William Thay pour Causeur : « Pétrole : le choc introuvable »

La guerre en Iran n’a pas donné lieu à un choc pétrolier tel que le monde en a connu dans le passé. L’enjeu pour la France est désormais de renforcer sa souveraineté énergétique grâce au nucléaire.

La fermeture du détroit d’Ormuz a pris en otage un cinquième du pétrole mondial, ce qui a propulsé le prix du baril à des niveaux records. Pourtant, à l’aube de l’accord signé entre les États-Unis et l’Iran, le brent est repassé sous les 80 dollars. Le marché a enterré la crise avant même l’accord final. Le choc pétrolier que le monde entier guettait n’a pas eu lieu.

Un troisième choc pétrolier ?

Une flambée des prix n’est pas un choc. Le brut s’est bel et bien emballé, une hausse de près de 42 % au plus fort des combats, mais en 1973 l’embargo arabe a quadruplé le baril, et en 1979 la révolution iranienne l’a propulsé a 40 dollars, soit l’équivalent de 160 aujourd’hui.

Ces chocs-là ont été des déflagrations durables qui ont retourné des économies nationales et sonné le glas des Trente Glorieuses et des thèses keynésiennes. Celui de 2026 s’est dégonflé en quelques semaines. Défait par une poignée de main, il était déjà retombé de 40 % grâce à la production américaine, aux capacités de l’OPEP et à une demande mondiale qui plafonne.

Un carburant pas si cher

Depuis les deux chocs pétroliers, le prix du carburant n’a pas évolué de manière spectaculaire. L’énergie pesait 11,9 % du budget des ménages en 1985, au lendemain du second choc ; elle n’en représentait que 9,5 % en 2022, pourtant une année noire marquée par un cours du baril de brent élevé. Un plein de 50 litres engloutissait plus de 10 % du SMIC mensuel en 1983 ; il en coûte 6,5 % aujourd’hui. L’essence à 1,62 franc de 1974, qui soulevait l’indignation, équivaut à 1,50 euros : notre prix ordinaire.

Surtout, comme l’a calculé Philippe Charlez, expert énergie du Millénaire, le litre à 2 euros n’est, en monnaie constant que 6 % au-dessus de son prix de 1960. Tout le reste a flambé sans commune mesure : le prix du pain a doublé, celui du mètre parisien à décuplé, tout comme le coût du lait ! De tous nos achats, le carburant est celui qui a finalement le moins augmenté.

Un « choc » limité

Si  la France a résisté au « choc pétrolier », c’est aussi parce que le réseau électrique français repose sur une souveraineté vieille d’un demi-siècle. Le choc de 1973 a enfanté le plan Messmer qui a lancé le « tout-nucléaire ». Cette décision nous a permis de nous doter d’un parc nucléaire qui fournit près de deux tiers de notre électricité, la part la plus élevée au monde.

Le véritable danger de cette crise énergétique serait d’oublier la leçon : les prix du carburant sont volatils en raison de la spéculation financière (qui a abouti à un prix record en 2008), mais aussi des incertitudes géopolitiques, comme le démontre la situation tendue au Moyen-Orient ou en Ukraine. Le baril remontera, puis redescendra, la seule constante étant notre dépendance à des évènements extérieurs. Or, un grand peuple ne sous-traite pas son destin. Comme en 1973, la France doit œuvrer pour être de plus en plus indépendante. Le chemin de l’électrification passe par le développement de nouveaux projets nucléaires.

Par William Thay, Président du think-tank Le Millénaire, chroniqueur économie

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Crédit photo : Clearocean Milano, St. Johns River, de Olga Ernst, via Wikimedia Commons, sous licence CC BY-SA 4.0.

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