’appuyant sur des métiers accessibles sans prérequis en mathématiques ou en physique.

Explorer les données

Les chiffres de la pénurie

Emplois dans les métiers du numérique

2022945 0002030 (projection)1 600 000
Lecture

Le nombre d’emplois devrait passer de 945 000 à plus de 1,6 million.

Source : note du Millénaire, d’après l’Institut Montaigne et societenumerique.gouv.fr

Rendre les métiers du numérique attractifs

Changer l’image des métiers. Selon Robert Half, les professionnels du numérique perçoivent des salaires moyens de 45 000 à 70 000 euros par an. Ces métiers restent pourtant perçus comme complexes, réservés à une élite scientifique et masculins. La note appelle à une campagne nationale de communication.

Associer enseignement supérieur et entreprises. Stages, chaires, alternance et projets de recherche communs : la note propose des plateformes de mise en relation, des incitations fiscales et une évaluation régulière des partenariats.

Financer sur tout le territoire. La saison 1 du programme « Compétences et métiers d’avenir » a soutenu 35 projets pour 221 millions d’euros, un montant jugé modeste au regard des enjeux.

Faire de la France un État numérique. L’Estonie compte plus de 100 000 e-résidents de 181 pays depuis 2014, qui ont créé plus de 27 000 entreprises. La note propose de s’en inspirer, avec des garde-fous contre la fraude et l’évasion fiscale.

Sur les 100 entreprises technologiques les plus valorisées en 2023, seulement 10 sont européennes.

10 propositions pour redevenir attractif

Promouvoir au plus tôt le secteur. Proposition 1 : développer des programmes pour sensibiliser aux opportunités offertes par les métiers du numérique dès le plus jeune âge, avec des ateliers dès l’école primaire.

Proposition 2 : offrir des incitations financières pour encourager à considérer des candidats aux profils divers et parcours atypiques.

Proposition 3 : créer des bourses d’études et des programmes de financement dédiés pour encourager les femmes à se former au numérique.

Proposition 4 : intégrer le numérique dans l’enseignement supérieur « par défaut », avec un label « Numérique responsable ».

Proposition 5 : limiter les disparités entre régions, en attirant et retenant les professionnels dans les régions qui en manquent.

Faciliter la transition professionnelle. Proposition 6 : encourager les reconversions vers le numérique, par un accompagnement, des financements et des incitations pour les entreprises qui recrutent.

Proposition 7 : acquérir un outil de pilotage pour pallier la fluctuation des besoins en compétences numériques.

Faire de la France un État numérique. Proposition 8 : bâtir une stratégie nationale de soutien aux secteurs disruptifs, notamment l’intelligence artificielle, la blockchain, la biotechnologie et la santé numérique.

Proposition 9 : faciliter l’installation des entreprises innovantes étrangères en France, avec un statut dédié et un programme d’e-résidence inspiré du modèle estonien.

Proposition 10 : mettre en place une Exception IA en matière de recherche publique, simplifier les démarches des chercheurs et doubler les financements de la recherche publique en IA.

Conclusion

Un enjeu de compétitivité et de souveraineté. La pénurie de talents peut entraver la compétitivité économique et la souveraineté du pays. La note appelle à investir dans l’éducation et la formation, à faciliter les reconversions et à miser sur les secteurs stratégiques du numérique.

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L’attractivité des métiers du numérique

38 pages.

Citer cette note

Enjalbert B., « L’attractivité des métiers du numérique », Note du Millénaire, 28 août 2024, lemillenaire.org.

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Bastien Enjalbert

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