10 ans après Charlie Hebdo : quel bilan ?
Depuis l’attentat contre Charlie Hebdo, le terrorisme islamiste a tué plus de 260 personnes en France. Dix ans après, la note dresse le bilan de la guerre contre le terrorisme et propose une nouvelle doctrine pour 2025 à 2035 : un containment de l’islamisme à l’international et un confinement sur le territoire national.
Le constat
La France a subi 12 attentats islamistes entre 2017 et 2024 et s’est habituée à vivre avec la menace.
La cause
Le djihadisme n’est plus centralisé mais diffus, porté par des individus isolés et souvent jeunes, radicalisés en ligne.
La conséquence
Une nouvelle doctrine : coalitions et traque financière à l’international, fermeté envers les mineurs radicalisés et surveillance renforcée en France.
Avant-propos
En janvier 2015, la France était frappée au cœur par une vague d’attentats terroristes sans précédent, débutant avec l’attaque tragique contre Charlie Hebdo. Ce massacre, suivi par ceux de l’Hyper Cacher et du Bataclan, a marqué un tournant historique dans la lutte contre le terrorisme en France et au-delà.
En causant la mort de plus de 260 personnes en France depuis l’attentat de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, le terrorisme islamiste est le terrorisme le plus meurtrier depuis la guerre d’Algérie. Seulement, l’ampleur de cette terreur et la difficulté des pouvoirs publics à appréhender les menaces ont traumatisé une nouvelle génération née entre 1996 et 2010. En effet, la génération Z est plus encline à changer ses comportements à cause du terrorisme que les générations précédentes, au point de consentir à abandonner une partie de ses libertés. Cette « génération attentats » symbolise le déclin occidental qui a pourtant érigé la défense des libertés fondamentales comme un pilier de son modèle de société.
En effet, 10 ans plus tard, alors que le pays commémore cet anniversaire douloureux, il est essentiel d’examiner les résultats de cette « guerre contre le terrorisme » qui a redéfini les priorités sécuritaires, les libertés publiques et la place de la République dans un monde en mutation.
Depuis 2017, date de la fin de l’état d’urgence, la France a subi 12 attentats terroristes islamistes. Elle s’est habituée à vivre avec le terrorisme islamiste, mais s’est-elle réellement préparée aux mutations de celui-ci ?En premier lieu, nous reviendrons sur la décennie de « guerre contre le terrorisme » avant d’en dresser le bilan d’un point de vue des politiques publiques pour ensuite établir une nouvelle doctrine pour la décennie qui s’ouvre (2025-2035) tant d’un point de vue national qu’international.
2015-2025 : le terrorisme, une menace globale
2015, une année noire. Les 7, 8 et 9 janvier 2015, les attaques contre Charlie Hebdo, à Montrouge et à l’Hyper Cacher font 17 morts. Le 11 janvier, 4 millions de personnes manifestent dans tout le pays. Le 13 novembre, les attentats du Stade de France, des terrasses parisiennes et du Bataclan, revendiqués par l’État islamique, font 130 morts et plus de 400 blessés.
Une société pas tout à fait unie. Environ 200 incidents sont signalés dans les établissements scolaires lors des minutes de silence de janvier 2015, et les théories du complot se diffusent : près de 20 % des Français, et 31 % des 18 à 24 ans, croient à une manipulation gouvernementale selon les études citées par la note.
Une reconfiguration de la menace. L’État islamique a perdu l’essentiel de son territoire en 2017 avec la chute de Mossoul et de Raqqa, ses effectifs passant de 40 000 combattants à moins de 10 000 en 2021. Le djihadisme n’est plus centralisé mais diffus : des individus isolés, radicalisés en ligne, frappent avec des moyens rudimentaires, jusque dans les villes moyennes. La note reprend l’expression de « djihadisme d’atmosphère » de Gilles Kepel.
personnes tuées en France par le terrorisme islamiste depuis l’attentat contre Charlie Hebdo, le terrorisme le plus meurtrier depuis la guerre d’Algérie.
