Retrouvez l’analyse de William Thay et Emeric Guisset pour Atlantico : « Sarkozy peut-il revenir ? »

Retrouvez l’analyse de William Thay et Emeric Guisset pour Atlantico : « Sarkozy peut-il revenir ? »

Depuis le renoncement de François Baroin à concourir à l’élection présidentielle de 2022, de plus en plus de regards se tournent vers l’ancien président Nicolas Sarkozy. En l’absence de leader incontesté à droite, certains attendent le retour de l’ancien président de la République pour mener le combat. Rejeté par les électeurs de la primaire de 2016, en terminant 3ème à 20,6%, Nicolas Sarkozy pourrait cette fois-ci être rappelé par le peuple de droite pour incarner leur offre politique.  Un retour qui n’est pas évident, mais où il existe pour Nicolas Sarkozy un chemin pour faire de son ultime retour un retour gagnant.

Un contexte favorable 

L’hypothèse d’un retour de Nicolas Sarkozy s’explique principalement par un contexte qui lui est très favorable. En effet, depuis quelques mois, la droite éprouve de grandes difficultés à proposer une alternative au duel Macron – Le Pen. Ainsi, le candidat de la droite fluctue entre 14 et 16% d’intentions de vote (Harris Interactive – Janvier 2021) en troisième position, voire 4ieme selon la configuration à gauche (Ipsos – Janvier 2021). Pour l’heure, aucun candidat naturel ne parvient à se détacher et les dynamiques sont plutôt stables. La situation ne devrait pas varier significativement jusqu’aux régionales, les principaux présidentiables de la droite étant candidats à leur réélection (Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez). En l’absence de perceptives claires de victoire durant plusieurs mois dans l’opinion, la recherche d’une candidature alternative pouvant redistribuer les cartes devrait se renforcer. 

Au-delà d’une situation plutôt favorable chez les Républicains, Nicolas Sarkozy bénéficie aussi d’un contexte général chaotique où l’expérience du pouvoir sera un atout. En effet, alors que la France traverse une crise d’une ampleur inouïe, son expérience d’ancien président de la République offre à Nicolas Sarkozy un statut d’homme de la situation. Sa gestion de la crise financière de 2008 ou celle de la crise des dettes souveraines, lui permet de montrer à l’opinion publique sa capacité à faire face à la crise économique et financière qui succèdera à la crise sanitaire. Un sondage de Juillet 2020 plaçait Nicolas Sarkozy en deuxième position, un point derrière Emmanuel Macron, comme la personnalité qui aurait le mieux affronté la crise. A droite, l’ancien président semble donc être la personne la plus à même à faire face à cette crise. Alors qu’Emmanuel Macron a rencontré de nombreuses difficultés depuis (reconfinement, vaccins, etc.), Nicolas Sarkozy pourrait incarner la figure du sauveur, appelé à revenir dans le jeu politique.  

 

Des obstacles importants

Pourtant, la voie du retour pour Nicolas Sarkozy n’est pas sans embuches. Ne serait-ce dans son propre camp, tout le monde n’a pas intérêt à voir revenir le locataire de la rue de Miromesnil. En premier lieu les différents présidents de régions et autres candidats LR ne doivent pas voir d’un très bon œil cette hypothèse du retour. Alors même que ces-derniers ont dû patienter et attendre la fin de l’ère Juppé-Fillon-Sarkozy pour eux aussi rêver à des ambitions Élyséennes, le retour de Sarkozy éclipserait ces ambitions. De plus, les candidats actuels à l’investiture LR se retrouverait par la suite en concurrence avec une nouvelle génération qui sera elle aussi prête à conquérir l’Élysée. 

Plus problématique encore que les rivalités au sein de sa famille politique, Nicolas Sarkozy possède un agenda judiciaire. Le premier mars prochain, sera rendu le jugement de l’affaire dite des « écoutes ». Si cette affaire ne devrait pas rendre trop difficile le possible calendrier politique de Nicolas Sarkozy, il n’en n’est pas de même pour le procès Bygmalion. Celui-ci doit en effet s’ouvrir le 17 mars et pourrait polluer de manière importante l’éventuelle campagne présidentielle. D’autant que si ces affaires ne sont pas récentes, le précédent de François Fillon en 2017 pourrait bien dissuader les Républicains d’investir et de faire campagne pour un candidat dont la campagne pourrait être marqué pat de nombreux rebondissements judiciaires.

 

Quel chemin pour la victoire ? 

Le chemin de la victoire de Nicolas Sarkozy est étroit, mais il existe. Pour faire de son retour un retour gagnant, l’ancien président devra incarner dans une certaine mesure cette figure de l’homme providentiel, qui ne revient non pas pour sauver un parti, mais pour sauver la France. Seule cette vision est à la hauteur de son statut d’ancien président de la République. Elle doit également lui permettre d’élargir le socle électoral de LR pour perturber le duel Macron – Le Pen, en mettant la grandeur de la France au centre des préoccupations. Par ailleurs, Nicolas Sarkozy devrait adopter un positionnement « anti-establishment », en opposition aux pouvoirs des juges et des médias qui limitent la souveraineté du peuple, et aux carcans administratifs qui empêchent la France d’être grande.

Pour réussir ce retour, Nicolas Sarkozy peut compter sur de nombreux atouts. D’abord, il est l’homme politique incarnant le mieux la droite (Ifop – Septembre 2020), incarnant bien la droite pour 69% des français (et à 80% pour les sympathisants LREM, 92% LR et 72% RN). Une incarnation en progrès de 11 points depuis Septembre 2018, qui prouve qu’auprès des français, la droite c’est de plus en plus Sarkozy. De même, en septembre 2020, Nicolas Sarkozy était jugé comme celui incarnant le mieux l’autorité après Édouard Philippe. Ainsi, l’ancien président de la République s’installe de plus en plus comme le visage de la droite auprès des français et des sympathisants des trois partis qui se partagent l’essentiel des électeurs se définissant de droite. De même, sur l’une des valeurs cardinales pour l’électorat de droite, aucun candidat actuel à la présidentielle ne fait mieux que lui. 

L’hypothèse d’un retour de Nicolas Sarkozy pour l’élection présidentielle de 2022 n’est donc pas à exclure. Si les affaires judiciaires et les rivalités à droite seront des obstacles, l’absence de candidat naturel à droite et l’image de patron de la droite qu’il incarne laissent suffisamment d’espace pour envisager un retour. Face à la crise, il apparait comme le mieux placé pour exercer les plus hautes responsabilités et incarner une reprise en main de notre destin national.

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