Marion Pariset et Alexandra Monet dans Valeurs Actuelles : « Journées du patrimoine : sauvons notre patrimoine français, notre héritage commun »

Marion Pariset, Secrétaire générale du Millénaire, think tank gaulliste spécialisé en politiques publiques, et Alexandra Monet, Directrice de la communication du Millénaire alertent, alors que la France célèbre ce week-end les Journées du patrimoine, sur l’état de délabrement avancé de nombre de nos monuments.

Avec plus de 12 millions de visiteurs en France en 2019, les Journées européennes du patrimoine sont chaque année l’occasion pour des millions de Français de découvrir ou de redécouvrir les monuments qui ont fait notre Histoire. Pourtant, le patrimoine n’est pas l’affaire que d’un seul week-end. Ces témoins du temps décrépissent, tombent en ruine et finissent par être délaissés. « Le patrimoine pour tous », fier slogan de l’édition 2021 des JEP, ne peut fonctionner que si nous protégeons notre patrimoine, ciment de notre civilisation, pour notre génération et celles à venir.

Le rayonnement national et international de notre patrimoine

Quoi qu’en puisse en dire, les Français sont majoritairement très attachés à ce patrimoine, majestueux ou quotidien, du château de Versailles aux cabanes de vigne dans le paysage ligérien. Un sondage réalisé en 2019 relevait même que 88 % des Français se disaient fiers de leur patrimoine. Ce qui n’est pas étonnant puisqu’il est pour 96 % de nos concitoyens un moyen de faire rayonner la France à travers le monde.

En 2018, 89 millions de touristes internationaux ont découvert ou redécouvert les trésors de notre pays, dont 70 millions d’européens. La culture française est l’une des principales raisons du choix des touristes, attirés par l’identité forte de notre pays qui s’exprime notamment à travers le patrimoine culturel. 49 % des touristes étrangers ont visité des sites culturels en 2018 : le Musée du Louvre, le Château de Versailles et la Tour Eiffel ont à eux seuls reçu près de 22 millions de visiteurs en 2017. 80 % des visiteurs du Château de Versailles étaient étrangers avant la crise sanitaire, 70 % pour le Musée du Louvre. Il est donc plus que nécessaire de prendre enfin la mesure de l’importance de notre patrimoine.

Notre patrimoine et notre identité meurent

Derrière cet engouement collectif se cache toutefois une réalité bien plus dure pour celles et ceux qui vont vivre notre héritage commun. Sur les 44 000 monuments historiques inscrits ou classés, 20 % sont aujourd’hui très dégradés et 7 % sont en péril. Moins protégé, le patrimoine ne jouissant de ce label finit parfois même par disparaître.

Implantation intempestive de parcs éoliens, constructions immobilières, financements publics décorrélé de l’augmentation des coûts des matières premières et de la main d’œuvre, perte des savoir-faire des métiers du patrimoine, absence ou désuétude des systèmes d’incendie… les raisons de l’écroulement (littéral et figuré) de notre patrimoine dépassent de loin les solutions apportées par les pouvoirs publics actuels. Même la cancel culture s’attaque à nos monuments, sur son chemin de la destruction de notre identité.

Et pour cause : le patrimoine a une valeur politique et identitaire non négligeable. Il est un socle commun utilisé pour rassembler dans le cadre d’une construction régionale ou nationale. C’est pourquoi il est mis à mal par les changements brutaux de notre société, alors que le temps se charge déjà de le rendre plus fragile. « Les barbares et les esclaves détestent les sciences, et détruisent les monuments des arts ; les hommes libres les aiment et les conservent » disait l’Abbé Grégoire en 1794. En femmes et hommes libres, nous nous devons de protéger notre héritage, qui représente une force inestimable dans le concert des nations.

Sauver notre patrimoine

Pour y parvenir, nos politiques publiques doivent tirer des enseignements sur deux plans : la préservation active du patrimoine devra passer par un financement durable et ne pourra se faire sans encourager la transmission des savoir-faire.

L’État et les collectivités locales ne peuvent financer à eux seuls la totalité de l’entretien de ces monuments. La diversification des ressources est nécessaire. La mission confiée à Stéphane Bern en 2017 allait dans ce sens, avec la création du Loto du Patrimoine qui a permis de récolter plus de 72 millions d’euros depuis 2018. Les Français sont également prêts à investir dans leur patrimoine local puisqu’une étude a révélé qu’1/3 des Français avaient déjà donné de l’argent pour la conservation de monuments nationaux. Nos voisins anglo-saxons arrivent à mobiliser les acteurs privés à travers le mécénat et le financement participatif, à quand une approche française en la matière ?

L’autre aspect essentiel à cette sauvegarde est la reconnaissance, la valorisation et la préservation des savoir-faire uniques que nous avons dans les métiers du patrimoine en France. Alors que la promesse de la création des Chantiers de France n’a toujours pas été tenue, la filière attend plus des pouvoirs publics. Les ministères de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Culture doivent mettre en place des filières spécifiques aux métiers du patrimoine et publier un référentiel. Plus d’artisans qualifiés et spécialisés garantit moins de restauration désastreuse et de monument tombant en ruine.

Notre Histoire n’attendra pas, il est temps de sauver ce qui fait notre civilisation.

Par Marion Pariset et Alexandra Monet

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