Comment le libéralisme a éradiqué la pauvreté
Souvent accusé d’accroître les inégalités, le libéralisme a aussi été l’un des plus puissants leviers de réduction de la pauvreté. Hugo Spring-Ragain revient sur la mesure de la pauvreté, clarifie les notions de libéralisme et de néolibéralisme et analyse les trajectoires de la Chine, de l’Asie du Sud-Est et de l’Amérique latine.
Le constat
En Chine, plus de 800 millions de personnes sont sorties de la pauvreté absolue depuis les années 1980 selon la Banque mondiale.
La cause
L’ouverture des marchés, la liberté d’entreprendre et l’intégration au commerce mondial.
La conséquence
Un libéralisme adaptatif, qui régule sans étouffer et investit dans l’innovation et le capital humain.
Avant-propos
Le libéralisme économique est souvent une source de débats passionnés, notamment en France. Ses détracteurs dénoncent ses dérives, qu’ils associent à l’accentuation des inégalités, la concentration des richesses et la domination des multinationales. Cependant, au-delà de ces critiques, se trouve une réalité économique incontestable : le libéralisme a été l’un des plus puissants leviers de réduction de la pauvreté dans l’histoire moderne. À travers son écosystème fondé sur la liberté d’entreprendre, l’ouverture des marchés et la concurrence, le libéralisme a permis à des millions de personnes à travers le monde de sortir de la pauvreté, favorisant une prospérité partagée et des progrès sociaux majeurs.
Depuis le XVIIIe siècle, avec les premières révolutions industrielles, les sociétés ayant adopté les principes du libéralisme ont vu émerger une croissance économique sans précédent. Les innovations technologiques et l’industrialisation, deux piliers du capitalisme libéral, ont engendré des gains de productivité significatifs. Ces gains ont transformé non seulement les économies occidentales mais aussi, plus tard, celles de pays en développement prenant ce tournant idéologique, où des millions de personnes, autrefois condamnées à la pauvreté extrême – notamment à cause de la mise en pratique d’un communisme délétère -, ont vu leurs conditions de vie considérablement s’améliorer. Dans les années 1980 et 1990, avec l’accélération de la mondialisation et la libéralisation des échanges internationaux, ces dynamiques se sont amplifiées. Des pays comme la Chine, l’Inde et plusieurs États d’Asie du Sud-Est1 ont adopté des réformes libérales, intégrant leurs économies dans le système mondial. Résultat : des centaines de millions de personnes sont sorties de la pauvreté et de nouvelles classes moyennes ont émergé. Le cas de la Chine est particulièrement frappant. En l’espace de quelques décennies, des réformes basées sur le marché ont permis de faire passer des centaines de millions de personnes de la misère à un niveau de vie nettement supérieur, ce que même les politiques de redistribution les plus ambitieuses n’auraient pu accomplir sans la croissance alimentée par l’ouverture économique exceptionnelle de son maillage industriel.
Le libéralisme a également eu des effets indirects majeurs sur la réduction de la pauvreté, notamment à travers l’augmentation des échanges internationaux. Le libre-échange a permis aux pays en développement d’accéder à de nouveaux marchés pour leurs produits, stimulant ainsi leur production et créant des emplois. La spécialisation, l’un des fondements théoriques du libéralisme, a encouragé les nations à se concentrer sur les secteurs où elles avaient un avantage comparatif, maximisant ainsi leur potentiel de croissance. De même, la protection des droits de propriété et la stabilité juridique qu’exige une économie libérale ont favorisé l’investissement, tant domestique qu’étranger, dans des régions longtemps ignorées par le capital international. Nous pouvons citer comme exemple probant de ces effets les pays Baltes qui, après avoir subi l’URSS et le communisme, ont libéralisé leurs économie, l’Estonie est par ailleurs devenue un pays en pointe de l’économie numérique et truste le classement des pays à l’économie la plus ouverte au monde.
En outre, l’innovation, moteur clé du libéralisme, a eu des effets transformateurs sur la réduction de la pauvreté. Les avancées technologiques dans les domaines de la santé, de l’agriculture et de l’éducation, en grande partie dues aux incitations du marché et à la recherche de profits, ont permis d’améliorer radicalement la qualité de vie dans des régions autrefois marginalisées. L’introduction de nouveaux outils agricoles, de médicaments génériques et d’accès numérique à l’information a changé la donne pour des millions de personnes dans les pays en développement.Cependant, il serait réducteur de ne voir dans le libéralisme qu’une solution purement économique à la pauvreté. Il s’agit également d’un système qui valorise la liberté individuelle, et qui, par essence, promeut l’autonomisation des individus. La possibilité pour chacun de devenir un acteur économique à part entière, de développer une entreprise ou d’innover sans contrainte excessive a permis de libérer un potentiel créatif immense, contribuant ainsi à un écosystème où l’initiative individuelle est motrice de croissance. C’est ainsi que la mobilité sociale est fortement encouragée et recherchée dans un système libéral comme ceux que nous connaissons.
