Cartographie des élections municipales 2026 en Île-de-France

Note du Millénaire Politique et institutions

Une carte interactive des grands basculements politiques entre 2020 et 2026

Les municipales de mars 2026 ont mobilisé 56,2 % des électeurs franciliens au premier tour, contre 47 % en 2020. La note analyse les résultats des 1 265 communes d’Île-de-France et les croise avec les recensements de l’INSEE. Elle montre que la droite gagne plus de bascules et que l’âge des habitants explique largement le vote.

MT
Mehdi Triki, William ThayChef du pôle numérique du Millénaire ; Président du Millénaire
7 avril 2026
21 pages · lecture 9 min
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En bref

Le constat

La droite remporte 215 communes et gagne plus de bascules qu’elle n’en perd, tandis que la gauche pèse davantage d’inscrits.

La cause

L’union dès le premier tour, l’évolution démographique des communes et la prime au sortant expliquent l’essentiel des changements.

La conséquence

La hausse de la participation a amplifié les rapports de forces existants plus qu’elle ne les a modifiés.

Principaux constats
0156,2 %participation au premier tour en Île-de-France en 2026, contre 47 % en 2020
0218,4 %score de l’Union de la Gauche au premier tour, contre 8,8 % en 2020
03215communes remportées par la droite, contre 109 pour la gauche et 64 pour le centre
0413 contre 10communes passées de la gauche à la droite, contre 10 dans l’autre sens
0585 %part des maires sortants candidats qui ont été réélus
061 265communes franciliennes analysées, soit environ 7 350 bureaux de vote

Avant-propos

Les 15 et 22 mars 2026, les Français ont élu leurs conseillers municipaux. En Île-de-France, ce scrutin revêt une importance particulière : la région concentre 12,4 millions d’habitants, soit près d’un Français sur cinq, et constitue le principal laboratoire des dynamiques politiques qui structurent le pays. Les résultats franciliens préfigurent souvent les évolutions nationales.

Le contexte de ce scrutin diffère profondément de celui de 2020. Il y a six ans, la crise sanitaire avait provoqué un effondrement historique de la participation, avec un taux de 47% au premier tour qui avait faussé la lecture des rapports de forces réels. En 2026, le retour à une participation normale, à 56,2%, permet une photographie plus fidèle de l’ancrage territorial des formations politiques.

Trois phénomènes majeurs marquent ce scrutin. D’abord, la recomposition de la gauche francilienne, portée par la stratégie d’union entre le Parti Socialiste, le Parti Communiste et les Écologistes sous la bannière de l’Union de la Gauche, et par l’émergence autonome de La France Insoumise en Seine-Saint-Denis. Ensuite, la consolidation de la droite dans les Hauts-de-Seine et les Yvelines, avec des conquêtes symboliques comme Colombes et Argenteuil. Enfin, la montée en puissance d’un centre municipaliste qui s’affirme dans les villes moyennes aisées.

La présente note propose une analyse systématique de ces résultats à l’échelle de l’ensemble de la région. Elle s’appuie sur le croisement de trois sources de données : les résultats officiels des élections municipales de 2020 et 2026, publiés par le Ministère de l’Intérieur, et les données sociodémographiques des recensements INSEE de 2017 et 2022.

Le résultat du scrutin

Une participation retrouvée. Les 15 et 22 mars 2026, les Franciliens ont élu leurs conseillers municipaux. La région compte 12,4 millions d’habitants, près d’un Français sur cinq. La participation au premier tour atteint 56,2 %, contre 47,0 % en 2020, année marquée par la crise sanitaire. Pour les auteurs, cette hausse de 9,2 points donne une photographie plus fidèle de l’ancrage territorial des formations politiques.

Une méthode systématique. La note couvre les 1 265 communes d’Île-de-France, soit environ 7 350 bureaux de vote, avec Paris agrégé par arrondissement. Elle croise les résultats officiels du ministère de l’Intérieur pour 2020 et 2026 avec les recensements de l’INSEE de 2017 et 2022. Les nuances sont regroupées en cinq camps : droite, gauche, centre, extrême droite et sans étiquette. Le Rassemblement national ne remporte aucune commune francilienne.

