Les familles fuient l’école républicaine pour deux raisons : elle n’est plus l’école de tous les possibles et elle n’est plus un sanctuaire à l’abri de la société. La note retrace quarante ans de politiques éducatives, décrit les stratégies de contournement des parents et formule 13 propositions pour renouer avec l’excellence.
Le constat
Le niveau des élèves baisse, l’école est devenue plus inégalitaire et n’est plus à l’abri des tensions de la société.
La cause
Quarante ans d’égalitarisme et de massification, des réformes limitées et la perte de confiance des familles.
La conséquence
Les parents contournent l’école républicaine (privé, hors contrat, cours particuliers), ce qui renforce les inégalités.
Avant-propos
Lors de la rentrée scolaire 2023, le « domaine réservé » du président de la République s’est élargi : l’Éducation nationale appartiendrait ainsi au pré-carré élyséen compte tenu de son caractère régalien selon les mots d’Emmanuel Macron (Le Point, 2023). De même, Gabriel Attal a déclaré lors de sa nomination à Matignon « emporter les sujets de l’Éducation à Matignon ». Le couple de l’exécutif a décidé d’investir le champ de l’instruction et d’en faire l’une des priorités du second mandat au travers de nombreux discours, déplacements, entretiens et propositions. Après l’échec de Pap Ndiaye, puis celui d’Amélie Oudéa-Castéra, ils se devaient en effet de prendre des initiatives pour montrer que les maux qui traversent l’école ne seraient pas laissés de côté. Celles-ci ont d’ailleurs été multipliées entre l’interdiction de l’abaya, l’expérimentation de l’uniforme ou encore l’instauration de groupes de niveaux. Le Président et son Premier ministre tentent de répondre à une attente et surtout à une angoisse, bien légitime, des Français face à l’état de l’Éducation nationale. Elle concentre une attention croissante et beaucoup d’inquiétudes : baisse du niveau scolaire des élèves, non-respect de l’autorité des professeurs, insécurité et violences, atteintes à la laïcité… Un récent sondage de l’Ifop indique du reste que 69 % des Français pensent que la situation se dégrade dans les collèges et les lycées, contre seulement 34 % à l’école maternelle.
Or, l’école revêt une importance à plus d’un titre : d’un point de vue général, elle permet de former et d’instruire les citoyens de demain qui participeront à la vie de la nation ; d’un point de vue individuel, elle est une voie d’émancipation qui encourage et récompense le travail et l’ambition. Aussi, la perte de confiance dans l’école de la République, incarnation concrète de la méritocratie, est-elle dangereuse pour l’avenir de la France. Cela est d’autant plus problématique lorsque les parents d’élèves décident de fuir l’école de la République. Cette note se propose donc de revenir sur le processus qui a conduit à l’impasse dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui et sur les stratégies mises en place par les parents pour offrir une meilleure éducation à leurs enfants. Cette situation appelle une réponse rapide, puissante, réfléchie et consensuelle pour refaire de l’école de la République une école de l’excellence et de la méritocratie afin de préparer la France et les Français aux défis du XXIe siècle.
Une école qui ne tient plus sa promesse égalitaire
Un changement de doctrine. Jusque dans les années 1980, l’école républicaine repose sur les fondements de la IIIe République : transmission des savoirs fondamentaux et émancipation de chaque Français. L’arrivée des socialistes au pouvoir introduit ensuite l’égalitarisme, au sens de Karl Popper, et l’objectif de massification remplace officieusement l’excellence. Jean-Pierre Chevènement annonce en 1985 vouloir 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat, objectif inscrit dans la loi Jospin de 1989 et atteint en 2012, selon la note, au prix d’une baisse du niveau.
Un niveau qui baisse. L’enquête PISA 2018 place la France entre la 20e et la 26e place sur 79 pays selon les matières, pour un budget de près de 60 milliards d’euros en 2024. Les élèves de CM2 font environ neuf fautes d’orthographe de plus qu’en 1987 (+81,3 % en 35 ans). PISA 2022 confirme le constat : la France perd 21 points en mathématiques et 19 en compréhension de l’écrit par rapport à 2018.
Une école plus inégalitaire. L’origine sociale pèse davantage dans la réussite scolaire française que dans la moyenne de l’OCDE, et les classes aisées recourent aux cours particuliers. La Cour des comptes (2021) relève que les absences de courte durée des professeurs sont très faiblement remplacées : 500 000 heures sur 2,5 millions, avec un effet plus marqué dans les zones prioritaires et rurales.
Un sanctuaire qui n’existe plus. La note relève la perte de respect envers le professeur, de la part d’élèves comme de certains parents. En 2022, le ministère a répertorié 4 710 atteintes à la laïcité, soit +150 % en un an. Le Crif recense 1 676 actes antisémites en 2023 contre 436 en 2022.
de fautes d’orthographe chez les élèves de CM2 entre 1987 et aujourd’hui, soit environ neuf fautes de plus en 35 ans.
Des réformes limitées, voire défaillantes
Un empilement de réformes. La loi Haby de 1975 instaure le collège unique, la circulaire Savary de 1981 crée les zones d’éducation prioritaire, la loi Jospin de 1989 place l’élève au centre du système et confie les programmes au Conseil national des programmes.
