Bilan des 100 jours: renouveau ou Waterloo ?

Note du Millénaire Politique et institutions

Renouveau ou Waterloo ?

Annoncés après la réforme des retraites, les 100 jours d’apaisement devaient relancer le second quinquennat d’Emmanuel Macron. Matthieu Hocque et William Thay dressent le bilan d’une séquence percutée par les émeutes de juin 2023 et esquissent les options pour la fin du mandat.

MH
Matthieu Hocque, William ThayDirecteur adjoint des études du Millénaire ; Président du Millénaire
24 juillet 2023
34 pages · lecture 6 min
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En bref

Le constat

Une réforme des retraites adoptée par 49-3 et des 100 jours pour apaiser le pays.

La cause

Une majorité relative, des syndicats renforcés et des émeutes qui balayent la promesse d’apaisement.

La conséquence

Élargir la majorité, reprendre le contrôle du territoire avant les Jeux olympiques et choisir entre consensus et réformes.

Principaux constats
0111recours au 49-3 lors de la première année de la législature.
021 270 000manifestants le 31 janvier 2023 selon le ministère de l’Intérieur.
0323 878incendies sur la voie publique lors des émeutes de juin 2023.
04650 M€de dégâts selon France Assureurs, pour 11 300 sinistres.
0531 %de confiance pour Emmanuel Macron en juillet 2023 selon BVA.

Avant-propos

Les 100 jours ont été annoncé par Emmanuel Macron lors de sa prise de parole du 17 avril dernier après l’adoption de la réforme des retraites et la validation de l’essentiel de ses dispositions par le Conseil Constitutionnel. Cette période devait conduire à “l’apaisement” à la suite de la forte mobilisation sociale contre la réforme des retraites. 

Les 100 jours devaient à la fois permettre au président de la République de tourner la page de la séquence de la réforme des retraites pour : se projeter sur la suite de son quinquennat en évitant l’immobilisme, apaiser une société tendue et marquée par plusieurs semaines de mobilisation sociale, reconquérir l’opinion publique et élargir sa base politique. 

Seulement, si le début de cette séquence a fonctionné, elle s’est heurtée aux émeutes urbaines de juin 2023, d’une intensité rappelant celle de 2005. Si l’exécutif est parvenu à reprendre en main la situation, les émeutes ont mis à mal la volonté du président de la République de parvenir à un climat apaisé à l’issue de « ces 100 jours ». 

Ainsi, l’utilité et l’efficacité de cette séquence interroge. Les 100 jours devaient permettre au président de la République d’avoir un nouveau souffle pour débuter le second acte de son mandat. Cela devait constituer soit un renouveau soit un Waterloo aboutissant au chaos. À la fin de cette période, il n’est pas évident d’aller dans un sens ou dans un autre. En effet, une partie des objectifs fixés par le président de la République aurait pu être accompli si les émeutes urbaines n’avaient pas chamboulé la donne politique.

Cela a emporté plusieurs conséquences : l’apaisement promis par le Chef de l’État apparait difficile à concrétiser après que des émeutiers se sont livrés à des scènes de guerre et de pillage pendant plusieurs soirées ; l’élargissement de la majorité politique et de la base politique est devenu presque impossible pour l’exécutif puisque cela imposait de faire des choix pouvant conduire à la fin du « en même temps ». 

Si nous avons évité le chaos à la suite des émeutes et des fortes tensions liés aux mobilisations sociales, la France n’est toujours pas apaisée. De plus, Emmanuel Macron aura du mal à se relancer pour permettre un renouveau de son quinquennat. Ainsi, la séquence des 100 jours devrait s’étirer jusqu’aux prochaines élections européennes et jusqu’au jeux Olympiques. 

Le président des crises

Une révolution libérale et européenne. Élu en 2017, Emmanuel Macron voulait moderniser l’État-providence et le marché du travail, dépasser le clivage gauche-droite et faire de la France le moteur d’une Europe souveraine.

Des contestations en série. Réforme du code du travail en 2017, réforme ferroviaire en 2018, Gilets jaunes, réforme des retraites en 2019-2020 : selon l’INSEE, les dépenses contraintes atteignaient 30 % du budget moyen des ménages en 2017, contre 10 % en 1960.

Des crises exogènes. La crise sanitaire puis la guerre en Ukraine ont remis au premier plan le besoin d’un État protecteur et la logique du rapport de force dans les relations internationales.

Un second quinquennat déjà terminé ?