Les rapports de forces. L’Union de la Gauche passe de 8,8 % à 18,4 % des suffrages exprimés au premier tour. La France insoumise obtient 6,2 %, surtout en Seine-Saint-Denis. Le bloc de droite réunit environ 37,8 % des voix, un score stable. La droite remporte 215 communes, la gauche 109, le centre 64 et les sans étiquette 877. En poids démographique, la gauche mène avec 3,04 millions d’inscrits contre 2,84 millions pour la droite.

Les grandes villes. Parmi les vingt plus grandes villes, Paris reste à l’Union de la Gauche avec 50,5 % des voix. Boulogne-Billancourt reste aux Républicains avec 52,1 %, Versailles aux Divers droite avec 64,6 %. Montreuil est à l’Union de la Gauche avec 57,7 %, Saint-Denis à La France insoumise avec 50,8 %. Le centre tient Issy-les-Moulineaux et Noisy-le-Grand. Parmi les étiquettes, les Divers droite remportent 162 communes, l’Union de la Gauche 45, Les Républicains 38.

85 %

Environ 85 % des maires sortants qui se représentaient ont été réélus : les bascules se concentrent là où le sortant ne se représentait pas.

Note, p. 3 et 14, d’après les résultats du ministère de l’Intérieur

Une géographie politique très structurée

Selon la taille des communes. La droite domine dans les villes intermédiaires, entre 5 000 et 100 000 habitants. La gauche est forte dans les grandes agglomérations de plus de 20 000 habitants. Le centre s’implante dans les villes moyennes aisées. Les communes de moins de 2 000 habitants sont presque toutes dirigées par des maires sans étiquette nationale. La note résume : la droite tient le périurbain structuré, la gauche les grandes agglomérations, les sans étiquette le rural francilien.

Département par département. Les Hauts-de-Seine sont le bastion de la droite. La Seine-Saint-Denis est le seul département à majorité de gauche, avec 21 communes. Le Val-de-Marne est présenté comme le plus disputé. Les Yvelines sont un réservoir pour la droite, avec Versailles, Chatou ou Le Chesnay-Rocquencourt. En Essonne, la droite progresse à Corbeil-Essonnes et Savigny-sur-Orge, la gauche conserve Évry-Courcouronnes. La Seine-et-Marne reste massivement sans étiquette, avec 430 communes.

Ce qui a changé entre 2020 et 2026

Des bascules serrées. Le mouvement le plus fréquent est le passage de sans étiquette à la droite, dans 28 communes. Treize communes passent de la gauche à la droite, pour environ 183 000 inscrits. Dix font le chemin inverse, pour environ 170 000 inscrits. La droite cède aussi 23 communes au centre, signe d’une recomposition au sein du bloc modéré. Le bilan des conquêtes est donc légèrement favorable à la droite.

Les conquêtes de la droite. Colombes, plus de 52 000 inscrits, est remportée par Les Républicains avec 54,5 % au second tour, après un mandat écologiste. Argenteuil et Champigny-sur-Marne basculent aussi. En Essonne, la droite prend Corbeil-Essonnes avec 60,0 % et Savigny-sur-Orge avec 50,3 %. Dans le Val-de-Marne, Fresnes et Le Kremlin-Bicêtre changent de camp. Le profil type est une ville de 15 000 à 50 000 habitants, à la gauche sortante fragile et divisée.

Les conquêtes de la gauche. En Seine-Saint-Denis, Rosny-sous-Bois et Villepinte passent à gauche, Villepinte avec 66,8 % pour l’Union de la Gauche. Dans les Hauts-de-Seine, Chaville bascule avec 50,8 % pour les Divers gauche, de même que Fontenay-aux-Roses selon le texte. Dans les Yvelines, Conflans-Sainte-Honorine passe à gauche. Les auteurs y voient l’effet d’une forte remobilisation dans les quartiers populaires et de l’arrivée de jeunes ménages cadres.

