La revanche du mentor ?
Deux ans après son élection, Emmanuel Macron fait-il mieux que François Hollande ? Sur la politique européenne comme sur le déficit, la compétitivité et l’emploi, le Millénaire conclut que le bilan de son prédécesseur, au regard de la situation héritée, reste pour l’instant meilleur.
Le constat
Élu sur une promesse de rupture, Emmanuel Macron hérite en 2017 d’une situation économique bien plus favorable que celle de 2012.
La cause
Une ambition européenne sans alliés, des choix fiscaux qui ont freiné la croissance et des mesures non financées après la crise des gilets jaunes.
La conséquence
Un déficit qui repart à la hausse, une compétitivité peu améliorée et un chômage qui baisse moins vite que dans la zone euro.
Avant-propos
Le Millénaire sort son rapport sur la comparaison des bilans économiques et européens de François Hollande et d’Emmanuel Macron
Retour presse par l’hebdomadaire du Point dans le Point de la semaine en version magazine du 8 aout 2019 :

La politique européenne de François Hollande
Un contexte de crise. Élu en mai 2012, François Hollande hérite d’une Europe plongée dans la crise des dettes souveraines. La zone euro retombe en récession en 2012 (-0,9 %) après la reprise de 2011, faute d’une politique monétaire et budgétaire adaptée : la BCE n’a lancé un véritable assouplissement quantitatif qu’en 2015, et le TSCG impose l’équilibre des budgets.
L’échec originel. Le candidat avait promis de renégocier le TSCG. Il obtient un pacte de croissance de 120 milliards d’euros, mais ni les eurobonds ni la renégociation. Ce renoncement marque sa première rupture avec l’opinion.
Trois succès. La note lui reconnaît la préservation de la zone euro avec le maintien de la Grèce (43,7 milliards d’euros versés à partir de l’accord de novembre 2012), la mise en place de l’Union bancaire à partir de 2014 et son soutien à la réorientation de la politique monétaire de la BCE, avec un programme de rachats de 60 milliards d’euros par mois dès 2015.
Un bilan en demi-teinte. Des résultats réels, jamais crédités, et l’incapacité à imposer une vision française en 2012 comme après le Brexit en 2016.
La politique européenne d’Emmanuel Macron
Une ambition fédérale. Les discours d’Athènes et de la Sorbonne, en septembre 2017, proposent un budget et un ministre de la zone euro, une convergence fiscale et sociale, une force commune d’intervention, une politique migratoire commune et des listes transnationales aux élections européennes.
Des résultats limités. La plupart de ces projets sont refusés. L’instrument budgétaire obtenu pour la zone euro ne représenterait que 17 milliards d’euros sur sept ans, moins de 0,15 % du PIB de la zone. La révision de la directive sur les travailleurs détachés, applicable en 2022, exclut le transport routier, où la part de marché française est passée de 50 % en 1999 à 10 %.
Une méthode de confrontation. Pour la note, l’affrontement avec plusieurs gouvernements européens a privé la France d’alliés, notamment dans la négociation sur les postes clés de l’Union en 2019 : la présidence de la BCE est obtenue, mais pas celle de la Commission.
Verdict européen. Malgré une ambition plus forte, l’absence de succès concrets donne l’avantage à François Hollande.
de PIB de réduction du déficit public sous François Hollande (de 4,8 % en 2012 à 2,6 % en 2017), contre 1,4 point prévu sous Emmanuel Macron d’ici 2022.
Les bilans économiques comparés
Déficit public (en % du PIB)
Le déficit public passe de 7,0 % du PIB en 2010 à 2,6 % en 2017.
Dette publique (en % du PIB)
La dette publique passe de 82,7 % du PIB en 2010 à 98,5 % en 2017.
Taux de chômage en 2017 (en %)
En 2017, le chômage atteint 9,4 % en France, contre 9,1 % dans la zone euro et 3,8 % en Allemagne.
Emplois créés sur 18 mois (nombre)
414 700 emplois ont été créés sur les 18 derniers mois du quinquennat Hollande, contre 289 900 sur les 18 premiers mois d’Emmanuel Macron.
Le déficit public et la compétitivité
Deux situations de départ opposées. En 2012, François Hollande hérite d’une croissance de 0,2 %, d’un chômage de 9,7 % et d’un déficit de 4,8 %. En 2017, Emmanuel Macron trouve une croissance de 2,3 %, un chômage de 9,5 % et un déficit de 2,6 %, avec des taux bas et une confiance au plus haut.
Le déficit public. Malgré un choc fiscal qui a pesé sur la croissance, le déficit est ramené à 2,6 % en 2017, permettant la sortie de la procédure pour déficit excessif. Sous Emmanuel Macron, les mesures prises après le mouvement des gilets jaunes portent la prévision à 3,2 % en 2019 et 1,2 % en 2022. La Cour des comptes prévoit une baisse de la dette de 1,6 point sur le quinquennat, loin des 7,8 points annoncés.
La compétitivité. Le rapport Gallois de 2012 constate un décrochage : la part de l’industrie dans la valeur ajoutée est passée de 18 % en 2000 à 12,5 % en 2011, et la balance commerciale d’un excédent de 3,5 milliards en 2002 à un déficit de 71,2 milliards en 2011. Le CICE et le pacte de responsabilité (41 milliards d’euros d’aides) redressent les marges.
Le commerce extérieur. Sur ses deux premières années, François Hollande réduit le déficit commercial de 13,4 milliards d’euros (de 67,2 à 53,8 milliards), quand il augmente de 2,1 milliards sous Emmanuel Macron (de 57,8 à 59,9 milliards). L’industrie ne pèse plus que 12,4 % du PIB, contre près de 20 % en Allemagne.
L’objectif de cette étude n’est pas de glorifier le bilan européen et économique de François Hollande, mais de souligner la différence de traitement à l’égard de l’ancien Chef de l’État et de son successeur.
Le chômage et la synthèse
Le chômage au regard de la zone euro. Entre 2012 et 2014, le chômage augmente de 0,5 point en France et de 0,2 point dans la zone euro. Entre 2017 et 2019, il baisse de 0,7 point en France mais de 1,3 point dans la zone euro. Sur un même cycle de reprise, la sous-performance est de 0,2 point pour François Hollande et de 0,9 point pour Emmanuel Macron.
Des créations d’emplois ralenties. Les créations passent de 187 100 au premier semestre 2017 à 140 300 au second, puis 66 900 au premier semestre 2018.
La synthèse. Sur les politiques européenne et économique, le rapport conclut que François Hollande a eu jusqu’ici plus d’impact que son successeur, tout en relevant une inflexion positive récente de l’action européenne d’Emmanuel Macron. Il appelle le chef de l’État à tenir sa promesse de rupture et à proposer un horizon pour la France.
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