Blanquer et Attal. Jean-Michel Blanquer met en place dès 2017 le dédoublement des classes de CP en REP+, réforme le baccalauréat et rétablit les classes bilangues, le grec et le latin. Gabriel Attal interdit l’abaya et le qamis pour la rentrée 2023, et annonce un « choc des savoirs » : révision des programmes, labellisation des manuels, groupes de niveaux en français et en mathématiques, dernier mot aux professeurs sur le redoublement.
L’essor des alternatives pour contourner l’école républicaine
Les classes moyennes aussi. Autrefois réservées aux classes supérieures, les stratégies d’évitement gagnent les classes moyennes, quitte à sacrifier une grande partie de leur niveau de vie.
Le privé sous contrat. Il accueille 2 millions d’enfants, soit près de 18 % des effectifs, dans 7 500 établissements. La Cour des comptes note une évolution plus favorable des effectifs que dans le public depuis dix ans. Les enfants issus de milieux favorisés y représentaient 26,4 % des effectifs en 2000 contre 40,2 % en 2021.
Le hors contrat et l’instruction en famille. La France compte 1 847 écoles privées hors contrat en 2023, dont 108 créations sur un an, 11 % seulement de type religieux et 63 % proposant des pédagogies alternatives. L’école à la maison concerne 50 000 à 60 000 enfants et a été strictement encadrée par la loi du 21 août 2021.
Carte scolaire et soutien payant. La carte scolaire fait l’objet de stratégies d’évitement (options spécifiques, adresses de complaisance). Acadomia, première entreprise du secteur, a connu une croissance de 20 à 25 % sur l’année 2022-2023.
Nous devons donc renouer avec l’excellence pour faire vivre la promesse républicaine.
Volet 1 : vers un nivellement par le haut
L’objectif est que chacun devienne meilleur avec l’école républicaine que sans. Cela passe par l’institution, le niveau des élèves et le niveau des enseignants.
Proposition 1 : abroger la réforme Belkacem des collèges. Il faut revoir toute la chaîne pédagogique des quatre disciplines fondamentales (mathématiques, français, sciences, histoire-géographie) et des autres enseignements.
Proposition 2 : réformer le Conseil supérieur des programmes en y intégrant des académiciens pour réécrire les programmes d’histoire et de français.
Proposition 3 : réformer les rythmes scolaires pour les aligner sur les standards européens : présence obligatoire de 8h00 à 17h30, cours jusqu’à 15h30, aide aux devoirs ou associations ensuite, vacances d’été de la mi-juillet à la fin août.
Proposition 4 : instaurer d’autres méthodes d’enseignement que celles du pédagogisme, en intensifiant les réformes Blanquer en primaire, avec la méthode de Singapour en mathématiques et la méthode syllabique en français.
Proposition 5 : revitaliser les filières professionnelles et technologiques, avec une orientation plus précoce (dès la quatrième pour la voie professionnelle, dès la seconde pour la voie technologique), un noyau d’enseignements généraux et une classe d’humanités obligatoire dès la cinquième dans la voie générale.
Proposition 6 : abroger la réforme de professionnalisation du Capes pour revenir à un concours exigeant, fondé sur le niveau plutôt que sur l’expérience et le dossier du candidat.
Proposition 7 : ajouter une année de formation sous statut d’élève-fonctionnaire, avec un stage plus long devant les élèves, et investir dans la formation continue.
Proposition 8 : renforcer l’attractivité du métier. Selon la Commission européenne (2023), les professeurs allemands du second degré sont payés 61 457 € en début de carrière contre 30 935 € pour les Français. Les salaires doivent être revalorisés, avec une part liée au mérite.
Volet 2 : pour une école sanctuarisée
Proposition 9 : soutenir le corps enseignant. Face au « Pas de vagues », directions et rectorats doivent soutenir les professeurs. On ne doit pas pouvoir revenir sur une note ou une sanction établie par un professeur.
Proposition 10 : généraliser l’évaluation du comportement par l’établissement.
Proposition 11 : renforcer la loi de 2005 sur les atteintes à la laïcité, en l’élargissant à d’autres signes religieux problématiques à l’école publique.
Proposition 12 : massifier la présence policière dans les établissements en difficulté sécuritaire, en encourageant les municipalités et en facilitant les déploiements.
Proposition 13 : créer des espaces jeunes dans les EPIDE pour les 14 à 17 ans en voie de marginalisation, alors que le dispositif est aujourd’hui ouvert aux 17 à 25 ans, afin de réduire le coût d’accompagnement.
L’exode scolaire en chiffres
Points perdus entre PISA 2018 et PISA 2022
La France perd 21 points en mathématiques et 19 en compréhension de l’écrit entre 2018 et 2022.
Enfants de milieux favorisés dans le privé sous contrat (en % des effectifs)
La part des enfants de milieux favorisés dans le privé passe de 26,4 % en 2000 à 40,2 % en 2021.
Salaire de début de carrière des professeurs du second degré (en euros)
Un professeur allemand débute à 61 457 euros contre 30 935 euros en France.
Actes antisémites recensés en France
Le nombre d’actes antisémites passe de 436 en 2022 à 1 676 en 2023.
Conclusion
S’interroger sur la manière de fuir l’école de la République revient à penser l’échec des politiques éducatives depuis plus de quarante ans. La note pose un constat alarmiste et fixe un cap : redonner à l’école son rôle de formation des futurs citoyens par la transmission du savoir. Une école méritocratique fondée sur l’excellence et l’exigence est vitale pour faire de la France une nation de savants.
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