L’union et la prime au sortant. Les camps unis dès le premier tour ont surperformé. L’Union de la Gauche double son score grâce au rassemblement socialiste, communiste et écologiste. À droite, Colombes et Argenteuil sont gagnées par des listes d’union. À Châtillon, trois listes de droite cumulant 38,4 % ont été battues par une gauche unie à 61,6 %. Environ 85 % des maires sortants candidats sont réélus. Les bascules surviennent presque toujours quand le sortant ne se représente pas.

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Les municipales 2026 en Île-de-France

Communes remportées par chaque camp en 2026

Sans étiquette877Droite215Gauche109Centre64
Lecture

Lecture : la droite remporte 215 communes, la gauche 109 et le centre 64. Les sans étiquette dirigent 877 communes, surtout rurales.

Note, p. 6, 7, 8 et 11, d’après les résultats du ministère de l’Intérieur
La démographie locale est un prédicteur plus puissant du résultat que l’offre politique elle-même.

Les ressorts démographiques du vote

L’âge, premier déterminant. Sur les communes de plus de 5 000 habitants, les communes de droite comptent davantage de retraités et de 60 à 74 ans. Celles de gauche ont environ 3 points de 15 à 29 ans en plus. La part des 75 ans et plus est le meilleur prédicteur du vote de droite, avec un coefficient de corrélation de 0,34. Celle des 15 à 29 ans est le meilleur prédicteur du vote de gauche, à 0,45. Les 45 à 59 ans jouent un rôle de pivot.

Le paradoxe des cadres. La part de retraités est la variable la plus discriminante : corrélation de 0,29 avec le vote de droite, de moins 0,47 avec le vote de gauche. Ouvriers et employés forment les socles de la gauche. Les professions intermédiaires ne corrèlent avec aucun camp. Les cadres pèsent 20 à 21 % dans les trois camps. Ils votent à droite dans les communes vieillissantes comme Neuilly-sur-Seine ou Versailles, à gauche dans les communes jeunes comme Montreuil ou Pantin.

Une population qui change. L’Île-de-France est passée de 12,1 à 12,4 millions d’habitants entre les recensements de 2017 et 2022. La part des 60 ans et plus progresse de 0,7 point, celle des moins de 14 ans recule de 0,6 point. La part des cadres passe de 17,9 % à 20,0 %. Pour les auteurs, les communes qui ont accueilli de jeunes cadres ont plutôt basculé à gauche. Celles qui ont vieilli ont plutôt basculé à droite. La démographie pèse plus que l’offre politique.

Perspectives pour chaque camp

La droite. La note juge fragiles les conquêtes de 2026, souvent acquises à la faveur d’une division adverse. Elle conseille à la droite de mobiliser les cadres et retraités de 45 à 74 ans, d’investir les villes en cours de gentrification comme Montreuil, Pantin ou Saint-Ouen, et d’étudier Bobigny, Drancy et Aulnay-sous-Bois, où des triangulaires sont plausibles. Le cas de Châtillon montre selon elle que l’union dès le premier tour est la condition de toute victoire en zone disputée.

La gauche et le centre. Pour l’Union de la Gauche, l’enjeu est de pérenniser la coalition en vue des régionales et de convertir sa majorité en voix en victoires dans les communes moyennes. La France insoumise doit structurer son réseau d’élus et gérer sa relation avec le reste de la gauche. Le centre, avec 64 communes et 828 000 inscrits, doit choisir ses alliances en amont et capter l’électorat des 877 communes sans étiquette.

Des points de vigilance communs. Le vieillissement favorise la droite à court terme. Il lui pose un problème de renouvellement si elle ne séduit pas les trentenaires. La montée des jeunes cadres urbains profite plutôt à la gauche. Les professions intermédiaires restent l’électorat pivot des prochaines élections. La prime au sortant demeure le facteur dominant : toute stratégie de conquête doit d’abord viser les villes où le maire ne se représente pas.

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Le rapport complet

Cartographie des élections municipales 2026 en Île-de-France

21 pages.

Citer cette note

Triki M., Thay W., « Cartographie des élections municipales 2026 en Île-de-France », Note du Millénaire, 7 avril 2026, lemillenaire.org.

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L’auteur

Mehdi Triki et William Thay

Chef du pôle numérique du Millénaire ; Président du Millénaire.

Mehdi Triki   William Thay
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