1 De manière non exhaustive la Thaïlande et Taiwan sont les deux meilleurs exemples.
La pauvreté, une notion relative
Des indicateurs multiples. La pauvreté peut se mesurer de manière absolue, avec le seuil de la Banque mondiale fixé à 1,90 dollar par jour en parité de pouvoir d’achat, de manière relative, sous 60 % du revenu médian en Europe, ou de manière multidimensionnelle avec l’indice de développement humain et l’indice de pauvreté multidimensionnelle. Le coefficient de Gini mesure les inégalités : l’Insee l’évalue à 0,294 pour la France en 2022.
Des indicateurs qui orientent les politiques. Ces définitions justifient tantôt les politiques de redistribution, tantôt, pour les libéraux, la priorité donnée à une économie dynamique et créatrice d’emplois. L’auteur relève que les pays les mieux classés en matière de bonheur figurent aussi parmi les économies les plus ouvertes, quand la France est 29e pour le bonheur et 62e pour la liberté économique.
Libéralisme et néolibéralisme
Les fondements libéraux. De Locke et Smith à Hayek et Friedman, le libéralisme repose sur la liberté individuelle, la propriété privée, la concurrence et l’ouverture des marchés, qui se traduisent par la déréglementation, la réduction du rôle de l’État, les privatisations et le libre-échange.
Le néolibéralisme. Né en réponse à la stagflation des années 1970, il étend ces principes à l’échelle mondiale : ALENA en 1994, OMC en 1995, programmes d’ajustement du consensus de Washington.
Un libéralisme adaptatif. L’auteur plaide pour un libéralisme moderne qui régule les plateformes numériques, coordonne les politiques face au moins-disant fiscal et environnemental, investit dans l’innovation et le capital humain et fait de la transition écologique une source de compétitivité.
de personnes sorties de la pauvreté absolue en Chine depuis les années 1980, selon la Banque mondiale.
Comment le libéralisme a fait reculer la pauvreté
La Chine, cas d’école. Des réformes de Deng Xiaoping en 1978 à l’adhésion à l’OMC en 2001, l’ouverture a fait passer la part de la population sous le seuil de 1,90 dollar par jour d’environ 66,3 % en 1990 à moins de 1 % en 2020, et le revenu national brut par habitant de 980 dollars en 1990 à 24 380 dollars en 2023. Le coefficient de Gini est toutefois passé de 32,2 en 1990 à 43,7 en 2010, un effet que l’auteur attribue à la dualité d’une économie restée sous contrôle de l’État.
L’Asie comparée. L’Inde depuis 1991 et la Thaïlande depuis les années 1980 ont conjugué ouverture et hausse du revenu par habitant, tandis que le Vietnam, malgré le Doi Moi de 1986, a moins réduit ses inégalités.
L’Amérique latine. Le Brésil et la Bolivie ont accru leur revenu par habitant en s’ouvrant, mais leurs inégalités restent élevées ; le Venezuela, revenu à un modèle étatiste, offre un contre-exemple marqué par la récession et l’appauvrissement.
L’expérience chinoise démontre que l’ouverture économique peut agir comme un moteur puissant pour sortir des millions de personnes de la pauvreté.
Pauvreté et ouverture en chiffres
Part de la population chinoise sous 1,90 dollar par jour (en %)
La pauvreté absolue est passée d’environ 66 % à moins de 1 % de la population chinoise en trente ans.
Indice de bonheur en 2024
La France se classe 29e avec un indice de 6,609.
Indice de liberté économique en 2024
Les pays les plus heureux figurent tous parmi les trente économies les plus libres ; la France est 62e.
Coefficient de Gini de la Chine
Les inégalités ont fortement augmenté en Chine entre 1990 et 2010.
Conclusion
Pour l’auteur, là où les économies se sont ouvertes, en Chine, en Inde ou en Thaïlande, la pauvreté a reculé de manière spectaculaire ; là où l’État a repris le contrôle, comme au Venezuela, elle s’est aggravée. Les inégalités qui subsistent tiennent moins au libéralisme qu’aux rigidités des économies restées sous tutelle étatique.
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