Faire de la France une grande nation sportive
Avec 64 médailles, la France a réussi ses Jeux. Mais le modèle sportif français reste coûteux, cloisonné et peu tourné vers la pratique. Le rapport dresse le bilan sportif, organisationnel et économique des Jeux de Paris 2024 et formule douze propositions.
Le constat
64 médailles dont 16 d’or, la 5e place au classement et une organisation saluée.
La cause
Un coût public mal établi, des équipements vieillissants, une gouvernance cloisonnée et des sportifs précaires.
La conséquence
Douze propositions sur la gouvernance, le financement, la professionnalisation et le monde associatif.
Avant-propos
Le 23 juin 1894, lors d’un congrès international à la Sorbonne, les Jeux Olympiques sont rénovés et le Comité International Olympique est créé, avec le baron Pierre de Coubertin comme secrétaire général. Les premiers Jeux “modernes” se tiendront à Athènes en 1896. En 1900, les Jeux sont organisés à Paris en parallèle à l’Exposition universelle, et ils reviendront à Paris en 1924. Le 13 septembre 2017, Paris est officiellement désignée ville hôte des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024. Boston, Budapest, Rome et Hambourg ont renoncé à l’organisation des JO 2024, laissant Paris et Los Angeles en lice.
Entre le 26 juillet et le 11 août 2024, ainsi que du 28 août au 8 septembre 2024, Paris, France, sera l’hôte des Jeux Olympiques et Paralympiques (JOP) de 2024. Cet événement réunira 10 500 athlètes olympiques et 4 350 athlètes paralympiques, qui concourront dans 878 épreuves réparties sur 54 sports. Environ 72 collectivités locales accueilleront les compétitions, avec plus de 40 000 bénévoles mobilisés et près de 13 millions de billets disponibles à la vente. Les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 représentent une manifestation sportive d’envergure.
Événement sportif d’envergure planétaire, les JO sont une vitrine pour un pays, une scène pour le public et un terrain d’affrontement pour les sportifs autant que pour les nations. Les Jeux Olympiques de Paris 2024 devraient être suivis par 13 millions de spectateurs et 4 milliards de téléspectateurs.
Après la première partie des JOP terminée, la question qui se pose concerne la gouvernance du sport en France et sa capacité à répondre aux défis contemporains. En s’inspirant du modèle historique d’organisation et en tenant compte des relations complexes entre l’État et les grandes fédérations, la France se trouve face à des enjeux multiples : économiques, géopolitiques, environnementaux et sociologiques. La présente note a pour objectifs de présenter la situation du sport en France et de sa gouvernance (I), puis d’analyser les JOP 2024 dans une approche économique, géopolitique et sociétale (II). Enfin, un bilan sera dressé et des recommandations seront présentées (III).
Le bilan sportif : la France cinquième nation
Un record de médailles. La France termine au 5e rang du tableau des médailles avec 64 médailles, dont 16 en or, 26 en argent et 22 en bronze. C’est un record pour les titres, au-delà des 15 obtenus à Atlanta en 1996. L’économiste Wladimir Andreff en prévoyait 47 ou 48.
Une progression nette. Le nombre de médailles passe de 33 à Tokyo en 2021 à 64 à Paris. Le taux de conversion des médaillés mondiaux en médaillés olympiques passe de 49 % à 74 %. L’objectif fixé, la 5e place, est atteint.
Des marges de progrès. Le rapport relève des résultats inférieurs aux attentes en athlétisme, aviron, gymnastique et tennis. Le défi pour Los Angeles 2028 sera de convertir ces performances en titres.
médailles pour la France aux Jeux de Paris 2024, dont un record de 16 médailles d’or.
L’organisation d’un événement planétaire
Transports et accueil. 800 000 personnes ont été acheminées chaque jour, dont 200 000 accrédités. Île-de-France Mobilités a investi 150 millions d’euros. 900 collectivités ont obtenu le label Centre de préparation aux Jeux, mais seuls 15 à 20 % ont accueilli des délégations.
Sécurité et libertés. La loi du 19 mai 2023 autorise à titre expérimental la vidéosurveillance algorithmique jusqu’en mars 2025. Le rapport demande un cadre déontologique strict et relaie les recommandations de la CNCDH et de la CNIL.
La cérémonie d’ouverture. Selon Harris Interactive, 86 % des Français l’ont jugée réussie et 81 % estiment qu’elle a donné une bonne image de la France. Le rapport estime toutefois que certains tableaux ont méconnu l’exigence de neutralité de la règle 50 de la Charte olympique, ce qui a conduit les organisateurs à présenter des excuses.
