OTAN : quitter ou ne pas quitter telle est la question ?

Note du Millénaire Affaires étrangères et Défense

La guerre en Ukraine a remis l’OTAN au cœur du débat, mais le constat est quasi unanime : l’Alliance n’est plus à la hauteur des enjeux contemporains. La note d’Alessandro Roberto expose les arguments pour une coopération renforcée, pour une sortie de l’OTAN et pour un retrait du seul commandement intégré.

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Alessandro RobertoAnalyste du Millénaire
11 septembre 2022
14 pages · lecture 5 min
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En bref

Le constat

L’OTAN, élargie à 30 membres, est dominée par les États-Unis et peine à répondre aux enjeux contemporains.

La cause

Fin de la guerre froide, élargissements successifs, divergences entre alliés et échecs comme en Afghanistan.

La conséquence

Trois options pour la France : peser davantage dans l’Alliance, la quitter, ou sortir du seul commandement intégré.

Principaux constats
0130États membres de l’OTAN, contre 12 à sa création en 1949.
0222 %du budget commun financé par les États-Unis, contre 11 % pour la France.
0321des 27 pays de l’Union européenne sont membres de l’OTAN.
0456 Md€le contrat de sous-marins rompu par l’Australie au profit d’AUKUS.

Avant-propos

« L’OTAN est en état de mort cérébrale » : tel était le dur constat du Président de la République Emmanuel Macron lors d’un entretien accordé à l’hebdomadaire britannique The Economist en novembre 2019. Pourtant, si le sujet a de manière inattendue occupé l’actualité de la campagne présidentielle en raison de la guerre en Ukraine et des demandes d’adhésion de la Finlande et de la Suède qui ont suivi, les questions internationales et de défense, pour lesquelles l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord est centrale, sont trop souvent délaissées. Il nous semble dès lors essentiel de procéder à un état des lieux des arguments en faveur d’une meilleure coopération au sein de l’OTAN, ainsi que de ceux plaidant au contraire pour une sortie de la France de cette organisation, et enfin des différentes positions plus nuancées qui sont également défendues. Car si les solutions proposées diffèrent, le constat est quasi-unanime : dans l’état actuel des choses, l’OTAN n’est plus à la hauteur des enjeux contemporains.

La France et l’OTAN depuis 1949

Une alliance née de la guerre froide. Le traité du 4 avril 1949 crée une alliance politico-militaire fondée sur la défense collective, avec 12 États fondateurs dont la France, contre 30 aujourd’hui et 32 si la Finlande et la Suède adhèrent. Le commandement intégré est créé fin 1950, pendant la guerre de Corée.

Un parcours français singulier. Charles de Gaulle retire la France du commandement intégré en 1966, et Nicolas Sarkozy décide de son retour en 2009. Après 1991, l’OTAN s’élargit à d’anciens pays du bloc de l’Est et multiplie les opérations : Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Afghanistan, Libye.

L’article 5. Toute attaque contre un membre est considérée comme une attaque contre tous, mais l’obligation d’agir n’est pas automatique. Il a été invoqué pour la première fois après le 11 septembre 2001.

La domination américaine. Les États-Unis financent 22 % du budget commun de l’OTAN, deux fois plus que la France (11 %), et dépensent plus de deux fois plus pour leur armée que les 29 autres membres réunis.

22 %

du budget commun de l’OTAN financé par les États-Unis en 2020, contre 15 % pour l’Allemagne et 11 % pour la France.

Note, p. 5, d’après l’OTAN

Première option : une coopération renouvelée pour une alliance renforcée

Ne pas se couper de ses alliés. Pour les partisans de cette option, quitter une organisation dont la France est membre fondateur la couperait des États-Unis, du Royaume-Uni et de ses partenaires européens, dont 21 sur 27 sont membres de l’OTAN. Seule puissance militaire et nucléaire complète de l’Union, la France devrait au contraire organiser une réponse européenne commune.

Peser de l’intérieur. Le refus de participer à l’invasion de l’Irak en 2003 montre qu’on peut rester souverain au sein de l’Alliance. Le retour dans le commandement intégré en 2009 permet de participer à la planification stratégique, et le rapport d’Hubert Védrine de novembre 2012 n’a pas remis ce choix en cause.

Des succès à reconnaître. L’OTAN a contenu le bloc de l’Est jusqu’à la chute de l’URSS, remporté des victoires militaires en Libye et en Afghanistan et développé des standards d’armement qui ont favorisé l’interopérabilité.

La France doit passer d’une attitude réactive à proactive.

Deuxième option : quitter l’OTAN pour retrouver l’indépendance

Une organisation anachronique. Pour ses détracteurs, l’OTAN a perdu sa raison d’être avec la disparition du pacte de Varsovie.

Une influence française réduite. L’Australie a rompu le contrat de 12 sous-marins conclu avec Naval Group pour 56 milliards d’euros au profit de l’alliance AUKUS avec les États-Unis et le Royaume-Uni. Les États-Unis utiliseraient l’Alliance pour servir d’abord leurs intérêts, et la règle de l’unanimité à 30 complique les compromis.

Des échecs répétés. Le retrait d’Afghanistan a vu les talibans reprendre le pouvoir en quelques semaines après 20 ans de guerre. La Turquie, membre de l’OTAN, a attaqué les alliés kurdes en Syrie et menacé un navire français sans réaction de l’Alliance.

Une France capable de s’imposer seule. Septième puissance économique mondiale et l’une des 9 puissances nucléaires, la France disposerait d’une force de dissuasion suffisante pour s’affirmer en dehors de l’OTAN.

Troisième option : quitter le commandement intégré

Une démarche gaullienne. Le 21 février 1966, Charles de Gaulle annonçait le retrait du commandement intégré pour garantir l’indépendance de la dissuasion nucléaire, tout en réaffirmant l’alliance avec les États-Unis.

Un compromis au goût tiède. Cette option rendrait à la France l’exclusivité de ses décisions militaires, mais au prix d’une influence réduite sur les interventions. Les décisions étant prises à l’unanimité, la France reste souveraine au sein du commandement, et le retour de 2009 s’est accompagné de garanties sur la dissuasion.

Explorer les données

L’OTAN en chiffres

Contribution au budget commun de l’OTAN en 2020 (en %)

États-Unis22 %Allemagne15 %France11 %Royaume-Uni10 %Italie8 %Canada6 %Espagne6 %Turquie4 %Autres18 %
Lecture

Les États-Unis financent 22 % du budget commun, la France 11 %.

Note, p. 3, 5, 7, d’après l’OTAN

Conclusion : l’espoir d’une France forte

Avec ou sans l’OTAN, la priorité française doit être de réinventer sa stratégie diplomatique et de se repositionner sur la scène internationale. Pour la note, la place de la France dans le monde tient moins à l’OTAN qu’à la manière dont elle est incarnée : charge à elle de renouer avec sa grandeur.

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Le rapport complet

OTAN : quitter ou ne pas quitter telle est la question ?

14 pages.

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Roberto A., « OTAN : quitter ou ne pas quitter telle est la question ? », Note du Millénaire, 11 septembre 2022, lemillenaire.org.

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Alessandro Roberto

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Crédit Photo : OTAN, via WikimediaCommons sous licence Public Domain

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