Le bilan de la « guerre contre le terrorisme »
À l’international. La France a participé à la coalition contre Daech par l’opération Chammal et mené l’opération Barkhane au Sahel de 2014 à 2022, avec jusqu’à 5 100 militaires. Elle a développé les éliminations ciblées : une quarantaine de cibles auraient été neutralisées entre 2013 et 2016, dont le chef de l’État islamique au Grand Sahara en 2021.
L’état d’urgence et la loi SILT. L’état d’urgence, de novembre 2015 à octobre 2017, a permis assignations à résidence, perquisitions administratives et dissolutions. La loi SILT d’octobre 2017 en a pérennisé une dizaine de mesures : mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance (MICAS), périmètres de protection, fermeture de lieux de culte pour six mois au plus, fichier des passagers aériens et techniques de renseignement algorithmiques.
Sur notre sol. Entre 2017 et 2024, la France a subi 12 attentats islamistes et déjoué 45 projets, dont 12 en 2023 et 9 en 2024. Les effectifs du renseignement ont augmenté de 1 900 agents et le budget a doublé par rapport à 2015. Près de 800 étrangers radicalisés ont été expulsés depuis 2017 et 836 établissements fermés depuis début 2018. Plus de 1 500 enfants sont revenus du nord-est syrien depuis 2019.
Vaincre l’islamisme, c’est défendre la survie de la France.
Un containment de l’islamisme à l’international
1. Renforcer les coalitions internationales contre les groupes terroristes, avec un financement annuel de 2 milliards d’euros pour les opérations dans les zones instables, l’extension des capacités de la Task Force Takuba et des exercices conjoints avec les forces locales.
2. Lutter contre le financement du terrorisme, en créant sous l’égide de l’OCDE une unité internationale de traque financière dotée de 1 milliard d’euros et en sanctionnant les États ou institutions qui facilitent les transferts suspects.
3. Poursuivre la politique d’assassinats ciblés contre les chefs et logisticiens des groupes terroristes.
4. Favoriser la reconstruction des États faillis, en investissant dans l’éducation pour priver l’idéologie islamiste de son terreau.
Un confinement de l’islamisme sur le territoire national
1. En finir avec l’angélisme autour des mineurs radicalisés. Selon la note, l’ensemble des projets d’attentats déjoués en France en 2023 étaient le fait de mineurs.
2. En finir avec la tolérance envers les lieux de culte et les associations problématiques, avec des inspections annuelles des structures sensibles, 50 millions d’euros par an pour un corps d’inspecteurs spécialisés et la dissolution immédiate des associations qui encouragent la haine.
3. Augmenter le recours à la surveillance individualisée : doubler les effectifs dédiés au suivi des radicalisés, faire du suivi en prison la norme, créer des centres de réhabilitation de 500 places dotés de 100 millions d’euros par an et pérenniser les techniques de renseignement algorithmiques.
La guerre contre le terrorisme en chiffres
Attentats islamistes commis et projets déjoués entre 2017 et 2024
Entre 2017 et 2024, 12 attentats islamistes ont été commis et 45 projets déjoués.
Combattants de l’État islamique
Les effectifs de l’État islamique sont passés de 40 000 combattants à moins de 10 000 en 2021.
Part des Français qui changent leurs habitudes face au terrorisme (en %)
52 % des 18 à 24 ans déclarent changer leurs habitudes, contre 43 % en moyenne.
Contrôles de mosquées et salles de prière
Sur 99 lieux soupçonnés, 24 ont été fermés après contrôle.
Conclusion
Dix ans après janvier 2015, la réponse de l’État a permis d’écraser militairement l’État islamique, de démanteler des réseaux et de déjouer des dizaines d’attentats. Mais elle n’est plus adaptée à un djihadisme décentralisé. Pour la note, la France doit ouvrir une nouvelle décennie de politiques publiques pour vaincre le totalitarisme islamiste.
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