Trois paquets de sanctions pour rééquilibrer une relation difficile
Boualem Sansal a été gracié par l’Algérie grâce à l’Allemagne et non à la France. La note revient sur l’histoire des relations franco-algériennes, les facteurs de tension actuels et propose trois paquets de sanctions pour rééquilibrer une relation jugée déséquilibrée.
Le constat
Les relations franco-algériennes se dégradent malgré des mesures favorables aux ressortissants algériens en France.
La cause
Le Sahara occidental, le rapprochement de l’Algérie avec les BRICS et la Russie, la mémoire coloniale et un discours anti-français.
La conséquence
La note propose de jouer le rapport de force par trois paquets de sanctions, jusqu’à la suspension des accords de 1968.
Avant-propos
Boualem Sansal a été gracié par l’Algérie grâce à une action diplomatique de l’Allemagne et non de la France. Pourquoi l’Allemagne a su réussir quelque chose que la France n’a pas su réussir alors que notre pays compte la plus grande communauté algérienne à l’étranger ?
L’élection du président algérien Abdelmadjid Tebboune le 12 décembre 2019 a entraîné de la part de l’Algérie des velléités de retour sur la scène diplomatique internationale à l’aide de ses ressources naturelles et énergétiques et la capacité de l’Algérie à exporter lesdites ressources ne suffisent pas à camoufler les problèmes structurels et les points de discorde entre ce pays et d’autres, à l’instar de la France et du Maroc.
Les tentatives de rapprochement entre la France et l’Algérie se font en vain, et les années 2024 et 2025 en sont la preuve. S’il était prévu depuis le début de 2024 que le président Tebboune devait se rendre à Paris, a minima au mois d’octobre, il n’en fut rien. Aussi, le président Tebboune dans le cadre d’un entretien télévisé en date du 5 octobre 2024, réitéra son refus de se rendre à Paris, en affirmant : « Je n’irai pas à Canossa »1.
Pour rappel, aller à Canossa est une expression qui remonte au XIème siècle et signifie en substance « s’incliner ». Cette intervention de la part du président Tebboune est illustrative des rapports incertains voire houleux entre la France et l’Algérie.
Pour comprendre les problèmes actuels dans les rapports franco-algériens, il paraît fondamental d’introduire l’Histoire récente de l’Algérie (notamment à l’aune de la période de colonisation française) (I), d’expliquer les facteurs qui tendant à accentuer la tension entre l’Algérie et la France (II), avant d’organiser un argumentaire sur l’opportunité de sortir de cette « crise » (III).
Antranig Kevorkian, Analyste au Millénaire
Abdelmadjid Tebboune (2023), de State Duma of the Russian Federation, via Wikimedia Commons, sous licence CC BY 4.0.
Une relation à l’histoire mouvementée
De 1830 à l’indépendance. La chute d’Alger le 5 juillet 1830 marque le début de la colonisation. Entre 1870 et 1914, près de 2,5 millions d’hectares sont transférés à la colonisation selon Benjamin Stora, et la population européenne atteint environ un million à la veille de la Seconde Guerre mondiale. La guerre d’indépendance, ouverte en 1954, s’achève avec les accords d’Évian du 18 mars 1962.
Le Sahara occidental. Le conflit entre le Maroc et l’Algérie remonte à la « guerre des Sables » de 1963. La position française, jugée favorable au Maroc, accentue les discordances avec Alger, notamment après la visite d’Emmanuel Macron au Maroc en octobre 2024.
C’est le nombre d’Algériens vivant en France selon l’Insee, en août 2024, soit la nationalité étrangère la plus citée dans la note.
Un contexte international propice à l’éloignement
Le rapprochement avec les BRICS. L’Algérie a déposé une demande d’adhésion en novembre 2022, refusée, puis obtient à Kazan, en octobre 2024, le statut de « membre partenaire ». Une coopération avec la Russie se développe, notamment avec Rosatom.
Un commerce qui se détourne de la France. Le commerce de marchandises entre l’Algérie et l’UE atteint 46,4 Md€ en 2024, tandis que les échanges franco-algériens perdent en vitalité et que le solde commercial français se dégrade. La France compte plus de 1 300 filiales au Maroc contre 500 entreprises en Algérie.
Une ambition régionale. L’Algérie, qui consacre 8,2 % de son PIB à ses dépenses militaires en 2023, se positionne comme pivot de la lutte antiterroriste. Depuis la révision constitutionnelle de décembre 2020, son armée peut intervenir hors des frontières. La France perd de son influence en Afrique, comme l’illustre le retrait des 1 400 soldats de Niamey en septembre 2023.
Des facilités françaises, un « carburant anti-français »
Un régime favorable aux Algériens de France. Selon l’Insee, 47,7 % des immigrés vivant en France sont nés en Afrique, dont 12,4 % en Algérie. Les Algériens relèvent de l’accord du 27 décembre 1968, et la loi immigration du 26 janvier 2024 les exclut de certaines dispositions, comme le contrat d’intégration républicaine.
Une légitimité nourrie par l’hostilité à la France. Selon l’ancien ambassadeur Xavier Driencourt, le pouvoir algérien s’appuie sur un « carburant anti-français », qui passe par la mémoire, la remise en cause du français dans l’éducation et l’instrumentalisation de faits divers.
La France et l’Algérie en chiffres
Entreprises françaises implantées (en nombre)
Plus de 1 300 filiales françaises au Maroc, contre environ 500 entreprises en Algérie.
Part des immigrés vivant en France selon leur pays de naissance (en %)
12,4 % des immigrés vivant en France sont nés en Algérie.
Repères en pourcentage
74 % des Français se disent favorables à la suppression des accords de 1968.
ce n’est pas la guerre diplomatique vis-à-vis de l’Algérie que souhaitent les Français, mais tout simplement le respect de tous les droits et devoirs républicains incombant à chaque résident sur le territoire français
Comment jouer le rapport de force : trois paquets de sanctions
Le contexte. Le 30 octobre, les députés ont adopté une résolution appelant à dénoncer les accords de 1968, symbolique, et 74 % des Français y sont favorables. La dénonciation unilatérale n’étant pas prévue par l’accord, la Convention de Vienne prévoit une notification 12 mois à l’avance, et le pouvoir de décider revient au président de la République.
Paquet n°1 : couper les mouvements financiers au départ de la France. Suspension temporaire, d’une semaine, des transferts d’argent, suspension des prestations sociales versées à des bénéficiaires résidant durablement en Algérie, gel des avoirs de certaines personnalités algériennes en France.
Paquet n°2 : couper les facilités sociales et migratoires. Interpeller la Commission européenne pour des sanctions diplomatiques et commerciales, suspension des visas diplomatiques ou rappel de l’ambassadeur, suspension temporaire des vols Alger-Paris, révocation de droits sociaux ou migratoires spécifiques.
Paquet n°3 : suspendre les accords de 1968. Aligner le régime algérien sur celui des pays hors UE, et encourager les partenaires européens à isoler diplomatiquement le régime.
Conclusion
L’avenir des rapports franco-algériens reste difficile à conclure. La note souligne que Boualem Sansal a été gracié grâce à une action diplomatique de l’Allemagne, et que les Français ne souhaitent pas une guerre diplomatique mais le respect des droits et devoirs de chaque résident.
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Antranig Kevorkian
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