Florian Gerard-Mercier dans Le Monde « L’humanité doit mener une guerre contre le réchauffement climatique »

Tribune publiée dansLe Mondele 9 janvier 2019 · l’original ↗

« L’humanité doit mener une guerre contre le réchauffement climatique »

Des solutions existent pour lutter contre les effets du réchauffement. Celles-ci ne seront pas efficaces sans une volonté internationale. A ce titre, l’Union européenne pourrait ouvrir la voie, juge dans une tribune au « Monde » Florian Gerard-Mercier, chercheur au CEA.

Par Florian Gerard-Mercier

Wolfgang Stemme
Crédit photo : Image par Wolfgang Stemme de Pixabay
Les chiffres de la tribune
54 000milliards de dollars coût d’ici à 2100 d’un réchauffement de 1,5 °C selon le GIECSource citée : GIEC
3,2 °Créchauffement en 2100 sur la trajectoire de l’accord de Paris entérinée à la COP24
0,5 °Ctempérature de surface supplémentaire, au moins, sans l’effet refroidissant des aérosolsSource citée : Science

Emmanuel Macron a rappelé lors de ses vœux aux Français que la lutte contre le réchauffement climatique reste une de ses priorités, et à juste titre. En effet, d’ici à 2100, la moitié de l’humanité sera menacée par des catastrophes climatiques massives et simultanées. Les conséquences économiques ne seront pas moins graves : le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) du 8 octobre 2018 estime à 54 000 milliards de dollars les coûts d’ici à 2100 d’un réchauffement de + 1,5 °C. Ainsi, en matière de climat, réduire le réchauffement doit être notre seul et unique objectif.

Alors que les Etats viennent d’entériner lors de la COP24 la trajectoire esquissée par l’accord de Paris et qui nous mène à un réchauffement de + 3,2 °C en 2100, les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont encore augmenté en 2018. Dès lors, comment peut-on se satisfaire de ce statu quo, d’autant plus que même l’objectif de limiter le réchauffement à + 1,5 °C (si on y parvient), est bien trop timide ? + 1,5 °C aurait des coûts économiques, humanitaires, et environnementaux tout simplement inacceptables.

Non, la situation de la planète et la trajectoire sur laquelle nous sommes sont trop graves. Nous n’avons plus d’autre choix que de prendre les armes contre le réchauffement et lui mener une véritable guerre. L’objectif ? Revenir aux températures préindustrielles (réchauffement + 0 °C) d’ici à 2100.

De quelles armes l’humanité pourrait disposer contre le réchauffement climatique ? Un fait méconnu est que d’autres activités humaines que les émissions de gaz à effet de serre influencent fortement le climat, de manière active bien qu’involontaire, et pas toujours de manière néfaste (au moins en matière de réchauffement). En voici deux exemples.

Nous n’avons plus d’autre choix que de prendre les armes contre le réchauffement et lui mener une véritable guerre.

Aérosols et baisse de température

Le premier fait d’importance est que les aérosols (des polluants atmosphériques réfléchissant l’énergie solaire) produits par les activités humaines ont refroidi la planète. Les dernières études climatologiques, synthétisées récemment dans une perspective pour le magazine scientifique Science (B. H. Samset, Science, avril, 2018), indiquent que sans les aérosols la température moyenne de surface serait au moins de 0,5 °C supérieure à la température actuelle, c’est-à-dire que nous serions déjà au-delà des + 1,5 °C de réchauffement par rapport au niveau préindustriel !

Néanmoins, les aérosols produits par l’homme disparaissent de l’atmosphère en quelques jours (contrairement à ceux qui sont d’origine volcanique dans la stratosphère). L’effet refroidissant ne se maintient donc que tant que les émissions d’aérosols restent importantes. Ainsi, la baisse d’émissions d’aérosols en Europe et aux Etats-Unis due aux normes de qualité d’air a « heureusement » été compensée jusqu’à présent par une hausse des émissions en Asie, notamment en Chine et en Inde ; et la lutte intense que la Chine mène actuellement contre la pollution atmosphérique signifie qu’il va falloir agir encore plus vite et plus fort que prévu contre le réchauffement.

Tribune publiée dans Le Monde le 9 janvier 2019. Lire sur lemonde.fr

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