Gérer les mineurs ultra-radicalisés

Note du Millénaire Justice et Sécurité

Comprendre la radicalisation des jeunes et y répondre

Les projets d’attentats déjoués en France en 2023 ont tous été le fait de mineurs. La note analyse les ressorts de la radicalisation des jeunes, religieuse comme politique, les limites des dispositifs publics et formule sept propositions.

JG
Jacques Henri GentilExpert des questions éducatives du Millénaire
15 mai 2024
60 pages · lecture 6 min
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En bref

Le constat

Une radicalisation qui rajeunit : 582 mineurs signalés en 2023 et 182 mineurs fichés.

La cause

Des dispositifs empilés, peu évalués, et une école devenue cible.

La conséquence

Simplifier l’action administrative, faire évoluer le droit et réinvestir la prévention.

Principaux constats
014 900personnes fichées pour radicalisation, dont 182 mineurs.
02582mineurs signalés pour radicalisation en 2023.
0325,1 %des personnes parties en Syrie en 2015 étaient mineures.
0424projets d’attentats djihadistes en France entre 2019 et 2022.
0591 %des recrutements djihadistes réalisés sur internet et les réseaux sociaux.
062,5 M€pour un centre de déradicalisation resté presque vide.

Avant-propos

La question de la radicalisation des jeunes en France est devenue un sujet d’une importance décisive sur le plan social et politique. Les attaques terroristes perpétrées par des individus radicalisés ont engendré une profonde remise en question de la cohésion nationale, suscitant des débats intenses sur les causes, les manifestations et les moyens de prévenir ce phénomène alarmant.

Face à ce phénomène complexe, il est impératif de mener une recherche approfondie pour comprendre les dynamiques sous-jacentes à la radicalisation des jeunes en France. Cette étude vise à examiner les multiples facteurs qui contribuent à ce processus, allant des influences socio-économiques aux défis identitaires en passant par les vecteurs de propagande et les failles dans le système de prévention.

Le monde occidental voit en son sein progresser le phénomène de radicalisation des comportements et des opinions. Sur le terrain politique, cela s’incarne à travers la prédominance d’une ultra-gauche qui n’a pas été combattue efficacement tandis qu’au niveau de la société, cela s’incarne à travers la prégnance de l’islamisme qui menace notre art de vivre, nos services publics, notamment l’école, et notre civilisation.

Les enjeux sont multiples et cette étude soulève des questions essentielles pour la société française. Tout d’abord, il s’agit de comprendre comment la radicalisation se produit. Pourquoi certains jeunes basculent, abandonnant les valeurs de la société française comme la tolérance, la laïcité et le pluralisme. Ensuite, il convient d’analyser les différentes formes que prend cette radicalisation, qu’elle soit religieuse, politique ou idéologique, et ses conséquences sur la sécurité intérieure et la cohésion sociale.

Par ailleurs, cette étude s’attachera à explorer les lacunes des politiques de prévention et de lutte contre la radicalisation. Il est en effet crucial d’évaluer l’efficacité des dispositifs et d’identifier les bonnes pratiques, les initiatives prometteuses qui pourraient être généralisées à l’échelle nationale.

Enfin, cette recherche ne se contentera pas d’analyser la situation actuelle, mais formulera également des propositions d’actions concrètes à mettre en œuvre. L’objectif est de fournir des recommandations fondées sur les travaux de spécialistes, visant à renforcer la prévention de la radicalisation, à protéger les jeunes vulnérables et à promouvoir les valeurs de paix, de tolérance et de vivre-ensemble. En effet, il s’agit de l’un des plus grands défis que la France affrontera au XXIème siècle. Or, les dispositifs mis en œuvre montrent une réalité contrastée, de nouvelles mesures doivent être envisagées en articulant trois volets : une simplification administrative (1), une évolution du droit (2) et enfin une prévention pour réduire le nombre de jeunes radicalisés (3). En somme, cette recherche s’inscrit dans une démarche multidisciplinaire et visant à éclairer les débats, à orienter les politiques publiques et à contribuer à la construction d’une société française résiliente, inclusive et sûre pour tous ses citoyens.

La radicalisation dans la France contemporaine

Une définition. La radicalisation est un processus par lequel un individu ou un groupe adopte une forme violente d’action, liée à une idéologie extrémiste à contenu politique, social ou religieux. Elle combine un processus progressif, l’adhésion à une idéologie et l’adoption de la violence.

Deux radicalités dominantes. Le rapport distingue la radicalité politique extrémiste et la radicalité religieuse islamiste. Selon Europol, la France a connu 24 projets d’attentats djihadistes entre 2019 et 2022, contre 9 en Allemagne et 4 en Belgique.

