Depuis le 7 octobre 2023, les actes antisémites ont augmenté de plus de 1 000 % en France. La note retrace les racines de l’antisémitisme, distingue ses trois sources contemporaines, analyse l’antisionisme comme nouveau visage de la haine des Juifs et pose la question d’un délit d’antisionisme.
Le constat
1 676 actes antisémites sont recensés en 2023, avec une explosion après le 7 octobre.
La cause
Un antisémitisme d’atmosphère nourri par l’antisionisme, à la confluence de l’extrême gauche et de l’islamisme.
La conséquence
Un arsenal juridique jugé insuffisant et la proposition d’un délit d’antisionisme, en débat avec la liberté d’expression.
Avant-propos
Depuis le 7 octobre 2023, jour de l’ignoble attaque du groupe terroriste palestinien Hamas contre des Juifs, les actes et déclarations antisémites ont considérablement progressé dans le monde entier, et singulièrement en France selon les chiffres du ministère de l’intérieur : + 1 000 %. Encore récemment, des étoiles juives ont été dessinées sur les vitrines d’un commerce parisien ; énième preuve que l’antisémitisme, bien qu’il soit toujours puni par la Loi, est maintenant banalisé au nom de la liberté d’expression.
Le 27 janvier 2025 marque les 80 ans de la découverte du camp d’Auschwitz-Birkenau par les Soviétiques lors de la Seconde guerre mondiale, le symbole de la barbarie nazie et du pire crime contre le peuple juif. À la suite des crimes nazis perpétrés lors de la mise en place de « la solution finale » consistant à éradiquer les Juifs, au moins du continent européen, les pays occidentaux avaient réussi à marginaliser l’antisémitisme en le criminalisant, ainsi que le négationnisme. Par ailleurs, la création de l’État d’Israël semblait mettre une touche finale à plus de 3 000 ans de harcèlement, d’attaques et de haine contre les Juifs.
Depuis le 7 octobre 2023, les actes antisémites en France ont explosé, augmentant de plus de 1 000 % par rapport à la moyenne journalière observée les années précédentes, selon le rapport du ministère de l’Intérieur et du SPCJ. En 2023, 1 676 actes antisémites ont été recensés, dont une part significative dans les trois mois suivant l’attaque du Hamas contre Israël, égalant ainsi le total des trois dernières années cumulées. Durant cette période, une moyenne quotidienne de 25 actes a été enregistrée, atteignant parfois 40 actes par jour.
La question de rédiger des nouvelles Lois pour condamner l’antisionisme qui abrite souvent de l’antisémitisme peut se poser. Mais ces Lois ne seraient sans doute pas constitutionnelles car elles se heurteraient immédiatement à la liberté d’expression. Contrairement aux pays anglo-saxons, où la liberté d’expression est presque absolue, la France a historiquement encadré cette liberté pour protéger la dignité humaine et l’ordre public au point qu’il serait judicieux de créer un délit d’antisionisme pour lutter contre l’antisémitisme du XXIè siècle.
Les racines historiques de l’antisémitisme
Un antisémitisme né avec le judaïsme. La note fait remonter l’hostilité envers les Juifs à l’Antiquité : un monothéisme strict qui tranche avec les cultes polythéistes, des pratiques distinctives, puis les exils successifs, avec la destruction du premier Temple en 586 avant notre ère et celle du second par les Romains. Le christianisme puis l’islam ajoutent chacun leurs griefs religieux.
En France, de l’Ancien Régime à la Révolution. Les Juifs sont expulsés à plusieurs reprises, en 1306 et en 1394, contraints de porter la rouelle, cantonnés au prêt à intérêt et visés par des légendes diffamatoires. La Révolution les émancipe en 1791, sur l’idée défendue par Clermont-Tonnerre qu’ils doivent être considérés comme des individus égaux devant la loi.
Trois antisémitismes aux XIXe et XXe siècles
D’extrême droite. Avec « La France juive » d’Édouard Drumont en 1886, l’affaire Dreyfus de 1894 à 1906, les ligues de l’entre-deux-guerres, puis le régime de Vichy, qui édicte des lois antisémites et abolit le décret Crémieux.
