Hong-Kong : vers la fin d’ « un pays, deux systèmes » ?

Note du Millénaire Affaires étrangères et Défense

Avec la loi sur la sécurité nationale du 30 juin 2020, Pékin a mis fin à l’autonomie juridique de Hong Kong et vidé de son sens le principe « un pays, deux systèmes ». La note analyse les motivations chinoises, un coût économique devenu acceptable et la réponse divisée des Occidentaux, entre sanctions américaines et accord européen avec la Chine.

VD
Valentin DesmetAnalyste du Millénaire
4 juin 2021
10 pages · lecture 3 min
Écouter l’articleLecture audio du texte, environ 4 min
0:00 / 0:00
Couverture de la note : Hong-Kong : vers la fin d' "un pays, deux systèmes" ?
En bref

Le constat

Pékin a mis fin à l’autonomie juridique de Hong Kong avec la loi sur la sécurité nationale.

La cause

Un symbole politique pour Xi Jinping et un poids économique de Hong Kong fortement réduit.

La conséquence

Un Occident divisé : sanctions américaines, prudence européenne, risque d’une nouvelle guerre froide.

Principaux constats
012 %du PIB chinois pour Hong Kong aujourd’hui, contre 16 % en 1997.
02155 ansde présence britannique à Hong Kong.
0314vice-présidents du Comité permanent de l’Assemblée populaire sanctionnés par les États-Unis.
047 ansde négociations pour l’accord UE-Chine signé le 30 décembre 2020.

Avant-propos

« Un pays, deux systèmes », c’est sous cette formule qu’en 1987, les Britanniques pensaient que communisme et démocratie cohabiteraient. Mais en 2020, le 30 juin exactement, l’un des deux systèmes a sérieusement et durablement entamé la crédibilité de cette maxime. L’adoption de la loi sur la Sécurité nationale a permis le déferlement d’une vague d’arrestations sans précédent freinant l’émergence de nouvelles manifestions sociales, devenues si caractéristiques de l’esprit de résistance de Hong Kong depuis la Révolte des parapluies. Alors que les réactions internationales à la réforme électorale promulguée le 30 mars dernier pour marginaliser l’opposition au sein du parlement sont passées pratiquement inaperçues, Hong Kong a-t-elle été abandonnée ?

Hong Kong, dernier vestige du siècle de l’humiliation

La fin de la discrétion chinoise. De Deng Xiaoping à Hu Jintao, la politique étrangère chinoise consistait à « cacher sa brillance et cultiver la discrétion ». Sous Xi Jinping, la Chine affiche sa puissance face à l’Inde, au Japon ou au Vietnam, et veut intégrer ses territoires périphériques.

Un symbole. Port de pêche d’à peine 7 500 habitants arraché à la Chine lors de la première guerre de l’Opium, Hong Kong est resté britannique pendant 155 ans. Réaligner sa gouvernance sur Pékin conférerait une stature historique au mandat de Xi Jinping.

16 % à 2 %

la part de Hong Kong dans le PIB chinois entre 1997 et aujourd’hui.

Note, p. 6

La fin de l’autonomie juridique

Un équilibre subtil. La Déclaration commune sino-britannique de 1984 et la Loi fondamentale garantissaient à Hong Kong l’autonomie en matière monétaire, fiscale, commerciale et sociale, Pékin conservant la politique étrangère et la défense.

De 2014 à 2020. Après l’échec des « candidats patriotiques » en 2014 face à la Révolte des parapluies, puis le retrait du projet de loi d’extradition en octobre 2019, l’Assemblée nationale populaire a adopté elle-même, le 30 juin 2020, une loi sur la sécurité nationale, contournant l’article 23 de la Loi fondamentale.

Un coût devenu acceptable. Hong Kong reste l’un des 15 territoires au PIB par habitant le plus élevé, mais son port recule face à Canton et Shenzhen, sa place financière face à Shanghai, et l’arrimage du dollar hongkongais au dollar américain a perdu de son intérêt face à l’internationalisation du renminbi.

La Loi de Sécurité nationale implique donc plus qu’un durcissement policier, elle marque la fin de l’autonomie juridique d’Hong Kong.

L’Europe a-t-elle abandonné la défense de la liberté ?

Une fracture occidentale. Les États-Unis ont mis fin au régime économique préférentiel de Hong Kong, accordé l’asile à des Hongkongais et sanctionné 14 vice-présidents du Comité permanent de l’Assemblée populaire. L’Union européenne a au contraire signé le 30 décembre 2020 un accord d’investissement avec la Chine, fruit de sept ans de négociations.

Des intérêts divergents. L’Allemagne, dépendante de ses exportations, évite les représailles chinoises ; le Portugal et la Grèce ont cédé des infrastructures stratégiques à des entreprises chinoises après la crise de 2008. L’Europe peine à parler d’une seule voix.

Une nouvelle guerre froide ? Pour les États-Unis, la Chine menace leur hégémonie économique, technologique et maritime : plus de la moitié du trafic maritime mondial transite par les détroits de Malacca, de la Sonde et de Lombok. La note s’interroge : Taïwan sera-t-elle la prochaine cible ?

Couverture du rapport
Le rapport complet

Hong-Kong : vers la fin d’ « un pays, deux systèmes » ?

10 pages.

Citer cette note

Desmet V., « Hong-Kong : vers la fin d’ « un pays, deux systèmes » ? », Note du Millénaire, 4 juin 2021, lemillenaire.org.

Feuilleter la note
L’auteur

Valentin Desmet

Analyste du Millénaire.

Toutes ses publications
Presse

Demander une interview

Pour une interview de Valentin Desmet sur cette note : presse@lemillenaire.org

Contacter le service presse
Soutenir nos travaux

Faire vivre nos études

Vos dons et vos adhésions financent les prochaines notes du Millénaire.

Nous soutenir   Adhérer

Recevoir les prochaines notes du Millénaire

À lire aussi

Toutes les études

Crédit photo : Benh LIEU SONG (Flickr), CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Add a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.