Une politique carcérale adaptée au XXIème siècle

L’incarcération n’est pas l’aboutissement d’un processus, mais son commencement. Elle devrait être le point de rupture d’un parcours délictuel, un temps d’épreuve où la sanction, loin de se réduire à l’enfermement, pave la voie de la réintégration. Mais les prisons françaises échouent aujourd’hui à jouer ce rôle. Loin d’arracher les individus à la délinquance, elles les y enferment davantage. Elles ne corrigent pas, elles perpétuent. Avec près de 65% qui replongent dans l’illégalité dans les 5 ans suivant sa libération, le taux de récidive en France est l’un des plus importants des pays européens.

Or, paradoxalement, le modèle carcéral français ne peut pas non plus être jugé ultra-répressif. En effet, près de 100 000 peines de prison ne sont pas exécutées laissant en liberté des coupables reconnus comme tel par la Justice. Ainsi, notre modèle présente les deux désavantages : celui de ne pas être suffisamment capable d’incarner la répression judiciaire, mais également, celui de prolonger la délinquance et d’éviter la récidive. 

Si l’on en croit ce seul chiffre, la prison ne protège pas la société, elle la fragilise. Loin de détourner du crime, elle peut aussi en être un accélérateur. Elle est une école du passage à l’acte, un lieu où la promiscuité, l’oisiveté et l’absence de réinsertion transforment les condamnés en récidivistes. Dès 2018, François Molins, alors procureur général, alertait sur la libération imminente des premiers djihadistes incarcérés, soulignant qu’ils sortiraient probablement dans un état pire que celui dans lequel ils étaient entrés. Un constat implacable : la prison ne neutralise pas toujours la menace, elle la cultive. « Une société se juge à l’état de ses prisons », écrivait Albert Camus. À l’aune de cette maxime, comment juger une institution qui, loin d’endiguer la récidive, semble en être l’un des rouages ?

       À l’heure où les établissements pénitentiaires affichent un taux d’occupation de 131 %, où certains dépassent les 200 %, où près de 6 000 détenus dorment à même le sol, une question se pose : la prison, dans sa forme actuelle, parvient-elle encore à répondre aux exigences de justice et d’efficacité qui lui sont assignées ? 

Alors qu’elle devrait être un instrument de protection sociale, garantissant l’amendement des individus et la prévention des infractions, elle peine parfois à enrayer durablement la récidive.

Face à ce constat, l’action publique ne demeure pas inerte. Le plan 15 000, qui prévoit la création de 15 000 nouvelles places d’ici 2027, entend réduire la pression carcérale et améliorer les conditions de détention, afin de garantir un cadre plus propice à la réinsertion. Parallèlement, la loi de programmation et de réforme pour la justice (LPJ) mise sur la diversification des sanctions, en généralisant les peines alternatives pour adapter la réponse pénale aux profils des justiciables. 

Ces initiatives traduisent une prise de conscience et une volonté de modernisation du système pénal, nécessaire pour faire évoluer une institution qui ne peut rester figée face aux défis contemporains. Toutefois, si ces réformes amorcent un mouvement, elles ne sauraient à elles seules suffire transformer cette mécanique infernale que connait la dynamique carcérale.

Cette note n’a pas pour ambition de dresser un réquisitoire contre l’institution pénitentiaire, mais d’interroger son efficacité réelle. Quels sont les blocages structurels qui empêchent la prison d’être un outil au service de la sécurité et de la réinsertion face aux nouvelles formes d’insécurité ? Quels sont les écueils des réformes en cours et comment les surmonter ? En d’autres termes, comment concevoir une politique carcérale qui soit à la hauteur de ses défis ?

Par Marine Hannouna, Analyste au Millénaire

Clémentine Cécillon, Analyste au Millénaire

Sous la direction de Matthieu Hocque, Directeur Général du Think-tank Le Millénaire

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Crédit photo : Maillon de chaîne, Sécurité, via PX Here, sous licence CC0 Domaine public

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