L’école devenue cible. Les assassinats des professeurs Samuel Paty en 2020 et Dominique Bernard en 2023 ont fait de l’école un lieu à risque pour les enseignants.

Un réveil tardif de l’État. Le centre de déradicalisation de Beaumont-en-Véron, ouvert en 2016 et fermé en 2017, a coûté 2,5 millions d’euros sans presque jamais accueillir de pensionnaires.

Qui sont les jeunes radicalisés aujourd’hui ?

Des profils hétérogènes. À partir de 133 dossiers de mineurs, les sociologues Laurent Bonelli et Fabien Carrié distinguent quatre radicalités : apaisante, rebelle, utopique et agonistique. La part des garçons va de 33 % dans la première à 88 % dans la dernière.

Un rajeunissement. En 2015, sur 3 062 personnes parties en Syrie, 769 étaient mineures, soit 25,1 %. En 2023, l’ensemble des projets d’attentats déjoués en France ont été le fait de mineurs. La France compte 4 900 personnes fichées pour radicalisation, dont 182 mineurs.

Le rôle des réseaux sociaux. Le recrutement djihadiste s’est fait à 91 % sur internet et les réseaux sociaux. Le rapport souligne aussi la part croissante de troubles psychologiques chez les nouveaux radicalisés.

Délinquance et radicalisation. Les recherches ne montrent pas de lien de causalité entre délinquance et radicalisation, mais des facteurs communs : sentiment d’injustice, rupture sociale et perméabilité aux discours simplificateurs.

582

mineurs signalés pour radicalisation par le ministère de l’Intérieur en 2023.

Ministère de l’Intérieur, cité par la note
Explorer les données

La radicalisation des jeunes en chiffres

Personnes parties en Syrie en 2015

Total3 062Dont mineurs769Dont mineurs convertis307
Lecture

Un quart des départs concernait des mineurs.

Source : note du Millénaire, d’après Europol et Bonelli et Carrié (2018)

Les limites des réponses actuelles

Un traitement inégal des radicalités politiques. Selon le rapport, près de 10 000 militants seraient fichés à l’ultra-droite ou à l’ultra-gauche, dont 80 % à l’ultra-gauche, alors que le gouvernement applique une doctrine du « 1 pour 1 » dans les dissolutions.

Une prévention sans principes directeurs. Le plan national « Prévenir pour protéger » de 2018 compte 60 mesures en cinq axes. L’heure hebdomadaire d’enseignement moral et civique a été instaurée en 2023, mais son effet reste faible.

Des enseignants exposés. Menacés, les enseignants s’autocensurent. La note souligne aussi le risque de stigmatiser les citoyens musulmans et la nécessité de préserver la confiance au sein des classes.

Il s’agit de l’un des plus grands défis que la France affrontera au XXIème siècle.

Gagner la bataille culturelle face aux radicalismes

Opérer une simplification administrative. Proposition 1 : suspendre les subventions publiques aux associations gravitant dans ces cercles si elles entravent l’action publique.

Proposition 2 : assortir le « contrat d’engagement républicain » à une systématisation de la dissolution en cas de manquement.

Proposition 3 : lutter contre les ingérences étrangères en rendant obligatoire la déclaration des financements étrangers au-delà d’un certain seuil.

Faire évoluer le droit. Proposition 4 : créer un délit d’islamisme et d’intelligence avec l’islamisme.

Proposition 5 : réformer l’ordonnance de 1945 sur la justice des mineurs.

Proposition 6 : sortir des classes les jeunes radicalisés, en créant des classes spécialisées dans des internats.

Proposition 6 : reprendre les territoires perdus de la République. Le PDF attribue le même numéro à ces deux propositions.

Réinvestir la prévention. Proposition 7 : revoir le programme de prévention des jeunes radicalisés, avec des modules de sensibilisation, de pensée critique, d’échanges, de compétences sociales, d’engagement citoyen et de réinsertion, assortis d’indicateurs d’évaluation.

Conclusion

Trois volets. Face à la progression de la radicalisation, le rapport appelle à articuler une simplification administrative, une évolution du droit et une prévention renforcée pour réduire le nombre de jeunes radicalisés.

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Le rapport complet

Gérer les mineurs ultra-radicalisés

60 pages.

Citer cette note

Gentil J., « Gérer les mineurs ultra-radicalisés », Note du Millénaire, 15 mai 2024, lemillenaire.org.

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L’auteur

Jacques Henri Gentil

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