D’extrême gauche. La note décrit un antisémitisme qui assimile les Juifs au pouvoir économique dans certains écrits du XIXe siècle, puis se nourrit de l’antisionisme à partir de la seconde moitié du XXe siècle, en présentant Israël comme un État colonial.
Lié à l’islamisme. La note souligne la proximité des Frères musulmans, fondés en 1928, avec le régime nazi, et la diffusion d’idées antisémites dans des mosquées radicalisées en France dès les années 1980 et 1990, relevée au début des années 2000 par Georges Bensoussan.
d’actes antisémites en France après le 7 octobre 2023, par rapport à la moyenne journalière des années précédentes.
Les actes antisémites avant et après le 7 octobre
Avant le 7 octobre. En 2021, le renseignement territorial recense 589 actes antisémites, soit 36 % des actes antireligieux, alors que les Juifs représentent 1 % de la population. 52 % visent directement des personnes, 284 atteintes visent des biens et 63 incidents se produisent au domicile des victimes. Selon l’Ifop, 60 % des insultes antisémites déclarées se produisent en milieu scolaire.
Depuis le 7 octobre. En 2023, 1 676 actes antisémites sont recensés, dont une part importante dans les trois mois qui suivent l’attaque du Hamas, avec une moyenne de 25 actes par jour et des pointes à 40. Les actes dans la sphère privée augmentent de 1 500 % et en milieu scolaire de 1 200 %. 372 actes font référence à la Palestine. Ils touchent 616 communes et 95 départements.
Un antisémitisme d’atmosphère. Reprenant l’expression de Gilles Kepel, la note décrit un antisionisme devenu le « faux nez » de l’antisémitisme, la banalisation de la haine au nom de la liberté d’expression et l’autocensure d’une partie des enseignants.
Être antisioniste, ce n’est pas critiquer la politique d’Israël.
L’arsenal juridique contre l’antisémitisme
La note rappelle les outils existants : la loi de 1881 sur la liberté de la presse, qui sanctionne la diffamation et l’injure en raison de la religion ou de l’origine ; la loi Gayssot de 1990, qui réprime la contestation des crimes contre l’humanité ; les dispositions du Code pénal sur les discriminations et la provocation à la haine ; la loi de 2019 contre la haine en ligne. Elle cite aussi la Dilcrah, SOS Racisme et le CRIF.
Selon la note, l’antisémitisme étant déjà puni, ses auteurs recourent à d’autres artifices, au premier rang desquels l’antisionisme.
Créer un délit d’antisionisme ?
La note reconnaît qu’une telle loi se heurterait à la liberté d’expression garantie par l’article 11 de la Déclaration de 1789. Elle avance toutefois quatre arguments en sa faveur.
1. La France a déjà restreint la liberté d’expression au nom des principes républicains, avec les lois contre le négationnisme et les propos racistes et antisémites.
2. L’antisionisme est une opposition à l’existence même d’Israël, qui nie le droit d’un peuple à l’autodétermination, et non une critique de sa politique.
3. La corrélation entre antisionisme et antisémitisme est désormais avérée : un tiers des actes recensés après le 7 octobre mentionnent la Palestine.
4. Ne pas agir trahirait l’esprit républicain et l’héritage de 1791, qui a fait des Juifs des citoyens égaux.
L’antisémitisme en chiffres
Actes antisémites recensés en France
1 676 actes antisémites sont recensés en 2023, contre 589 en 2021.
Hausse des actes après le 7 octobre 2023 (en %)
Les actes dans la sphère privée augmentent de 1 500 % après le 7 octobre.
Propos accompagnant les actes en milieu scolaire (en %)
40 % des actes en milieu scolaire s’accompagnent d’une apologie du nazisme.
Part des actes antisémites en 2021 (en %)
Les actes antisémites représentent 36 % des actes antireligieux, pour 1 % de la population.
Conclusion
Pour la note, l’antisionisme aura été utilisé en ce début de XXIe siècle pour faire ressurgir un antisémitisme rendu hors la loi après la Seconde Guerre mondiale. Volonté et courage sont les deux mots qui s’imposent pour le combattre.
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