La fiscalité des entreprises françaises reste parmi les plus lourdes d’Europe. La baisse de l’impôt sur les sociétés à 25 % rattrape à peine nos voisins, et les impôts de production, deux fois plus lourds que dans la zone euro, pèsent sur la compétitivité et l’industrie.
Le constat
Un impôt sur les sociétés longtemps bloqué à 33,1/3 % et des impôts de production qui atteignent 3,2 % du PIB.
La cause
Une baisse tardive de l’IS face à la concurrence fiscale et des impôts de production qui frappent l’activité quel que soit le profit.
La conséquence
Des entreprises moins compétitives, une industrie réduite à 10 % de la valeur ajoutée et un demi-million d’emplois industriels perdus en dix ans.
Avant-propos
La fiscalité des entreprises en France connait une stagnation qui désavantage nos entreprises puisque nous sommes l’un des rares pays d’Europe à ne pas l’avoir diminué sur les grandes entreprises depuis les années 2000. Ainsi, entre 2007 et 2008, la plupart des grandes puissances économiques européennes diminuent drastiquement leurs impôts sur les sociétés : en Allemagne il passe de plus de 37 % à 29.9 %, l’Italie le baisse à environ 31 %, l’Espagne passera de 35 % à 30 %. La concurrence fiscale à la baisse a poussé la France à envisager une réduction progressive de son IS, pour baisser son taux à 28 % progressivement pour toutes les entreprises d’ici 2020, pour atteindre ensuite un plancher de 25 % en 2022.
Un impôt sur les sociétés en retard sur ses voisins
Le contexte. Annoncé le 25 avril 2019, le pacte productif vise le plein emploi en 2025. L’exécutif veut améliorer la compétitivité fiscale des entreprises face à une concurrence fiscale internationale assumée. La note rappelle aussi que la distinction entre impôt, taxe et redevance a permis de créer des taxes et redevances tout en promettant de ne pas créer de nouvel impôt.
Un IS en recul dans les recettes. Créé en 1948, l’impôt sur les sociétés a rapporté 35,5 milliards d’euros en 2017 (1,5 % du PIB) et 25,7 milliards en 2018. Il représentait 2,9 % du PIB en 2001. Sa part dans le budget est passée de 14,5 % en 2006 à 13,1 % en 2013 puis 8,5 % en 2016.
Un taux resté élevé. Fixé à 33,1/3 % en 1993, le taux n’a pas baissé pour les grandes entreprises depuis les années 2000. Entre 2007 et 2008, l’Allemagne est passée de plus de 37 % à 29,9 %, l’Espagne de 35 % à 30 % et l’Italie à environ 31 %. Le taux statutaire médian de l’OCDE est passé de 35 % à 22 % entre 1995 et 2018.
rapportés par les impôts de production en 2016, soit 3,2 % du PIB, contre 1,6 % dans la zone euro.
Une baisse de l’IS pour un double objectif
Améliorer la compétitivité. Les études empiriques citées indiquent que, lorsque l’IS baisse, les négociations collectives d’entreprise tendent à augmenter la rémunération du capital et du travail. La baisse ne se traduit donc pas entièrement en investissement ou en baisse de prix.
Restaurer l’attractivité. Un taux de 25 % pourrait limiter l’optimisation et l’évasion fiscales, objectif que poursuit aussi la Commission européenne avec l’assiette commune consolidée pour l’IS des grands groupes (ACCIS).
L’échéancier. Le taux sur les bénéfices compris entre 38 120 et 500 000 euros reste à 28 % de 2018 à 2020, puis passe à 26,5 % en 2021 et 25 % en 2022. La tranche jusqu’à 38 120 euros reste à 15 % pour les entreprises de moins de 7,63 millions d’euros de chiffre d’affaires. Au-delà de 500 000 euros, le taux passe de 33,1/3 % à 31 %.
Majorations et cas particuliers. Une contribution sociale de 3,3 % s’applique aux sociétés d’au moins 7,63 millions d’euros de chiffre d’affaires dont l’IS dépasse 763 000 euros. Deux contributions exceptionnelles de 15 % visent celles qui dépassent 1 et 3 milliards d’euros. Au-delà de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires, le taux reste à 33,1/3 % pour la fraction du bénéfice supérieure à 500 000 euros.
La fiscalité des entreprises en chiffres
Taux d’IS sur les bénéfices de 38 120 à 500 000 euros (en %)
Le taux passe de 28 % en 2018 à 26,5 % en 2021 puis 25 % en 2022.
Taux d’IS après 2008 (en %)
Après 2008, la France reste à 33,1/3 %, au-dessus de l’Italie, de l’Espagne et de l’Allemagne.
Impôts de production en 2016 (en % du PIB)
Les impôts de production pèsent 3,2 % du PIB en France, deux fois plus que dans la zone euro.
Part de l’industrie dans la valeur ajoutée (en %)
L’industrie pèse 10 % de la valeur ajoutée en France, contre 20 % en Allemagne.
Des impôts de production sans pertinence économique
Définition. Les impôts de production sont dus du fait de l’activité, indépendamment de la quantité ou de la valeur produite. Ils portent sur le travail, le capital, le foncier, la valeur ajoutée ou le chiffre d’affaires.
Un poids hors norme. En 2016, ils ont rapporté 72,1 milliards d’euros, plus du double de l’IS (30 milliards), soit 10 % des recettes fiscales contre 2 % en Allemagne. Entre 2007 et 2016, ils ont augmenté de 12 milliards (+20 %), contre +14,2 % pour la richesse nationale.
Un boulet pour l’industrie. Ils représentent 3,6 % de la valeur ajoutée des entreprises. Selon la note, les entreprises françaises en paient sept fois plus que les allemandes et deux fois plus que la moyenne européenne. L’industrie ne pèse plus que 10 % de la valeur ajoutée, contre 20 % en Allemagne, et a perdu un demi-million d’emplois en dix ans.
Une contre-logique économique. Ces impôts frappent de la même façon l’entreprise déficitaire et l’entreprise rentable. Prélevés en haut du compte d’exploitation, ils créent des taxes sur les taxes tout au long de la chaîne de production et relèvent le point mort des entreprises.
Ils frappent de façon uniforme l’entreprise déficitaire et l’entreprise qui gagne de l’argent.
La réforme à venir
Les impôts visés. Le rapport du Conseil d’analyse économique du 25 juin 2019 cible la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S), la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) et la cotisation foncière des entreprises (CFE).
La C3S en priorité. La CFE, qui finance les communes et favorise l’implantation d’entreprises, serait relativement épargnée. La C3S, qui s’applique en cascade à chaque étape de production, est jugée anti-économique.
Le financement. La suppression de la C3S coûterait 3,8 milliards d’euros. Elle pourrait être compensée par une remise en cause des allègements de charges sur les salaires supérieurs à 2,5 SMIC ou par une hausse de la TVA sur la restauration. Elle améliorerait la balance commerciale de 5 milliards d’euros et réduirait les importations de 500 millions.
Une réforme à mesurer. Pour la note, la réforme doit viser la pertinence de l’impôt au regard de la richesse réellement créée, sans oublier que certains impôts de production obligent des multinationales pratiquant une planification fiscale agressive à contribuer à l’effort national.
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Geoffroy de Neuville
Expert du Millénaire.
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Les taxes sur les entreprises, c’est simple —> trop élevée
Il faut surtout baisser impérativement les dépenses publiques et les taxes, nous ne sommes pas dans un pays libéral, mais bien un pays socialiste !