Une légitimité de position sans légitimité d’action. Réélu en 2022 sur un socle déplacé vers les cadres et les retraités, le président ne dispose que d’une majorité relative à l’Assemblée nationale.

Une majorité impossible à élargir. Faute d’accord avec Les Républicains, Élisabeth Borne n’a fait adopter sans 49-3 que des textes consensuels, et a dû recourir à l’article 49 alinéa 3 à 11 reprises.

Trois erreurs sur les retraites. Un calendrier mal choisi en plein hiver inflationniste, des négociations mal conduites avec les partis et les syndicats, et un décalage persistant avec l’opinion : jusqu’à 1 270 000 manifestants le 31 janvier 2023 selon le ministère de l’Intérieur.

11

recours à l’article 49 alinéa 3 par Élisabeth Borne lors de la première année de la législature, dont la réforme des retraites.

Note du Millénaire, p12

100 jours pour apaiser la France

Le travail. Objectif de 1,7 million d’emplois d’ici la fin du quinquennat, réforme du lycée professionnel, « Pacte de la vie au travail » et plus de 200 usines rouvertes en deux ans.

Justice et ordre républicain. Renfort des effectifs, lutte contre les fraudes fiscales et sociales, projet de loi immigration et révision des institutions.

Le progrès pour mieux vivre. Remplacement des enseignants absents, prolongation du dispositif « 100 % Santé » et un médecin traitant pour 600 000 patients atteints de maladies chroniques.

Restaurer l’image de la France. Choose France, VivaTech et le Salon du Bourget devaient rassurer partenaires européens, créanciers et investisseurs.

Quels résultats ?

Un volet travail encourageant. Le dialogue social a repris et le projet de loi « Plein emploi » crée France Travail et un contrat d’engagement pour les bénéficiaires du RSA, expérimenté dans 18 départements.

Un volet régalien catastrophique. Les émeutes de juin 2023 ont balayé l’apaisement promis ; les textes sur l’immigration et les institutions sont reportés.

Des services publics toujours en crise. Les annonces sur l’éducation et la santé n’ont pas convaincu, et la relocalisation de 50 médicaments paraît trop limitée.

Une défaite politique. La majorité n’est pas élargie et la cote de confiance du président reste autour de 31 %, contre 33 % pour la Première ministre, selon BVA en juillet 2023.

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Les 100 jours en chiffres

Composition de l’Assemblée nationale depuis 2022

Majorité présidentielleenviron 240Nupesenviron 140RN89Les Républicains61
Lecture

La majorité absolue est fixée à 289 sièges.

Note du Millénaire, p11, p14 et p26
Emmanuel Macron s’expose au plus important échec de sa carrière présidentielle

Du renouveau à Waterloo ?

Reprendre le contrôle du territoire avant les Jeux olympiques. Près de 10 millions de visiteurs sont attendus en Île-de-France : le Gouvernement doit restaurer l’ordre et expérimenter de nouvelles doctrines de sécurité.

Trois options pour sortir de la crise. Ouvrir le Gouvernement hors de la majorité, conclure un accord de gouvernement avec Les Républicains, jugé la meilleure solution, ou dissoudre l’Assemblée.

Les européennes comme nouveau jalon. La liste de la majorité est créditée de 19 % à 22 % des intentions de vote selon l’IFOP, contre 22,4 % des suffrages en 2019.

Président du consensus ou grande marche ?

Le modèle Jacques Chirac. Faute de capital politique, le président pourrait devenir un président du consensus, au risque de l’immobilisme.

Le modèle Schröder. Les réformes Hartz ont fait passer l’Allemagne de 5 millions de chômeurs au début des années 2000 à 3 millions en 2008 ; ce modèle suppose une nouvelle légitimité, par un accord de gouvernement ou une dissolution.

Le modèle Obama. Redresser les indicateurs économiques et asseoir sa stature internationale.

Conclusion. Ni renouveau ni Waterloo : la séquence des 100 jours devrait s’étirer jusqu’aux élections européennes et aux Jeux olympiques.

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Bilan des 100 jours: renouveau ou Waterloo ?

34 pages.

Citer cette note

Hocque M., Thay W., « Bilan des 100 jours: renouveau ou Waterloo ? », Note du Millénaire, 24 juillet 2023, lemillenaire.org.

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L’auteur

Matthieu Hocque et William Thay

Directeur adjoint des études du Millénaire ; Président du Millénaire.

Matthieu Hocque   William Thay
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Crédit photo : Emmanuel Macron via Wikimedia Commons sous licence CC BY 3.0

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