Le bilan économique
Un coût discuté. La Cour des comptes n’a pas été en mesure d’établir le coût global des Jeux. Le budget est passé de 6,9 milliards d’euros en phase de candidature à 8,8 milliards après la révision de décembre 2022, avec une part publique de près de 2,4 milliards.
Des retombées incertaines. Le CDES estime les retombées pour Paris et sa région entre 6,7 et 11,1 milliards d’euros sur 2018-2034. Sur 2,7 milliards d’euros d’achats du comité d’organisation, près de 90 % des fournisseurs sont français, dont 79 % de TPE et PME.
Un héritage à mesurer. Le Plan Héritage de l’État compte 170 mesures, que le rapport juge disparates et sans indicateurs de résultat suffisants.
Les chiffres du sport français
Tableau des médailles, Paris 2024
La France est 5e au classement, qui se fait d’abord aux médailles d’or.
Médailles françaises aux Jeux d’été
Le total double presque entre Tokyo et Paris.
Financement public du sport (milliards d’euros)
Les collectivités apportent 12,5 des 20 milliards d’euros publics.
Ce que les Français attendent des Jeux (%)
L’effet sur la pratique sportive est le moins attendu.
La France n’est pas encore une grande nation sportive
Un modèle très étatisé. Le financement public du sport dépasse 20 milliards d’euros par an, dont 60 % par les collectivités. La France compte 16 millions de licenciés. Mais selon l’ANSES, seuls 5 % des adultes pratiquent assez d’activité physique pour préserver leur santé.
Des équipements vieillissants. Sur plus de 80 000 équipements sportifs, dont 1 800 piscines et 12 000 gymnases, la moitié date d’avant 1975.
Une gouvernance cloisonnée. La commission d’enquête parlementaire de décembre 2023 pointe un « entre-soi », un défaut de culture démocratique et une réponse tardive de l’État face à des défaillances « systémiques ». Elle formule 62 recommandations.
Des sportifs précaires. Près de 90 % des athlètes de haut niveau combinent sport et études ou emploi, environ 60 % travaillent par nécessité économique et seuls 27 % se sentent accompagnés pour leur reconversion.
Un sport universitaire immature. Le rapport oppose la Fédération française du sport universitaire, peu reconnue, au modèle américain de bourses, de ligues et d’infrastructures.
Nous devons lever tous les freins qui empêchent la France de devenir une grande nation sportive.
Nos propositions
Levier 1 : les réformes dans la gouvernance. Proposition 1 : simplifier les échelons administratifs de la gouvernance du sport.
Proposition 2 : instaurer un dispositif de contrôle externe au milieu sportif.
Proposition 3 : rénover la lutte contre la haine, les discriminations et l’islamisme.
Proposition 4 : structurer un écosystème de sport universitaire sur le modèle des États-Unis.
Levier 2 : libérer les énergies du financement. Le rapport fixe l’objectif de doubler l’investissement dans le sport en dix ans, pour atteindre 40 milliards d’euros par an. Proposition 5 : flécher une partie des crédits vers les municipalités afin de rénover le parc d’équipements sportifs vétustes.
Proposition 6 : accroître les aides financières aux associations sportives, mais les conditionner au refus de tout entrisme religieux.
Proposition 7 : aligner la fiscalité des acteurs économiques sur les standards internationaux pour permettre aux structures privées d’être compétitives.
Levier 3 : soutenir la professionnalisation du sport. Proposition 8 : encourager la recherche publique dans le champ sportif.
Proposition 9 : développer un statut spécifique de sportif avec des ressources garanties.
Proposition 10 : accompagner l’INSEP dans une formation performante de sportifs de niveau olympique.
Levier 4 : réformer le champ associatif. Proposition 11 : augmenter la reconnaissance de l’engagement associatif, notamment dans les parcours scolaires et universitaires ainsi que dans le milieu professionnel.
Proposition 12 : accompagner les associations pour tenir compte des évolutions de la société en matière de pratique sportive.
Conclusion
Impossible n’est pas français. Les Jeux ont montré ce que des pouvoirs publics d’horizons divers peuvent accomplir ensemble. Ils ont accéléré la construction d’équipements, notamment en Seine-Saint-Denis. Il reste à transformer l’essai : améliorer les performances et augmenter le nombre de pratiquants et de licenciés.
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Jacques Henri Gentil
Expert des questions sportives et éducatives du Millénaire.
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