Marion Pariset et Jean-Pascal Giraud dans Atlantico : « Covid-19 : la pandémie qui a révélé notre déclin »

BILAN DE LA CRISE ET OPPORTUNITÉS

Depuis mars 2020, la France vit au rythme de la pandémie et s’enlise dans une crise à laquelle elle n’était pas préparée. Alors que le pire nous était promis et que des mesures de restrictions inédites ont été prises, nous déplorons certes près de 100 000 morts, mais le chômage n’a pas explosé, les salaires n’ont pas baissé, les faillites sont au plus bas et le CAC 40 est à plus de 6000 points. Un an après le début de la crise et pour faire de cette crise une opportunité, il convient de dresser un bilan des mesures d’urgences et d’analyser ces données socio-économiques en trompe l’œil.

Les outils anti-crise ont produit leurs effets

Au plan mondial, les mesures prises par les États pour contenir les effets de la crise ont fonctionné. En effet, alors que lors de la crise de 1929 le taux de chômage était passé de 3,1% à 24% aux États-Unis entre 1929 et 1932 et de 2% à 15% en France entre 1931 et 1932, il est passé de 3,4 % avant la crise de la covid-19 à 10% environ aujourd’hui aux États-Unis et devrait atteindre un pic à 11% en 2021 en France. Grâce aux mesures prises pour répondre à la crise, la situation sociale a été stabilisée et les revenus des ménages préservés. Aux États-Unis, les salaires n’ont pas baissé en 2020 et les prévisions sont à la hausse. En France, ils ont augmenté d’environ 2,5% sur l’année 2020 et dans le même temps les français ont épargné près de 130 milliards d’euros.

Si les mesures keynésiennes ont placé l’économie sous perfusion, elles ont permis la survie de nombreuses entreprises et préparent le rebond de l’économie. Ainsi, l’OCDE annonce une récession mondiale de 3,4% en 2020 avec un rebond attendu du PIB planétaire de 5,6% en 2021 et de 4% en 2022. Les acteurs économiques semblent donc pour l’heure résister à la crise. A en croire les niveaux historiques des indices mondiaux sur l’ensemble des places boursières, les multinationales ont même su pour partie tirer profit des opportunités provoquées par la crise. En France, les exonérations de charges et le PGE (Prêt Garanti par l’Etat) maintiennent le tissu des entreprises la tête hors de l’eau. En effet, le nombre de faillites y est au plus bas en 2020 avec une baisse de 38% par rapport à l’année précédente. Finalement, les actions rapides et massives des Banques Centrales et des États ont permis, jusqu’ici, d’enrayer avec succès et à court terme les effets de l’arrêt de l’économie mondiale au printemps 2020.

Un gel de la société davantage qu’un électrochoc

Si nous estimons le nombre de décès dus à la covid-19 à plus de 3,1 millions, ceci reste nettement moins important que la grippe espagnole du début du XXe siècle et ses 50 millions de morts dans le monde. Par ailleurs, ce sont les anciennes générations qui paient le plus lourd tribut de la pandémie en termes de mortalité. En France, 92 % des décès concernent des personnes de plus de 65 ans. La population active et les jeunes sont très peu concernés par cet effet direct de la crise, mais ils sont en revanche les principales victimes des mesures de restriction des libertés. Même si chaque mort est douloureuse et si les troubles psychologiques se font ressentir dans toutes les tranches d’âge de la population, la relative préservation des forces vives de la nation aurait dû engendrer la résilience.

Alors que l’incertitude et la lassitude ont pris le pas sur l’espoir d’une échéance visible à la crise, la prolongation des restrictions a pourtant installé la société dans une forme de gel démocratique. Si au début de la crise et après les discours guerriers du Président de la République, la société était guidée par un désir d’action et de combat face au virus, les échecs successifs et l’absence d’horizon de sortie de crise l’ont remplacé par un sentiment de fatalité. Avec des libertés individuelles remises en cause de façon inédite, de nombreux Français ressentent un sentiment d’impuissance qui s’illustre dans une forme de passivité face aux mesures. D’ailleurs, cette réduction de nos espaces de liberté ne se manifeste pas violemment car elle est accompagnée d’une pédagogie médiatique permanente, souvent tournée au ridicule mais créant un climat anxiogène. L’attente a ainsi supplanté la projection dans un avenir proche et lointain, avec pour conséquence un affaiblissement du débat public autour des perspectives qui s’offrent à notre pays.

Ouvrir les yeux sur le déclin français

Alors que les indicateurs macroéconomiques et le gel démocratique pourrait laisser penser que les conséquences de la crise ne sont pas si terribles, la gestion de la crise a déjà mis en relief l’une des tendances de fond les plus graves : le déclin de la France. Un déclin collectif qui influencera les trajectoires individuelles, et en particulier celles des plus démunis. Bercés, voire tétanisés, par l’illusion de posséder le meilleur système de protection social et de santé du monde, nous n’avons pas diagnostiqué à temps notre manque de lits de réanimation et d’outils de production de masques. Analyser dès à présent les défaillances observées durant la crise est indispensable pour ne pas faire de ce déclin une décadence.

La crise a montré à quel point notre pays n’est plus capable de faire face à l’inattendu et est dépendant du reste du monde. Les épisodes des masques, des tests, des respirateurs et, plus récemment des vaccins, montrent une nation à la merci des autres pour protéger et soigner sa population. En perdant, toute capacité à produire par nous-même et pour nous-même, y compris dans un secteur aussi fondamental que la santé, nous avons renoncé à une partie de notre souveraineté. Nous ne sommes plus maître de notre destin. Incapables de faire nous-même nos propres choix, nous sommes condamnés à suivre les initiatives d’une Union européenne inadaptée à la gestion de crise. Ce déclin politique de la France s’appuie essentiellement sur un déclin industriel et scientifique que les politiques d’absorption du choc économique peinent à dissimuler. Les échecs de l’Institut Pasteur et de Sanofi dans la fabrication d’un vaccin anti-covid, alors que l’ensemble des membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU possèdent leur propre vaccin, en sont les plus tristes illustrations.

Ainsi, alors que la mise sous perfusion de l’économie est parvenue à retarder la casse sociale, nous ne devons pas une nouvelle fois nous tromper de diagnostic. Si le « tout social » qui est à l’œuvre était indispensable, il est avant tout un aveu d’échec face au choc de la crise et pourrait affecter nos capacités de rebond. La crise de la covid marque le déclin de la France dans le monde et en Europe. Il s’agit désormais de renouer avec l’esprit de conquête et d’exprimer une forte volonté réformatrice pour mettre fin au déclin français et replacer le pays des Lumières dans le concert des nations.

Par Marion Pariset, Secrétaire générale du Millénaire
Jean-Pascal Giraud, Directeur des ressources humaines du Millénaire et analyste sur les questions de santé

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